OEACP : les États du Sud actent le virage de la transformation économique
Libreville, Mardi 31 Mars 2026 (Infos Gabon) – Réunis pour le 11e Sommet de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP), les chefs d’État et de gouvernements ont franchi un cap stratégique.
Au-delà des déclarations d’intention, la rencontre s’est conclue par une orientation claire : transformer en profondeur les modèles économiques des pays membres pour sortir durablement de la dépendance aux matières premières.
Présent lors des travaux à huis clos, le président Brice Clotaire Oligui Nguema s’est imposé comme l’un des porte-voix de cette inflexion, en appelant à une rupture assumée avec les schémas économiques traditionnels.
Un sommet sous pression des mutations globales
Le contexte international a pesé de tout son poids sur les échanges. Crises économiques, tensions géopolitiques, accélération technologique : autant de facteurs qui obligent les pays de l’OEACP à repenser leur trajectoire.
Face à ces bouleversements, le constat est partagé : les économies fondées sur l’exportation brute de ressources naturelles atteignent leurs limites. La vulnérabilité aux chocs extérieurs, la faible création de valeur locale et la dépendance aux marchés internationaux fragilisent durablement les États concernés.
C’est dans ce contexte que les discussions ont porté sur un objectif central : bâtir des économies plus intégrées, plus résilientes et capables de générer une croissance inclusive.
Le plaidoyer pour un changement de modèle
En présentant le pré-rapport du Sommet des affaires de Malabo, le président gabonais a défendu une vision structurée : faire des pays membres non plus de simples fournisseurs de matières premières, mais de véritables pôles de production, de transformation et d’innovation.
Cette orientation repose sur un principe simple mais exigeant : capter davantage de valeur sur les ressources locales. Cela implique des investissements industriels, des infrastructures adaptées et une montée en compétences des acteurs économiques.
Au cœur de cette transformation, un acteur est clairement identifié : le secteur privé. Considéré comme moteur de croissance, il est appelé à jouer un rôle central dans la création de richesse et l’industrialisation.
Trois priorités pour accélérer la transformation
Les travaux du Sommet ont permis de dégager trois axes majeurs qui devraient structurer l’action des États membres dans les années à venir : l’industrialisation et la transformation locale des ressources, le développement du numérique et de l’innovation, le renforcement des mécanismes de financement, notamment en faveur des PME, des jeunes et des femmes.
Ces priorités traduisent une volonté de passer d’une économie d’extraction à une économie de production, tout en intégrant les enjeux d’inclusion et de modernisation.
Vers un nouveau pacte avec le secteur privé
Au-delà des orientations économiques, un autre message fort a émergé : la nécessité de refonder la relation entre les États et les acteurs économiques.
Les dirigeants ont plaidé pour un environnement plus lisible et plus stable, fondé sur la prévisibilité des politiques publiques, la sécurité juridique et une culture de résultats. L’objectif est clair : restaurer la confiance pour attirer les investissements et accélérer la mise en œuvre des projets.
Dans cette logique, les partenariats public-privé, les instruments financiers innovants et la coopération Sud-Sud ont été identifiés comme des leviers essentiels.
Une déclaration finale tournée vers l’action
L’adoption de la Déclaration du 11e Sommet, présentée par le ministre gambien Seedy K.M. Keita, marque l’aboutissement de ces travaux. Le texte consacre une ambition collective : faire de l’OEACP une organisation plus efficace, plus cohérente et orientée vers des résultats concrets.
Cette volonté d’opérationnalisation constitue l’un des points clés du sommet. Car au-delà des engagements, c’est la capacité à suivre et évaluer les décisions qui déterminera leur impact réel.
Une organisation à l’heure des choix
La désignation de la région des Caraïbes pour assurer la prochaine présidence en 2029 illustre la volonté de maintenir un équilibre géographique au sein de l’organisation. Mais l’essentiel se joue ailleurs : dans la capacité des États à traduire les orientations adoptées en politiques publiques effectives.
Le sommet s’est ainsi achevé sur une note d’engagement renouvelé, mais aussi d’exigence accrue. Car les défis sont connus, les solutions identifiées, et les attentes des populations de plus en plus pressantes.
Transformer les promesses en résultats
Ce 11e Sommet pourrait marquer un tournant, à condition que les engagements ne restent pas lettre morte. L’histoire des organisations internationales est jalonnée de déclarations ambitieuses, souvent freinées par un déficit d’exécution.
L’OEACP semble aujourd’hui consciente de cet enjeu. En plaçant la transformation économique, le rôle du secteur privé et la culture de résultats au cœur de son agenda, elle pose les bases d’une nouvelle phase.
Reste désormais à franchir l’étape la plus décisive : passer des discours aux réalisations. Car pour les États membres, l’enjeu est clair, transformer les potentialités en prospérité réelle pour leurs populations.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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