Economie

Paris : Le Gabon à l’assaut d’Eramet

Libreville, Mercredi 27 Mai 2026 (Infos Gabon) – À Paris, le Gabon tente ce mercredi un mouvement qui pourrait redessiner durablement les rapports de force entre États africains et multinationales minières.

Derrière l’augmentation de capital de 500 millions d’euros engagée par Eramet, maison mère du géant minier gabonais Comilog, Libreville voit une occasion historique de franchir un seuil politique longtemps inaccessible. Celui qui sépare les pays producteurs des véritables centres de décision.

Depuis des décennies, le manganèse de Moanda alimente l’un des groupes miniers les plus stratégiques de la planète. Pourtant, le Gabon, malgré son statut de pilier industriel du dispositif d’Eramet, est resté cantonné à un rôle d’exportateur et de territoire d’exploitation. Désormais, le pouvoir gabonais veut changer de dimension. Non plus seulement produire les ressources, mais participer aux arbitrages financiers, industriels et stratégiques qui façonnent l’avenir du groupe français.

La volonté affichée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema de participer à cette levée de fonds marque une rupture importante dans la doctrine économique gabonaise. Pour la première fois, Libreville assume ouvertement son ambition d’entrer dans le capital de la maison mère d’un acteur qui structure une part essentielle de son économie minière.

Du manganèse à la souveraineté

Officiellement, l’opération vise à renforcer les capacités d’investissement d’Eramet dans un contexte mondial de forte tension autour des métaux stratégiques. Mais pour le Gabon, l’enjeu dépasse largement le cadre financier.

Le manganèse gabonais occupe aujourd’hui une place centrale dans les chaînes industrielles mondiales. Il est indispensable à la fabrication de l’acier et devient de plus en plus stratégique dans les nouvelles technologies liées à la transition énergétique. Cette réalité renforce mécaniquement le poids géopolitique des pays producteurs.

Depuis le début de la transition politique, Brice Clotaire Oligui Nguema multiplie les signaux en faveur d’une reprise de contrôle progressive des ressources nationales. L’annonce de la fin programmée des exportations de manganèse brut à l’horizon 2030 s’inscrit déjà dans cette logique de transformation locale et de montée en gamme industrielle.

Entrer au capital d’Eramet constituerait une étape supplémentaire. Même minoritaire, une participation gabonaise ouvrirait l’accès à des informations stratégiques, aux assemblées générales et à certains mécanismes d’influence dans les orientations futures du groupe.

Pour Libreville, il ne s’agit plus simplement d’extraire des minerais. Il s’agit désormais de peser dans les centres où se décide la valeur mondiale de ces ressources.

Une bataille verrouillée

Mais la fenêtre reste extrêmement étroite. Le Gabon se heurte à un obstacle majeur. Il n’est pas actionnaire d’Eramet.

Dans le cadre de cette augmentation de capital, les actionnaires historiques disposent de droits préférentiels de souscription leur permettant d’acheter prioritairement les nouvelles actions émises. Autrement dit, Libreville dépend désormais des choix des investisseurs déjà présents dans le capital.

Au cœur du verrouillage figure notamment la famille Duval, actionnaire de référence du groupe depuis près de trente ans. Si celle-ci décide de suivre massivement l’opération pour maintenir son poids, l’espace disponible pour de nouveaux entrants deviendra extrêmement réduit.

À l’inverse, un désengagement partiel de certains investisseurs pourrait créer une opportunité inattendue pour le Gabon. Dans les milieux financiers parisiens, plusieurs observateurs considèrent que les prochains jours seront décisifs pour mesurer le degré réel d’ouverture du capital du groupe minier français.

Cette séquence illustre surtout un phénomène plus large. De plus en plus d’États africains cherchent désormais à sortir du modèle historique où les ressources quittent le continent tandis que les décisions stratégiques restent concentrées dans les grandes places financières internationales.

Le test de crédibilité

Reste la question la plus sensible. Celle des moyens financiers. L’augmentation de capital d’Eramet représente près de 328 milliards de FCFA. Même une participation limitée supposerait des montants considérables pour les finances gabonaises. Souscrire à seulement 10 % de l’opération nécessiterait déjà environ 32 milliards de FCFA.

Or le Gabon traverse actuellement une phase budgétaire délicate, marquée par des arbitrages financiers importants et une surveillance étroite des partenaires internationaux.

Cette réalité nourrit désormais une interrogation centrale dans les marchés. Libreville prépare-t-il réellement une entrée durable dans la gouvernance d’Eramet ou cherche-t-il avant tout à envoyer un signal politique fort sur sa nouvelle doctrine souverainiste ?

Quelle que soit l’issue de l’opération, le message envoyé depuis Paris dépasse déjà le simple cadre boursier. Le Gabon ne veut plus seulement être une terre de minerais. Il veut devenir un acteur capable d’influencer les règles du jeu mondial autour de ses propres ressources stratégiques.

Et dans un monde où les métaux critiques redessinent progressivement les équilibres géopolitiques, cette bataille autour du capital d’Eramet pourrait bien annoncer une nouvelle phase des relations entre l’Afrique et les grandes multinationales extractives.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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