Madagascar : quand les militaires se font professeurs de démocratie
Libreville, Mercredi 15 octobre 2025 (Infos Gabon) – Le scénario est désormais bien rodé : un président usé, un peuple excédé, des soldats qui refusent de tirer — et, au petit matin, un colonel au visage grave qui jure « ne pas faire un coup d’État mais répondre à l’appel du peuple ».
À Madagascar, le colonel Michael Randrianirina vient d’ajouter son nom à la longue liste de ces officiers qui, du Sahel à l’océan Indien, se présentent comme les nouveaux “réparateurs” d’une démocratie en panne.
La boucle est bouclée
Ironie de l’histoire : Andry Rajoelina, renversé le 14 octobre 2025, est tombé exactement comme il était arrivé au pouvoir — par les armes, en 2009. Hier “libérateur”, aujourd’hui “fugitif”, il incarne cette catégorie d’africains qui confondent longévité et légitimité, persuadés que l’État leur appartient en héritage.
Mais cette fois, la révolte n’est pas née d’un rival politique. Elle vient de la jeunesse, cette “génération Z” malgache qui ne parle plus le langage des partis, mais celui de la rue, des réseaux sociaux et de la colère.
Le peuple, toujours trahi, toujours sauvé
Le peuple, éternel instrument des transitions africaines, a donc retrouvé son rôle favori : celui du témoin enthousiaste d’un nouveau départ. Sur la place du 13-Mai, on chante, on danse, on remercie l’armée de “s’être rangée du bon côté de l’histoire”.
Mais l’histoire africaine, on la connaît : elle commence toujours par un salut militaire et finit souvent par un désenchantement. Car derrière les drapeaux et les slogans patriotiques, le pouvoir militaire aime le costume civil. Il promet la transition, puis s’y installe, au nom de la stabilité.
Une contagion politique continentale
Depuis Bamako, Niamey, Ouagadougou ou Libreville, les communiqués se ressemblent : “Nous ne faisons pas un coup d’État, nous mettons fin à la souffrance du peuple.” Un copier-coller du populisme militaire, servi à chaud dans chaque capitale en crise. Mais ces “libérations” posent une question simple et dérangeante : Pourquoi les peuples africains font-ils davantage confiance à des colonels qu’à leurs propres institutions ?
La réponse est amère : parce que les civils ont trahi la République. Ils ont vidé la démocratie de son contenu, transformé les élections en spectacles, les institutions en instruments de rente, les constitutions en vestes réversibles. Alors, fatalement, le peuple se tourne vers l’uniforme. Et l’uniforme, flatté, répond : “Présent !
Un putsch propre, un futur flou
Madagascar n’a pas connu de bain de sang, c’est vrai. Le colonel Randrianirina a promis qu’“aucun Malgache ne sera persécuté”. Mais les promesses des hommes en treillis valent souvent autant que les programmes de campagne des civils : elles s’effilochent au contact du pouvoir.
Le danger n’est pas dans le coup d’État — il est dans ce qu’on en fait après. Transformer la colère populaire en projet politique demande plus que du courage : cela exige une vision, une éthique, une foi dans le bien commun. Et c’est là que les militaires, souvent, échouent.
L’Afrique face à son miroir
Au fond, la leçon malgache dépasse les frontières de l’île. Elle renvoie chaque nation africaine à sa propre contradiction : celle d’avoir voulu la démocratie sans citoyens, la prospérité sans justice, le développement sans discipline.
Tant que les élites gouverneront comme si le peuple était une foule, et que les peuples applaudiront les armes comme une solution, le cycle des coups d’État restera la bande-son d’un continent en attente de maturité politique.
Alors, le colonel Randrianirina sera-t-il l’exception ? Peut-être. Mais pour l’instant, il n’est qu’un nouveau visage dans la galerie des sauveurs provisoires, ceux qui surgissent quand les dirigeants civils ont trop longtemps oublié pour qui ils gouvernaient.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
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