Culture

La culture gabonaise reprend sa place

Libreville, Samedi 22 Août 2026 (Infos Gabon) – Après huit années d’interruption, la Fête des cultures a retrouvé vendredi 21 août 2026 les rues de Libreville. Pour sa 15ème édition, le rendez-vous culturel revient avec une ambition qui dépasse la célébration folklorique. Placée sous le thème « Réappropriation de nos valeurs culturelles », la manifestation entend renouer le Gabon avec une partie de son identité, tout en faisant de la diversité culturelle un instrument de cohésion et d’ouverture.

Représentant le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, empêché, le vice-président de la République Alexandre Barro Chambrier a présidé la cérémonie d’ouverture et appelé la jeunesse à s’approprier pleinement cette renaissance culturelle. Son message donne à l’événement une portée générationnelle. Il ne s’agit plus seulement de préserver un héritage, mais de permettre aux jeunes Gabonais de le connaître, de l’assumer et de le faire évoluer.

« Que cette manifestation soit un facteur de cohésion au niveau national et une ouverture à d’autres cultures », a déclaré Alexandre Barro Chambrier. Une orientation qui résume l’équilibre recherché par cette édition, entre affirmation de l’identité nationale et dialogue avec le monde.

Huit ans pour retrouver une mémoire collective

Le retour de la Fête des cultures n’est pas anodin. Créé en mai 1997 à l’initiative de l’ancien maire de Libreville Paul Mba Abessole, présent lors de cette réouverture, l’événement s’était progressivement imposé comme l’un des grands rendez-vous populaires consacrés à la diversité culturelle gabonaise.

Son interruption pendant huit années a laissé un vide dans le calendrier culturel national. Sa résurrection constitue donc autant un événement artistique qu’un signal politique et sociétal. Elle intervient à un moment où le Gabon cherche à réaffirmer ses repères, à renforcer le sentiment d’appartenance nationale et à valoriser ses patrimoines.

Le ministre chargé de la Culture, Paul Ulrich Kessany, a précisément insisté sur cette dimension historique. Le retour de la manifestation doit permettre, selon lui, de « retrouver une partie de notre histoire, de notre âme » et de considérer les traditions non comme des éléments figés, mais comme une richesse susceptible d’évoluer.

Cette vision mérite d’être soulignée. Une politique culturelle efficace ne consiste pas à enfermer les traditions dans la nostalgie. Elle doit permettre de transformer le patrimoine en ressource vivante, capable d’alimenter la création artistique, l’éducation, le tourisme, l’économie culturelle et même le dialogue entre générations.

Faire de la diversité une force

La programmation de cette 15e édition traduit cette volonté d’ouverture. La parade artistique et les prestations d’artistes venus notamment du Sénégal ont accompagné la cérémonie inaugurale, avant la découverte des différents stands installés pour présenter les expressions culturelles.

Le choix d’inviter des artistes étrangers est particulièrement significatif. La réappropriation culturelle ne doit pas conduire au repli. Elle peut au contraire devenir le point de départ d’une diplomatie culturelle plus ambitieuse, dans laquelle le Gabon affirme ce qu’il est tout en accueillant ce que les autres sociétés ont à offrir.

Dans un pays marqué par une exceptionnelle diversité de peuples, de langues, de traditions et de pratiques artistiques, la culture peut constituer un puissant outil de cohésion. Encore faut-il qu’elle soit pensée comme une politique publique durable et non comme un événement ponctuel.

La Fête des cultures, prévue du 21 au 23 août, offre ainsi une opportunité stratégique. Elle peut contribuer à reconnecter les jeunes générations avec leur patrimoine, à soutenir les artistes et créateurs, à stimuler les métiers culturels et à inscrire davantage le Gabon dans les réseaux africains de coopération culturelle.

Le véritable succès de cette 15e édition ne se mesurera donc pas uniquement à l’affluence ou à la qualité des spectacles. Il se mesurera à sa capacité à faire naître une dynamique durable.

Après huit années d’absence, le Gabon ne fait pas simplement revivre une fête. Il tente de raviver une mémoire collective. À condition de transformer cette renaissance en politique culturelle structurée, la Fête des cultures peut devenir bien davantage qu’un rendez-vous populaire. Elle peut redevenir un espace où une nation se raconte, se reconnaît et prépare son avenir sans renoncer à ses racines.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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