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RDC : Kabila franchit le seuil militaire

Libreville, Lundi 19 Octobre 2026 (Infos Gabon) – L’ancien président congolais Joseph Kabila ne se contente plus de contester le pouvoir de Kinshasa. En prenant la tête d’une nouvelle coalition politico-militaire associée au M23, il s’inscrit désormais au cœur d’une crise qui menace simultanément l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, ses institutions et les perspectives de paix.

Le gouvernement de Félix Tshisekedi l’accuse de préparer une offensive de grande ampleur. Une accusation grave, qui fait basculer l’affrontement politique dans une nouvelle phase, sans que l’attaque annoncée soit à ce stade établie.

Le FRN, une nouvelle bannière pour la rébellion

Le 16 octobre, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, a accusé Joseph Kabila de vouloir formaliser une offensive contre la République. Selon lui, le recours aux armes reviendrait à tuer des Congolais pour conquérir des territoires. Il a également rejeté l’idée que la nouvelle organisation représente une rupture avec les forces insurgées déjà engagées contre Kinshasa, estimant que les acteurs et leurs méthodes demeurent les mêmes.

Cette réaction intervient après l’annonce, le 12 octobre à Goma, de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), placé sous la direction de Joseph Kabila. La structure succède à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et rassemble des figures de l’ancienne coalition associée au Mouvement du 23 mars (M23), dont Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa. Le chef militaire du M23, Sultani Makenga, figure également dans l’architecture dirigeante rapportée par les médias. Goma, dans le Nord-Kivu, est sous contrôle de la coalition rebelle depuis janvier 2025.

Le mouvement affirme vouloir fédérer les forces opposées au pouvoir et mettre fin à ce qu’il qualifie de « tyrannie », y compris par la force. Cette déclaration constitue un élément politique majeur, mais elle ne suffit pas à confirmer l’existence ni le calendrier d’une offensive générale. L’accusation du gouvernement doit donc être distinguée des faits établis publiquement.

L’ancien président devient un acteur direct du conflit

Joseph Kabila a dirigé la RDC de 2001 à 2019. Son entrée officielle à la tête de cette coalition modifie la portée politique de la rébellion. Jusqu’ici, l’ancien chef de l’État contestait le pouvoir de Félix Tshisekedi, tout en restant une figure dont l’implication directe dans l’insurrection était au centre des accusations de Kinshasa. Il assume désormais une fonction de premier plan dans une organisation qui revendique explicitement une lutte politique et militaire.

Condamné à mort par contumace en 2025 pour des faits liés à la rébellion, Kabila rejette les accusations portées contre lui. Les responsabilités pénales alléguées doivent être distinguées des faits politiques désormais publics, notamment sa prise de direction du FRN. Le changement de nom et de structure ne dissipe pas les interrogations sur la continuité entre l’AFC-M23 et cette nouvelle coalition. Il pourrait, au contraire, donner à la rébellion une figure nationale plus connue, sans démontrer pour autant qu’elle bénéficie d’un soutien populaire élargi.

L’enjeu dépasse ainsi une rivalité entre deux anciens partenaires politiques. Il concerne la souveraineté de l’État, la protection des civils dans l’Est et la capacité des négociations de paix à contenir les affrontements. Le M23 est accusé de bénéficier du soutien du Rwanda, une dimension régionale qui rend toute escalade particulièrement sensible.

Une crise militaire sur fond de tension constitutionnelle

Cette nouvelle étape intervient alors que la vie politique congolaise reste traversée par les inquiétudes relatives à l’avenir institutionnel du pays. En juin et en septembre, des rassemblements de l’opposition ont dénoncé un projet de révision constitutionnelle susceptible, selon ses détracteurs, d’ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi. Celui-ci doit, en l’état actuel de la Constitution, achever en 2028 son deuxième mandat de cinq ans.

Joseph Kabila accuse lui aussi le pouvoir de chercher à se maintenir en place. Mais cette convergence de critiques ne signifie pas que l’opposition politique traditionnelle adhère à son rapprochement avec les groupes armés. La principale coalition d’opposition a jusqu’ici maintenu ses distances avec l’ancien président. La contestation institutionnelle et la lutte armée demeurent deux voies distinctes, aux conséquences radicalement différentes.

La RDC se trouve ainsi confrontée à un double risque. Une escalade militaire pourrait aggraver les souffrances des populations de l’Est et fragiliser les efforts diplomatiques. Une crise constitutionnelle mal maîtrisée pourrait, parallèlement, accentuer la défiance envers les institutions. La responsabilité du pouvoir est de répondre aux accusations par des éléments vérifiables, de protéger les citoyens et de préserver les voies politiques légales. Celle des acteurs armés est de ne pas faire payer aux civils le prix de leurs ambitions.

La question décisive n’est plus seulement de savoir qui prétend incarner l’avenir du Congo, mais si la compétition pour le pouvoir se déroulera par les institutions ou par les armes. Dans un pays déjà éprouvé par des années de conflit, toute légitimité revendiquée doit être confrontée à une exigence première : la protection de la population et le respect de l’intégrité territoriale.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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