Culture

Michel Pecoinh défend le conte gabonais à Dakar

Libreville, Vendredi 6 Septembre 2019 (Infos Gabon) – L’artiste conteur gabonais, Michel Pecoinh, a pris part aux travaux de l’atelier de restitution qui se sont ténus récemment à Dakar sous le thème « la capsule des dividendes démographiques ». Il nous le fait dans cette interview qu’il a accordée à notre rédaction.

Infos Gabon : Vous avez pris part à Dakar à un atelier qui a réuni plusieurs artistes africains. De quoi était-il question ?

Michel Pecoinh : Il était question de mettre en place un réseau de communicateurs traditionnels d’Afrique de l’Ouest et du Centre. A cette occasion, la problématique portait sur la capsule des dividendes démographiques. Les Nations-Unies veulent effectivement, travailler aux côtés des communicateurs traditionnels, des différents pays du continent,  dans l’optique de rendre plus efficace leurs programmes de sensibilisation pour l’atteinte d’une cible plus large.

Ces communicateurs sont entre autres des conteurs, des chefs coutumiers, des incantatrices et bien d’autres. Ce sont ceux-là qui influencent leur communauté pour servir de relais, dans le cadre du véhicule des messages de sensibilisation par rapport aux fléaux rencontrés par les populations.

Infos Gabon : Comment avez-vous vendu la culture gabonaise ?

Michel Pecoinh : Le Gabon était présent à Dakar pour la simple raison que notre pays possède en son sein des communicateurs traditionnels, des conteurs, des chefs coutumiers et actuellement, nous travaillons avec plusieurs communautés. C’est le cas notamment de la communauté Sekiani, Benga et Oroungou, etc.

Ce sont des incantatrices dont le Gabon dispose. Nous étions à ce rendez-vous pour apporter aux autres, notre savoir-faire enfin de les mutualiser. Les problématiques ne sont toujours pas les mêmes. Par exemple, sur le plan culturel et en matière de coutume, vous avez des filles qui vont en mariage dès l’âge de quinze (15) ans en Afrique de l’Ouest.

Ce sont des pratiques culturelles qui sont propres à ces pays et qui n’existent pas au Gabon. D’où le rôle des communicateurs traditionnels qui doivent s’impliquer dans les campagnes de sensibilisation misent en place par les Nations-Unies sur ce genre de situation. Le thème central qui est beaucoup plus économique et s’il fallait le résumer, voudrait simplement dire qu’il faut que la population active soit supérieure à celle inactive. Et qu’est-ce qui explique que la population en âge de travailler ne puisse pas travailler ? Cela donne libre cours à plusieurs explications, notamment le chômage, la question du VIH Sida, les grossesses précoces, la gestion du planning familiale etc.

Infos Gabon : Vous n’êtes pas à votre première rencontre internationale du genre. Pourquoi vous et par extension le pays gagnerez à prendre part à ce genre d’événement ?

Michel Pecoinh : Il faut dire que ce qui se fait ailleurs n’est pas différent de ce qui se fait au Gabon. Le Gabon doit s’arrimer à ce qui se fait à l’international. Toutes ces problématiques émanent uniquement des hommes. Le fait d’échanger justement sur ces questions à l’occasion de ces rencontres nous permet de partager ces acquis entre communicateurs traditionnels locaux.

Le phénomène des grossesses précoces, à titre d’exemple, remet en cause la réussite scolaire des jeunes filles. C’est une situation qui n’épargne aucun pays africains. C’est en prenant part à ces rencontres que nous  échangeons sur les stratégies adoptées au sein de nos différents pays. Le Gabon apporte son expertise sur la question, et de commun accord, nous adoptons une position de lutte efficace qui doit être menée au plan local.

Infos Gabon : Vous êtes parallèlement le président de la Fédération des artistes conteurs du Gabon. Parlez-nous de votre structure ?

Michel Pecoinh : En effet, je suis le président en exercice de la Fédération des artistes conteurs du Gabon (FEDACOGA), qui a été mise en place en 2005, par l’accord-cadre entre le Gabon et l’Organisation internationale de la francophonie (l’OIF). A partir de ce moment, plusieurs autres fédérations ont vu le jour comme la nôtre. C’est une fédération qui regroupe en son sein plusieurs compagnies de conteurs, à savoir, la Compagnie sac à parole, la Compagnie des amazones du conte, le Royaume du conte et bien d’autres. Il y a également le collectif des conteurs du Gabon et africain.

Chacune de ces associations travaille de manière individuelle, met en place son programme d’activité. Cependant, nous nous retrouvons au niveau de la fédération pour mener des activités concertées en vue d’échanger sur les problématiques des artistes conteurs. Récemment, nous nous sommes retrouvés dans le cadre de l’élaboration d’une fiche technique du conteur en zone urbaine.

La  prestation d’un artiste conteur n’est pas comme celle des artistes chanteurs et autres. Il va falloir mettre en place un certain nombre de dispositifs, comme une salle à l’écoute du public. Il faut également relever que notre fédération fonctionne sans budget, ce qui n’est pas le cas de certaines fédérations sportives. Nous faisons avec les moyens de bord, surtout avec la volonté que nous avons et le soutien des partenaires. 

Infos Gabon : Lors du festival Gabon 9 provinces, les artistes conteurs n’étaient pas très en vue, comment expliquez-vous cela ?

Michel Pecoinh : Je veux simplement dire qu’il y a eu des provinces où les artistes conteurs n’ont pas été programmés. Cela relève peut-être de la programmation de ce festival. Nous avons travaillé avec cette commission et avons dressé une liste en indiquant dans chacune des provinces, les artistes conteurs. Lors de la publication définitive des listes, peut-être que l’on n’a pas jugé la nécessité d’inclure les conteurs.

C’est fut le cas dans plusieurs localités. Les localités où ils ont été retenus, il s’est malheureusement posé le problème d’écoute. Ce Festival Gabon 9 provinces qui avait pour thématique “langues locales et jeunesse”, nous pensons que les conteurs ou les arts de la parole devaient avoir un espace bien approprié et non un podium et un public surchauffé et qui n’est pas disposé à l’écoute du conte à cette heure.

Je pense que la programmation a fait défaut. Le choix pour nous, c’est qu’il y ait une place de la parole bien aménagée en vue de mieux vulgariser cet art. Nous envisageons rencontrer les autorités du ministère pour leur faire part de nos propositions pour qu’à l’avenir, les choses se passent mieux.

FIN/INFOSGABON/LK/2019

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