R4, FLYGABON choisit la prudence
Libreville, Mercredi 05 Août 2026 (Infos Gabon) – La controverse autour de la redevance R4 prend une nouvelle dimension. Alors que le dispositif soulève des interrogations sur son périmètre, son bénéficiaire et son impact potentiel sur la compétitivité aérienne du Gabon, FLYGABON a décidé de ne pas la collecter auprès de ses passagers, dans l’attente d’une clarification des conditions précises de son applicabilité.
Une position qui ne vaut pas rejet de principe, mais traduit une exigence de sécurité juridique et économique face à un mécanisme dont les modalités continuent de susciter des questions.
La décision annoncée fin juillet dans un communiqué dont nous détenons copie, intervient dans un contexte où la question des prélèvements appliqués au transport aérien dépasse largement le simple montant payé par le voyageur. Elle touche directement à l’attractivité de Libreville, à la compétitivité des compagnies, à la fréquentation des plateformes aéroportuaires et, à terme, à la capacité du Gabon à se positionner comme un véritable hub régional.
Une redevance dont le périmètre interroge
Le débat porte notamment sur le fonctionnement de la R4. Selon le document présenté, cette redevance serait perçue auprès des passagers au départ des différents aéroports du territoire national, tandis que son reversement bénéficierait directement au concessionnaire de Libreville.
C’est précisément cette architecture qui alimente les interrogations. Une redevance liée à une infrastructure donnée paraît, dans sa logique économique, devoir être associée aux services et équipements effectivement utilisés. Or, lorsque le prélèvement est étendu à des voyageurs empruntant d’autres plateformes, une question de cohérence se pose immédiatement.
Le passager qui quitte le territoire depuis Port-Gentil, Franceville, Oyem ou Makokou devrait-il acquitter une redevance dont le produit est destiné au concessionnaire de l’aéroport de Libreville, alors même qu’il n’utilise pas cette infrastructure ?
C’est sur ce point que se cristallise une partie de la polémique. La question n’est pas seulement celle du prélèvement, mais celle de sa justification, de son affectation et de la lisibilité du mécanisme pour les usagers.
Dans cette attente, FLYGABON a choisi de ne pas collecter la R4 auprès de ses passagers. Cette décision place la compagnie dans une position de prudence, en attendant que les conditions d’application du dispositif soient suffisamment précises pour permettre une mise en œuvre incontestable.
Le risque d’une fiscalité qui affaiblit le trafic
Derrière le débat juridique et administratif se trouve un enjeu économique beaucoup plus vaste. Dans le transport aérien, chaque prélèvement supplémentaire peut avoir un effet sur le prix final du billet. Et lorsque les tarifs augmentent, la demande peut se contracter, les fréquences diminuer et certaines liaisons perdre de leur attractivité.
Le schéma présenté dans les documents soumis au débat oppose ainsi deux modèles. Le premier repose sur une fiscalité maîtrisée permettant de rendre les billets plus accessibles, d’accroître le nombre de passagers, de stimuler les fréquences et les nouvelles lignes, puis d’élargir progressivement l’activité économique et l’assiette fiscale. Le second repose sur l’accumulation des prélèvements, avec le risque de renchérir les billets, de réduire la demande et de détourner une partie du trafic vers des hubs concurrents.
Pour Libreville, l’enjeu est stratégique. Un hub ne se décrète pas par la seule construction ou la modernisation d’une infrastructure. Il se construit par le volume, la connectivité, la régularité des liaisons, la compétitivité tarifaire et la capacité à attirer les compagnies et les passagers. Une politique qui renchérit durablement l’accès au transport aérien peut donc produire un effet contraire à celui recherché.
Le paradoxe serait alors de vouloir renforcer une plateforme tout en créant, par les prélèvements qui lui sont associés, les conditions susceptibles de réduire son attractivité.
Clarifier avant de prélever
La position de FLYGABON ouvre ainsi un débat qui mérite de dépasser l’affrontement entre partisans et opposants à la R4. La véritable question est celle de la cohérence globale du dispositif avec la stratégie aérienne nationale.
Si l’objectif est de renforcer les infrastructures, d’améliorer les services et de faire de Libreville une plateforme régionale compétitive, le financement de cet effort doit être conçu de manière à ne pas fragiliser le trafic qui constitue précisément la matière première d’un hub. La performance économique d’une infrastructure aérienne dépend autant de sa fréquentation que des recettes qu’elle peut générer.
La clarification attendue devra donc répondre à plusieurs interrogations fondamentales. Qui est juridiquement redevable de la R4, sur quelles bases est-elle appliquée, quels passagers sont concernés, quelles infrastructures justifient le prélèvement et selon quelles règles les recettes sont-elles affectées ?
La décision de FLYGABON a le mérite de replacer ces questions au centre du débat. Elle rappelle qu’une redevance ne peut être durablement acceptée que si son fondement, son périmètre et sa destination sont parfaitement compréhensibles pour ceux qui la supportent.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse finalement la seule R4. Il s’agit de choisir le modèle aérien que le pays veut construire. Un hub compétitif ne se développe pas par l’accumulation des prélèvements, mais par la capacité à créer suffisamment de trafic, de connexions et d’activité pour que la croissance du secteur profite à l’ensemble de l’économie.
Avant de demander davantage au passager, il faut donc s’assurer que le mécanisme retenu renforce réellement l’écosystème qu’il prétend financer.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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