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Madagascar suspendue de l’Union africaine après le coup d’État militaire du 14 octobre

Libreville, Jeudi 16 octobre 2025 (Infos Gabon) – Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) a suspendu mercredi Madagascar de toutes ses instances, au lendemain de la prise de pouvoir par les militaires ayant renversé le président Andry Rajoelina.

La décision, annoncée à l’issue d’une réunion d’urgence à Addis-Abeba, marque la condamnation sans appel d’un nouveau « changement anticonstitutionnel » sur le continent.

Un colonel à la tête du pays

À Antananarivo, le colonel Michael Randrianirina, commandant du Corps autonome des personnels et services administratifs et techniques (CAPSAT), s’est autoproclamé « Président du Rassemblement pour la refondation de Madagascar » après plusieurs jours de manifestations massives menées par la jeunesse malgache.

L’officier, qui avait joué un rôle déterminant dans la prise du pouvoir d’Andry Rajoelina en 2009, le lui arrache aujourd’hui. Il a promis de « ne pas confisquer le pouvoir » et d’organiser des élections « dans un délai maximum de deux ans ».

Il doit officiellement prêter serment vendredi devant la Cour suprême qu’il a rehabilitée aux côtés de l’Assemblée nationale, seule institution que les militaires avait choisi de maintenir après avoir dissous le gouvernement et les autres organes constitutionnels.

« Nous ne sommes pas venus pour diriger indéfiniment, mais pour rétablir la dignité du peuple », a déclaré le colonel Randrianirina, acclamé par des milliers de manifestants sur la place du 13-Mai. Son message se veut rassurant : il promet un gouvernement de transition ouvert aux civils, tout en justifiant l’intervention militaire par le « refus des forces armées d’obéir à l’ordre de tirer sur la population ».

Rajoelina en exil et vacance du pouvoir

L’ancien président Andry Rajoelina, réfugié à l’étranger après avoir été exfiltré par un avion militaire français, n’a pas formellement démissionné mais se trouve désormais isolé. La Haute Cour constitutionnelle a constaté la « vacance du pouvoir » et, dans un communiqué diffusé mardi soir, a « invité l’autorité militaire compétente, incarnée par le colonel Randrianirina Michael, à exercer les fonctions de chef de l’État ». Une reconnaissance institutionnelle qui a précipité la réaction de l’Union africaine.

Condamnation ferme de l’Union africaine

Réunie en séance d’urgence, la 1306ᵉ réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’UA a publié un communiqué cinglant condamnant « sans appel » la prise de pouvoir du 14 octobre, qualifiée de « violation flagrante des principes fondateurs de l’organisation panafricaine ». Le CPS rappelle son principe de tolérance zéro vis-à-vis des changements anticonstitutionnels et réaffirme la solidarité de l’UA « avec le peuple malgache dans ses aspirations à la bonne gouvernance et à la démocratie ».

Conformément à l’article 7(g) du Protocole de création du CPS et à l’article 25(1) de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, le Conseil a décidé : « de suspendre, avec effet immédiat, la participation de la République de Madagascar à toutes les activités de l’Union africaine, de ses organes et institutions, jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel. »

Le communiqué, adopté sous la présidence du représentant du Botswana auprès de l’UA, Tebelelo Alfred Boang, exige des forces armées malgaches de s’abstenir de toute ingérence politique et avertit que des sanctions ciblées seront prises contre les officiers impliqués en cas de persistance de la situation.

La SADC en médiatrice

La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont Madagascar est membre, a annoncé l’envoi imminent d’une mission de haut niveau à Antananarivo. Le président en exercice de la SADC a mandaté le Comité des sages de l’organisation pour rencontrer les nouvelles autorités, les partis politiques et les représentants de la société civile afin de préparer un dialogue inclusif en vue du retour à l’ordre constitutionnel.

L’UA, de son côté, exhorte la population malgache à « rester calme et à éviter tout acte de violence », tout en appelant à la formation rapide d’un gouvernement civil de transition. La Commission de l’Union africaine, dirigée par le djiboutien Mahamoud Ali Youssouf, est chargée de « suivre la situation et d’apporter un soutien technique au processus de restauration démocratique ».

Un énième rappel du syndrome africain

Le renversement d’Andry Rajoelina, lui-même arrivé au pouvoir par un putsch en 2009 avant d’être élu en 2018, rappelle la fragilité institutionnelle de l’île rouge. En un demi-siècle d’indépendance, Madagascar a connu quatre coups d’État militaires, une instabilité chronique et une succession de transitions plus ou moins avortées.

« Ce qui se joue à Antananarivo n’est pas qu’une crise malgache, mais un miroir des contradictions africaines », confie un diplomate. « Chaque coup d’État est le symptôme d’une démocratie inachevée. Tant que les dirigeants civils ne respecteront pas leurs engagements, les militaires continueront de se croire les garants du peuple. »

Une transition sous surveillance

En attendant, le colonel Randrianirina prépare la composition de son gouvernement de transition, promis “ouvert à toutes les forces vives”. Mais entre la méfiance internationale, la pression de la rue et la nécessité de restaurer la confiance, la mission s’annonce délicate.

Si le colonel veut convaincre qu’il n’est pas un nouveau “Rajoelina en treillis”, il lui faudra rapidement prouver que son serment de vendredi ne sera pas une simple répétition de l’histoire.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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