Poulet local ou pénurie ? Le pari risqué du Gabon pour 2027
Libreville, Lundi 23 Février 2026 (Infos Gabon) – Le gouvernement gabonais a fixé une échéance claire : à partir de janvier 2027, les importations de poulets de chair devront cesser.
Derrière cette décision, l’ambition est forte : réduire la dépendance alimentaire du pays et bâtir une filière avicole nationale capable de répondre à la demande. Mais à moins d’un an de l’échéance, le défi logistique, économique et social reste considérable.
Un tournant vers la production nationale
Cette mesure qui s’inscrit dans une stratégie de substitution aux importations, était à l’ordre du jour au ministère de l’Industrie et de la Transformation locale où s’est tenue une réunion avec le ministère de l’agriculture et du développement rural. L’objectif est de renforcer la production locale pour assurer l’approvisionnement du marché intérieur sans recourir aux produits étrangers.
Selon les autorités, la transition repose sur deux axes : la montée en puissance des exploitations existantes et l’entrée de nouveaux investisseurs capables d’augmenter rapidement les capacités de production. Deux entreprises auraient déjà manifesté leur engagement pour accompagner cette montée en régime.
Le gouvernement assure vouloir privilégier une approche progressive, afin d’éviter toute rupture d’approvisionnement.
Une filière existante mais encore fragile
Contrairement à une idée répandue, l’élevage avicole gabonais n’est pas inexistant. Le pays compte plus de 370 fermes structurées, réparties entre la capitale et plusieurs provinces. Ce tissu constitue une base de départ non négligeable.
Mais les professionnels du secteur soulignent que la filière reste morcelée et confrontée à des contraintes majeures : coût élevé des intrants, dépendance aux importations pour l’alimentation animale, insuffisance des infrastructures de transport et de conservation, accès limité au financement.
Le véritable enjeu ne réside donc pas seulement dans l’augmentation des volumes, mais dans la structuration d’une chaîne complète, de la production à la distribution, capable de garantir régularité, qualité sanitaire et prix accessibles.
Le risque d’un marché sous tension
La décision d’interdire les importations constitue un levier puissant, mais aussi un facteur de risque. Si l’offre locale ne parvient pas à suivre le rythme de la demande, les conséquences pourraient être immédiates : hausse des prix, rareté du produit et tensions sur le pouvoir d’achat des ménages.
La réussite du projet dépendra ainsi de la coordination entre l’État, les éleveurs, les investisseurs et les circuits de distribution, mais aussi de la rapidité avec laquelle les investissements annoncés se traduiront en capacités de production réelles.
Le calendrier, qui laisse une période d’adaptation jusqu’en 2027, vise à éviter un choc brutal sur le marché. Encore faut-il que cette fenêtre soit mise à profit pour accélérer la modernisation du secteur.
Au-delà du poulet, un enjeu de souveraineté alimentaire
Cette réforme dépasse le seul marché de la volaille. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance du Gabon aux importations alimentaires, sécuriser l’approvisionnement des populations et stimuler l’emploi dans les zones rurales.
Si la filière avicole parvient à se structurer avec succès, elle pourrait servir de modèle pour d’autres productions agricoles et contribuer à l’émergence d’une agro-industrie nationale.
Mais le temps presse. Entre ambition politique et réalités du terrain, le compte à rebours est désormais enclenché. D’ici janvier 2027, le pari sera simple à mesurer : transformer une décision administrative en véritable capacité de production. Faute de quoi, le poulet local pourrait devenir un produit rare, et cher.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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