Gabon : Transport public, le pari d’une renaissance nationale
Libreville, Vendredi 21 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon s’apprête à tourner une nouvelle page de son transport public. Issue de la reprise des activités de Sogatra et de Trans’Urb, la future Compagnie nationale de transport doit entrer en activité au début du mois de septembre. Derrière cette échéance se joue bien davantage qu’un changement de nom ou une réorganisation administrative. Le gouvernement veut reconstruire un service public capable de transporter les populations, de préserver les emplois et, surtout, de rompre avec les fragilités de gestion qui ont progressivement affaibli les anciennes structures.
La nouvelle compagnie a été au cœur d’une réunion tenue à la Primature sous la conduite du vice-président du gouvernement. Le ministre d’État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi y a présenté les principales avancées du dispositif. Premier signal fort, les 1 294 agents issus des deux entreprises historiques doivent être conservés. Ils représentent 716 employés de Sogatra et 578 de Trans’Urb. Le gouvernement annonce parallèlement un mécanisme d’apurement progressif des arriérés, notamment des salaires, afin de permettre au nouvel opérateur de démarrer sur des bases sociales plus stables.
Un nouveau modèle pour sortir du cycle des difficultés
La véritable ambition est toutefois plus large. Les autorités envisagent à terme jusqu’à 2 900 recrutements supplémentaires pour renforcer les effectifs et accompagner le développement du réseau. Une perspective qui traduit la volonté de faire du transport public un secteur créateur d’emplois et un instrument essentiel de mobilité économique.
Mais cette expansion sera soumise à une exigence désormais incontournable, celle de la rigueur. Les difficultés accumulées par Sogatra et Trans’Urb ont montré les limites d’un modèle fortement dépendant des subventions publiques et exposé aux problèmes de gouvernance. La nouvelle compagnie devra donc progressivement réduire cette dépendance, améliorer sa productivité et assurer une gestion suffisamment solide pour que l’argent public ne serve plus à maintenir indéfiniment un système déficitaire.
C’est là que se trouve le principal enjeu du projet. Reprendre les actifs et les personnels des anciennes structures est une décision administrative. Transformer cette reprise en entreprise publique viable relève d’un choix économique et managérial beaucoup plus exigeant.
32 lignes à Libreville et sept axes interurbains
Sur le terrain, le nouveau dispositif entend également répondre à une demande devenue pressante. Dans le Grand Libreville, le réseau devrait compter 32 lignes, tandis que sept liaisons interurbaines doivent desservir plusieurs villes du pays. L’objectif est de reconstruire progressivement une offre de transport structurée, prévisible et accessible.
La grille tarifaire annoncée cherche à maintenir cette dimension sociale. Dans le Grand Libreville, le ticket unitaire devrait être fixé à 200 francs CFA et le ticket journalier à 1 000 francs CFA. Des passes mensuels, compris entre 3 000 et 17 000 francs CFA selon les catégories d’usagers, doivent également compléter le dispositif.
Pour les liaisons interurbaines, les tarifs annoncés s’établissent à 5 000 francs CFA pour Lambaréné, 8 000 pour Mouila, 12 000 pour Oyem et Tchibanga, et 13 000 pour Makokou et Bitam. Ces montants placent la future compagnie face à une double obligation, maintenir l’accessibilité des déplacements tout en couvrant progressivement ses coûts d’exploitation.
Le calendrier de septembre constitue donc un premier test. Les Gabonais attendront moins une annonce institutionnelle qu’un résultat concret, des bus disponibles, des lignes respectées, des horaires fiables et une qualité de service à la hauteur des ambitions affichées.
La Compagnie nationale de transport arrive ainsi avec une responsabilité particulière. Elle doit réparer une partie de la confiance perdue dans le transport public tout en démontrant qu’une entreprise publique peut conjuguer mission sociale, discipline financière et efficacité opérationnelle. Le maintien des emplois est un engagement important, mais il ne suffira pas. La réussite se mesurera à la capacité de cette nouvelle compagnie à transporter durablement les Gabonais sans reproduire les mécanismes qui ont conduit ses prédécesseurs dans l’impasse. Septembre sera donc moins le mois d’un simple lancement que celui d’une épreuve de crédibilité pour la politique nationale des transports.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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