Economie

Nkok : Le modèle gabonais qui inspire la RDC

Libreville, Lundi 17 Août 2026 (Infos Gabon) – La visite de Félix-Antoine Tshisekedi à la Zone d’investissement spéciale de Nkok, dimanche 16 août, dépasse le cadre d’une séquence protocolaire liée aux célébrations du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon.

Elle révèle surtout l’intérêt croissant que suscite, au cœur du Bassin du Congo, une expérience gabonaise fondée sur une idée devenue stratégique pour les économies africaines, transformer localement les ressources plutôt que les exporter à l’état brut.

Une vitrine de la transformation gabonaise

Accompagné du ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Maître Lubin Ntoutoume, le président de la République démocratique du Congo a découvert les infrastructures et plusieurs unités industrielles de Nkok, sous la conduite de Serge Samy Biveghe, administrateur général de l’Autorité administrative.

La visite a permis au dirigeant congolais d’observer concrètement un écosystème industriel où la transformation du bois côtoie désormais d’autres activités, notamment dans la métallurgie. L’enjeu n’est pas simplement de produire. Il consiste à créer des chaînes de valeur, attirer des capitaux, développer des compétences et retenir davantage de valeur ajoutée sur le territoire.

Félix Tshisekedi a salué une zone qu’il a décrite comme un symbole du dynamisme, de l’innovation et des ambitions du Gabon. Son intérêt prend une dimension particulière lorsqu’on considère le potentiel forestier de la RDC, qui dispose elle aussi d’une ressource considérable mais encore insuffisamment transformée localement.

Nkok apparaît ainsi moins comme une simple zone industrielle que comme une démonstration de ce que peut produire une politique publique lorsqu’elle cherche à articuler ressources naturelles, investissement privé, infrastructures et industrialisation.

De l’expérience gabonaise à l’ambition congolaise

Le véritable intérêt de cette visite réside précisément dans cette possibilité de transposition. La RDC cherche depuis plusieurs années à renforcer la transformation locale de ses ressources et à redynamiser ses espaces industriels. L’expérience de Nkok peut, à ce titre, nourrir la réflexion autour de zones telles que Maluku, à Kinshasa.

La comparaison ne signifie pas qu’il suffirait de reproduire mécaniquement le modèle gabonais. Les territoires, les marchés, les infrastructures et les volumes de ressources diffèrent considérablement. Mais le principe demeure pertinent. Une richesse naturelle ne devient véritablement un moteur de développement que lorsqu’elle génère sur place des emplois, des entreprises, des compétences, des recettes et des activités industrielles durables.

C’est également dans cette perspective que la coopération entre les deux pays peut prendre une dimension nouvelle. Le Gabon et la RDC partagent un même espace écologique et des enjeux communs autour de la gestion du Bassin du Congo. Le partage d’expériences industrielles peut donc compléter les discussions traditionnellement centrées sur la conservation des forêts.

Nkok offre surtout une illustration concrète d’un partenariat entre l’État gabonais et le secteur privé, à travers ARISE et sa filiale gabonaise GSEZ. Cette configuration constitue l’un des éléments structurants de l’expérience, en associant cadre public, infrastructures industrielles et capacité d’investissement privée.

Nkok change d’échelle

La portée de cette visite tient enfin à la trajectoire internationale prise par la zone. Le passage de Félix Tshisekedi s’inscrit dans une série de visites de hauts responsables africains venus observer cette expérience gabonaise. À mesure que Nkok reçoit des dirigeants étrangers, la zone cesse progressivement d’être seulement un outil de politique industrielle nationale pour devenir une vitrine de l’ambition économique du Gabon.

Le signal adressé au continent est donc puissant. Le Gabon cherche à démontrer qu’un pays producteur de matières premières peut progressivement construire autour de ses ressources un tissu industriel capable de servir son économie et son attractivité.

Pour la RDC, l’intérêt est tout aussi stratégique. Avec son immense potentiel forestier, minier et agricole, elle dispose des ressources nécessaires pour bâtir de puissantes chaînes de transformation. L’enjeu consiste désormais à convertir cette abondance en capacité industrielle.

La leçon de Nkok dépasse ainsi le bois. Elle porte sur une conception du développement dans laquelle la souveraineté économique ne se mesure plus uniquement à la possession des ressources, mais à la capacité de les transformer, de les valoriser et d’en maîtriser les chaînes de valeur.

Le Gabon a voulu faire de Nkok une expérience industrielle. La visite de Félix Tshisekedi montre qu’elle est désormais observée comme une expérience africaine. Si cette dynamique se poursuit, Nkok pourrait avoir accompli quelque chose de plus important encore que produire pour le Gabon. Elle pourrait contribuer à montrer au continent qu’en Afrique, la matière première peut enfin devenir le point de départ de l’industrialisation plutôt que son éternelle limite.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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