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RDC : La paix ne peut attendre le prochain dirigeant

Libreville, Mercredi 14 Octobre 2026 (Infos Gabon) – L’actualité congolaise impose de poser une question qui dépasse les rivalités entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi. Comment un pays doté d’immenses ressources naturelles peut-il continuer à payer un tel tribut à la guerre, alors que ses dirigeants successifs et ses partenaires internationaux multiplient les initiatives de paix ?

L’annonce, le 12 octobre 2026, par l’ancien président Joseph Kabila de la création d’une nouvelle coalition politico-militaire intégrant l’AFC et le M23 donne une dimension supplémentaire à cette interrogation. Elle place au centre du débat la responsabilité des anciens dirigeants, les limites du pouvoir en exercice et la capacité des institutions africaines et internationales à prévenir les conflits plutôt qu’à en gérer les conséquences.

L’ancien chef de l’État face à l’exigence de responsabilité

Joseph Kabila a dirigé la République démocratique du Congo de 2001 à 2019. Après près de dix-huit années au sommet de l’État, son choix de prendre la tête du Front pour la refondation de la nation, qui rassemble notamment l’AFC et le M23, ouvre un débat politique et moral majeur. Un ancien président connaît les rouages de l’État, les fragilités de ses institutions et le coût humain des conflits. Son expérience devrait pouvoir servir à désamorcer les crises, favoriser le dialogue et contribuer à la consolidation démocratique. Le recours à une coalition politico-militaire pour combattre le pouvoir en place fait au contraire peser un risque supplémentaire sur une nation déjà meurtrie.

Cette interrogation ne dispense pas d’examiner les responsabilités du pouvoir actuel. Félix Tshisekedi a exprimé en mai 2026 son ouverture à une réflexion sur la Constitution et déclaré qu’il pourrait accepter un troisième mandat si les Congolais le lui demandaient. Il a également lié la possibilité d’organiser les élections de 2028 à l’évolution de la guerre dans l’Est. Or les articles 219 et 220 de la Constitution interdisent respectivement toute révision en période de guerre, d’urgence ou d’état de siège, et toute modification du nombre ou de la durée des mandats présidentiels. La crise sécuritaire ne saurait donc devenir un prétexte à l’affaiblissement des garanties démocratiques.

Le président congolais doit clarifier les perspectives du dialogue national inclusif qu’il a annoncé et garantir que les règles constitutionnelles demeurent le cadre commun de la vie politique. De son côté, Joseph Kabila doit répondre de la portée de son engagement dans une coalition armée. Ni l’ancienneté au pouvoir ni la légitimité électorale ne confèrent un droit à placer les intérêts politiques au-dessus de la sécurité des populations. Les Congolais, comme la communauté internationale, sont en droit d’attendre des actes cohérents avec les exigences de paix, de souveraineté et de responsabilité.

Transformer l’expérience des anciens dirigeants en ressource de paix

L’Union africaine et les Nations unies doivent également tirer les leçons de cette crise. Trop souvent, la diplomatie intervient lorsque les combats ont déjà provoqué des déplacements massifs, détruit les moyens de subsistance et fragilisé des territoires entiers. La prévention suppose aussi de réfléchir au devenir des anciens chefs d’État et des responsables de haut niveau après leur départ du pouvoir. Médiateurs, envoyés spéciaux, représentants pour la paix ou conseillers institutionnels, ils peuvent mettre leur expérience au service de la stabilité, à condition que leur rôle soit encadré, impartial et accepté par les parties concernées.

L’exemple d’Olusegun Obasanjo est éclairant. L’ancien président nigérian a été mobilisé par l’Union africaine pour soutenir les efforts de paix dans la Corne de l’Afrique en 2026. Ce type de reconversion ne garantit pas le succès, mais il offre une voie institutionnelle à ceux qui souhaitent continuer à servir leur continent sans prolonger les affrontements par d’autres moyens.

La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies pose, elle aussi, la question de la place que les anciens dirigeants africains peuvent occuper dans la diplomatie mondiale. Elle mérite d’être examinée à partir de son expérience, de son projet et de sa capacité à rassembler les États membres, plutôt que d’être présentée comme une solution automatique aux conflits du continent. Les membres permanents du Conseil de sécurité, notamment les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, ont une responsabilité particulière dans le fonctionnement du système international. Les autres, bien qu’ils ne soient pas membres permanents, peuvent également contribuer aux initiatives diplomatiques. Tous les partenaires devraient réfléchir à la manière de mieux mobiliser les compétences politiques africaines pour prévenir les crises et soutenir les processus de paix.

Les richesses du Congo doivent enfin servir ses habitants

La RDC possède du cobalt, du cuivre, du coltan et d’autres ressources essentielles aux industries mondiales. Pourtant, cette richesse contraste avec les violences persistantes dans l’Est, les déplacements de populations et les difficultés de développement. La guerre ne relève pas d’une équation insoluble, mais sa résolution exige de traiter ensemble les dimensions sécuritaires, politiques, économiques et régionales, notamment les tensions impliquant les pays voisins et les intérêts liés aux ressources naturelles.

L’Union africaine, l’ONU, les États-Unis et les autres acteurs engagés dans les médiations doivent passer des déclarations aux mécanismes vérifiables, avec des engagements suivis, une protection effective des civils et un dialogue qui ne serve ni à légitimer la violence ni à contourner la Constitution. La paix ne peut reposer sur la seule volonté d’un homme, ancien ou actuel, mais sur des institutions capables de limiter les ambitions personnelles et de rendre des comptes.

Le véritable enjeu est là. Les dirigeants ne sont pas éternels, les mandats sont limités et l’État doit survivre aux hommes qui le gouvernent. En RDC, l’histoire ne retiendra pas seulement ceux qui ont conquis ou conservé le pouvoir, mais ceux qui auront contribué à rendre aux citoyens la sécurité, la démocratie et la maîtrise de leurs ressources. La paix ne peut plus être une promesse renouvelée à chaque crise. Elle doit devenir l’obligation première de tous ceux qui prétendent exercer une responsabilité publique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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