Poulet local, le Gabon joue son pari de l’autosuffisance
Libreville, Vendredi 21 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut changer de modèle dans son assiette. À moins de cinq mois de l’échéance annoncée pour mettre fin aux importations de poulet de chair, le gouvernement accélère la mise en place d’une filière avicole capable de répondre à la demande nationale. Au cœur de cette stratégie, 150 fermes retenues dans le cadre du Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole doivent devenir les premières unités d’une production locale appelée à réduire la dépendance du pays aux marchés extérieurs.
Le 19 août, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, a réuni les exploitants sélectionnés afin d’évaluer leur niveau de préparation et d’identifier les obstacles susceptibles de compromettre l’objectif fixé pour janvier 2027. La rencontre n’a pas seulement permis de rappeler les ambitions du gouvernement. Elle a surtout révélé la réalité du défi. Produire davantage de poulets au Gabon suppose de résoudre simultanément les problèmes de transport, d’approvisionnement en intrants, de suivi sanitaire, de financement et de logistique.
150 fermes pour construire une filière
La sélection de 150 exploitations constitue le premier maillon d’une politique qui entend transformer l’aviculture en véritable secteur productif. Pour le gouvernement, ces producteurs ne doivent pas seulement fournir davantage de volailles. Ils sont appelés à participer à la construction d’une chaîne de valeur nationale, allant de l’élevage à l’alimentation animale, en passant par la santé vétérinaire, la transformation et la distribution.
Le ministre Pacôme Kossy a résumé cette ambition en affirmant qu’un pays qui se respecte doit pouvoir se nourrir lui-même, présentant les exploitants comme les « pionniers » de l’industrie avicole gabonaise.
Mais entre l’ambition politique et la réalité économique, l’écart reste considérable. Les producteurs ont notamment fait remonter leurs difficultés d’acheminement, leurs besoins en équipements et en intrants ainsi que les contraintes liées au suivi sanitaire. Dans plusieurs provinces, l’état des routes complique déjà le transport des matières premières indispensables à l’élevage.
Pour éviter que les difficultés logistiques ne deviennent un obstacle à la production, le ministère travaille avec l’armée de l’air afin de faciliter l’acheminement des intrants vers les zones les plus difficiles d’accès. Une solution qui illustre l’ampleur du défi logistique auquel le pays doit répondre s’il veut véritablement remplacer les importations par une offre nationale régulière.
Le financement sera le véritable test
La question financière apparaît tout aussi déterminante. Les exploitants demandent un meilleur accès au crédit, notamment auprès de la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon. Car augmenter les capacités de production nécessite des investissements lourds, depuis les bâtiments d’élevage jusqu’aux équipements, en passant par l’alimentation et les dispositifs sanitaires.
Le coût d’installation des provenderies constitue notamment un sujet sensible. Sans une production locale suffisante d’aliments pour volailles, le Gabon risque de remplacer une dépendance par une autre. L’enjeu de l’autosuffisance ne consiste donc pas uniquement à produire des poulets sur le territoire. Il s’agit de construire progressivement l’écosystème qui permet de les produire à un coût compétitif.
Le risque sanitaire constitue un autre point critique. Le ministre a appelé les éleveurs à souscrire des assurances afin de limiter les conséquences financières d’éventuelles épidémies. Dans une filière où une crise sanitaire peut décimer rapidement des élevages entiers, la prévention et la couverture des risques devront devenir des composantes normales du modèle économique.
Janvier 2027, l’épreuve de vérité
L’échéance annoncée pour janvier 2027 donne désormais à cette politique un caractère d’urgence. L’interdiction des importations de poulet de chair, si elle entre effectivement en vigueur selon le calendrier annoncé, placera la production nationale devant une obligation de résultat immédiate.
C’est ici que se jouera la crédibilité du pari gouvernemental. Protéger le marché intérieur peut stimuler l’investissement local, créer des emplois et retenir davantage de valeur dans l’économie gabonaise. Mais cette protection ne pourra être durable que si elle s’accompagne d’une production suffisante, régulière, saine et accessible aux consommateurs.
Le Gabon ne peut pas simplement fermer la porte aux importations et espérer que l’offre nationale apparaisse mécaniquement. Il doit simultanément sécuriser les intrants, améliorer les infrastructures, faciliter le crédit, renforcer la prévention sanitaire et accompagner les producteurs dans leur montée en puissance.
Le rendez-vous de janvier 2027 sera donc bien plus qu’une échéance agricole. Il constituera un test grandeur nature de la capacité du Gabon à transformer une dépendance alimentaire en opportunité industrielle. Les 150 fermes retenues portent désormais une part de cette ambition. Mais leur réussite dépendra autant de leur capacité à produire que de celle de l’État à créer les conditions économiques, logistiques et sanitaires permettant à cette nouvelle filière de survivre au-delà de l’urgence.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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