Routes et mobilité, le Gabon regarde vers Abidjan
Libreville, Jeudi 06 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon ne cherche plus seulement à construire des routes. Il veut désormais mieux penser la ville, anticiper les déplacements et inscrire ses infrastructures dans une logique de mobilité durable.
C’est le sens de la rencontre tenue mercredi 5 août à Abidjan entre les responsables gabonais des Travaux publics et de l’Habitat et les autorités ivoiriennes chargées des infrastructures routières. En marge des célébrations du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Libreville est venu chercher à Abidjan non pas un modèle à reproduire mécaniquement, mais une expérience africaine susceptible d’éclairer ses propres choix.
Reçue par le ministre ivoirien des Infrastructures et de l’Entretien routier, Yacouba Hien Sié, la délégation gabonaise était conduite par le ministre des Travaux publics et de la Construction, Edgard Moukoumbi, accompagné de son collègue du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, ainsi que de Rose Aurelia Ewatame N’koghe, conseillère économique à l’ambassade du Gabon en Côte d’Ivoire.
Cette séquence diplomatique prend une dimension particulière au regard des défis auxquels sont confrontées les grandes villes gabonaises. À Libreville comme dans les principaux centres urbains, la question routière ne peut plus être dissociée de celle de la circulation, de l’aménagement du territoire, de l’habitat et de l’organisation des déplacements. L’enjeu n’est donc plus uniquement de disposer de routes supplémentaires, mais de construire un système cohérent capable d’accompagner la croissance urbaine.
Abidjan, laboratoire africain de la mobilité
Au cœur des échanges, la délégation gabonaise a découvert plus précisément l’expérience ivoirienne à travers une présentation du Projet de Transport Urbain d’Abidjan, assurée par Fousseni Diarrassouba, coordonnateur du projet au sein de l’Agence de Gestion des Routes.
L’intérêt de cette présentation réside dans l’approche globale du projet ivoirien, qui vise à renforcer les infrastructures de transport, fluidifier les déplacements sur les principaux axes et améliorer la sécurité ainsi que les conditions de mobilité des populations.
Pour le Gabon, cette expérience constitue un retour d’expertise directement exploitable dans la réflexion engagée sur ses propres villes. Les mécanismes de planification, de financement, de réalisation et surtout d’entretien des infrastructures ont été au centre des échanges. Une dimension essentielle, car la performance d’un réseau routier ne se mesure pas uniquement au nombre de kilomètres construits, mais également à sa capacité à rester fonctionnel dans la durée.
Cette question de l’entretien constitue l’un des défis majeurs de toute politique d’infrastructures. Construire sans assurer durablement la maintenance revient à reporter les coûts et à fragiliser progressivement les investissements réalisés. L’expérience ivoirienne intéresse donc le Gabon autant pour ses réalisations que pour les méthodes qui les accompagnent.
De l’infrastructure à la ville
La présence conjointe des ministres Edgard Moukoumbi et Mays Mouissi donne également une portée plus large à cette coopération. Les infrastructures routières ne peuvent être pensées indépendamment de l’urbanisme et de l’habitat. Une route nouvelle transforme les flux, modifie les pôles d’activité et peut accélérer le développement de certains quartiers. À l’inverse, une urbanisation mal maîtrisée peut rapidement saturer les infrastructures les mieux conçues.
Cette articulation est particulièrement importante pour Libreville, où les besoins en matière de mobilité accompagnent une pression croissante sur l’espace urbain. Les travaux d’aménagement évoqués à la Baie des Cochons illustrent déjà cette volonté de réfléchir aux infrastructures dans une perspective plus large d’organisation de la ville.
Le déplacement de la délégation gabonaise à Abidjan traduit ainsi une évolution intéressante dans la méthode. Plutôt que de considérer chaque chantier comme une opération isolée, il s’agit progressivement de rechercher des expériences, des compétences et des mécanismes susceptibles de nourrir une politique urbaine cohérente.
Une coopération africaine tournée vers les résultats
Au-delà des échanges institutionnels, cette rencontre ouvre surtout la perspective d’une coopération technique plus étroite entre les administrations et organismes spécialisés des deux pays. La Côte d’Ivoire dispose d’une expérience importante dans la transformation de ses infrastructures urbaines, tandis que le Gabon cherche à accélérer la modernisation de ses réseaux et à mieux répondre aux besoins de ses populations.
L’intérêt de cette démarche est aussi politique. Elle montre que les solutions aux défis africains peuvent se construire à partir d’expériences africaines, en favorisant le transfert de compétences plutôt qu’une dépendance systématique à des expertises extérieures au continent.
Pour Libreville, l’enjeu sera désormais de transformer l’inspiration en méthode. Une coopération réussie ne se mesurera pas au nombre de rencontres organisées, mais à la capacité de traduire les enseignements recueillis à Abidjan en projets mieux planifiés, mieux financés, mieux entretenus et réellement adaptés aux réalités gabonaises.
Le véritable défi du Gabon n’est donc pas seulement de construire davantage de routes. Il est de construire une nouvelle manière de penser la ville. En allant observer l’expérience ivoirienne, Libreville fait le choix de regarder au-delà du chantier pour s’intéresser à la mobilité, à la planification et à la durabilité. C’est à cette condition que les futurs investissements routiers pourront devenir autre chose que des infrastructures isolées et constituer les fondations d’une ville gabonaise plus fluide, mieux organisée et davantage tournée vers l’avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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