Economie

Gasoil : Libreville respire, le Gabon reste sous tension

Libreville, Dimanche 4 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Après plusieurs jours de files d’attente, de stations à sec et d’incertitude pour les automobilistes, le circuit du gazole commence à retrouver son rythme. Dimanche, la Société gabonaise d’entreposage de produits pétroliers (SGEPP) a annoncé une reprise progressive de l’approvisionnement à Libreville, alors que les opérations de chargement et de livraison se sont intensifiées sur son site d’Owendo. Des dizaines de camions-citernes étaient mobilisés pour alimenter les stations de la capitale, mais aussi préparer la desserte de l’intérieur du pays.

Le signal est rassurant, sans pour autant clore le dossier. Car derrière l’amélioration observée dans le Grand Libreville se dessine une réalité plus préoccupante : le système d’approvisionnement gabonais demeure fortement exposé aux perturbations de la chaîne d’importation. La crise du gazole n’a donc pas seulement révélé un problème de distribution. Elle a mis à nu la question plus large de la sécurité énergétique du pays.

Le retour des camions, premier signe de détente

À Libreville, Akanda et Owendo, ainsi que le long de la Nationale 1, plusieurs stations ont progressivement repris la distribution du gazole. Pour les usagers, cette évolution met fin à une séquence devenue particulièrement contraignante. Certains automobilistes avaient dû multiplier les stations avant de trouver du carburant, tandis que d’autres avaient attendu plusieurs heures pour pouvoir s’approvisionner.

Le retour des livraisons depuis le dépôt d’Owendo constitue donc le premier indicateur concret d’une amélioration. La SGEPP entend maintenir les rotations de ses camions-citernes afin de reconstituer les stocks et d’éviter que la reprise ne soit qu’un épisode ponctuel.

Mais l’équation n’est pas encore totalement résolue. Le Grand Libreville constitue le principal marché du pays et bénéficie logiquement d’une priorité logistique. L’intérieur du territoire reste désormais le principal point de vigilance. Plusieurs localités connaissent encore des difficultés et certaines stations demeurent sous tension.

Le retour à la normale devra donc être mesuré à l’échelle nationale, et non seulement à celle de la capitale.

Une dépendance qui change la nature du risque

L’explication fournie par la SGEPP permet de comprendre la vulnérabilité du système. Selon les données communiquées lors du point de presse, environ 60 % du carburant consommé au Gabon provient des importations, contre 40 % issus de la production locale de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA).

Cette configuration crée une dépendance à plusieurs maillons extérieurs au marché national. Un décalage dans l’arrivée d’une cargaison, une perturbation logistique, une difficulté de stockage ou un retard dans la distribution peut rapidement se transmettre jusqu’à la pompe.

Le problème n’est donc pas nécessairement l’absence de pétrole. Le Gabon dispose de ressources et d’un outil national de raffinage. Le véritable enjeu réside dans la capacité à transformer ces ressources en produits finis disponibles au moment où l’économie en a besoin.

C’est toute la différence entre être un pays producteur et disposer d’une véritable sécurité d’approvisionnement.

La situation actuelle rappelle également que les carburants ne sont pas une marchandise ordinaire. Leur disponibilité conditionne le transport des personnes et des marchandises, l’activité des entreprises, l’approvisionnement des commerces et, plus largement, le fonctionnement quotidien de l’économie. Une rupture prolongée peut donc rapidement dépasser la seule question des automobilistes.

La prochaine bataille est celle de la résilience

La priorité immédiate reste désormais claire : maintenir les rotations depuis Owendo, reconstituer les stocks et acheminer suffisamment de volumes vers les provinces encore affectées. Le retour à la normale devra être progressif, au rythme des capacités logistiques disponibles.

Mais cette séquence doit aussi servir de révélateur. Si une tension temporaire peut désorganiser l’approvisionnement de plusieurs zones du pays, c’est que la robustesse de la chaîne mérite d’être interrogée dans son ensemble : capacités de raffinage, stockage stratégique, importations, transport terrestre, anticipation de la demande et coordination entre les différents opérateurs.

Pour le Gabon, l’enjeu dépasse donc largement la résolution de l’épisode actuel. Il s’agit de réduire la vulnérabilité d’un système dont une part importante repose encore sur les marchés extérieurs. Les investissements annoncés dans le raffinage et les infrastructures de stockage prennent, dans ce contexte, une dimension particulière : ils ne relèvent pas seulement de la politique industrielle, mais de la continuité économique nationale.

Le retour du gazole dans les stations est une première étape. La véritable réussite sera de construire un système capable d’absorber les prochains chocs sans transformer une tension logistique en crise nationale.

Le Gabon ne manque pas de pétrole. Il doit désormais s’assurer qu’il ne manque jamais de carburant.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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