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Sénégal : Macky Sall joue les prolongations

Libreville, Dimanche 4 février 2024 (Infos Gabon) – En décidant hier de reporter sine die l’élection présidentielle prévue le 25 février 2024, le président sénégalais proroge son bail à la tête du pays.

Initialement prévue le 25 février 2024, l’élection présidentielle au Sénégal ne pourra plus avoir lieu. Dans un message télévisé hier à la Nation, le président de la République a annoncé le report sine die de ce scrutin à travers l’abrogation du décret n°2023-2283 du 29 novembre 2023 « portant convocation du corps électoral ». Une décision qui fait suite à l’adoption par le bureau de l’Assemblée nationale d’un projet de loi du groupe parlementaire du Parti démocratique sénégalais (PDS) portant report de la présidentielle.

Parmi les raisons à l’origine de cette décision, Macky Sall fait état d’un différend entre l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel.  Le chef de l’Etat sénégalais parle d’« une situation grave et confuse » entre les deux structures « sur fond d’une supposée affaire de corruption de juges ». A la demande du PDS et ses partis alliés, une commission d’enquête parlementaire sur deux des sept juges de la plus haute juridiction sénégalaise a été créée la semaine dernière.

Autre raison évoquée, même si M. Sall ne l’a pas nommée, le cas de la double nationalité de la candidate Rose Wardini « découverte après la publication de la liste définitive des candidats par le Conseil constitutionnel. Ce qui constitue une violation de l’article 28 de la Constitution qui dispose que « tout candidat à la présidence de la République doit être exclusivement de nationalité sénégalaise ».

Pour le président de la République, « ces conditions troubles pourraient gravement nuire à la crédibilité du scrutin en installant les germes d’un contentieux pré et postélectoral (…) Alors qu’il porte les stigmates des violentes manifestations de mars 2021 et de juin 2023, notre pays ne peut pas se permettre une nouvelle crise ». Mais, Macky Sall a rappelé son engagement à ne pas se présenter pour un troisième mandat. Avant d’annoncer la tenue prochaine d’un dialogue national.

Tollé général

Mais, cette sortie du numéro un sénégalais a suscité une vive polémique au sein de l’opinion. Comme il fallait s’y attendre, ce report a réveillé de vieux démons. Au sein de la classe politique sénégalaise, des manifestations sont envisagées en vue de protester contre cette décision qualifiée de « régression démocratique ». De son côté, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’a pas caché « sa préoccupation quant aux circonstances qui ont conduit au report de l’élection ». L’organisation sous-régionale invite «les autorités compétentes à favoriser les procédures afin de fixer une nouvelle date ».

Les Etats-Unis se disent « profondément préoccupés ». Le département d’Etat a à cet effet demandé aux différents acteurs du processus électoral sénégalais à « s’engager pacifiquement dans l’effort important visant à fixer rapidement une nouvelle date et les conditions d’une élection libre et équitable ».

Pour l’analyste politique Babacar Ndiaye, l’on ne saurait parler de report d’autant plus que « le président ne donne aucune durée ». Certes, la Constitution sénégalaise en son article 39 prévoit un intérim à la tête de l’État « en cas de démission, d’empêchement ou de décès, le président de la République est suppléé par le président de l’Assemblée nationale ».

« Nous ne sommes pas dans le cadre de l’article 39 qui prévoit la vacance du pouvoir. Personne ne va le remplacer durant la période du report, il a prolongé de fait le mandat », lance Babacar Ndiaye. L’analyste politique souligne que l’« on va vers l’inconnu ».

FIN/INFOSGABON/SM/2024

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