Economie

Sucreries du Gabon, le réveil brutal après la reprise

Libreville, Mercredi 2 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Deux ans après le rachat de l’ancienne Sucaf, les Sucreries du Gabon se retrouvent au cœur d’une équation industrielle devenue préoccupante. À Franceville, le 28 août 2026, la direction de l’entreprise a publiquement tiré la sonnette d’alarme sur ses difficultés financières, laissant apparaître les limites d’une relance industrielle encore fragile.

Lors d’une visite du gouverneur du Haut-Ogooué, Jacques Denis Tsanga, le directeur général Ousmane Sall Mabignat n’a pas masqué la gravité de la situation. Selon des propos rapportés par la presse locale, la situation financière de l’entreprise serait « très, très, très difficile » et son actionnaire majoritaire se considérerait comme « totalement délaissé » par l’administration. Le dirigeant appelle ainsi l’État à renforcer son soutien pour éviter que l’opérateur ne s’essouffle davantage.

Le signal est d’autant plus sérieux que le dossier dépasse largement la seule santé financière d’une entreprise. En avril 2024, les actifs de Sucaf avaient été repris avant de devenir les Sucreries du Gabon. Le nouvel investisseur avait alors engagé un programme de modernisation, avec renouvellement de certains équipements, campagne test et installation d’une unité de conditionnement à Owendo afin de faciliter l’approvisionnement des acteurs industriels. L’objectif était clair, remettre sur pied un outil capable de reconquérir progressivement le marché national.

Les premiers résultats restent pourtant loin des ambitions affichées. En 2024, la production transformée s’est établie à 14 640 tonnes, en baisse de 21,2 %. Dans le même temps, les importations ont bondi de 212,8 %, à 22 074 tonnes, alors que la demande nationale est estimée à près de 40 000 tonnes pour les ménages et les industriels. Les ventes ont reculé de 31,5 %, à 20 250 tonnes. Si le chiffre d’affaires est resté à 22,42 milliards de francs CFA, cette résistance tient surtout à la hausse des prix et non à une progression des volumes.

Le paradoxe est saisissant. Alors que l’entreprise investissait davantage, les performances industrielles demeuraient insuffisantes. Les investissements avaient progressé de 65,5 % en 2024, à 5,31 milliards de francs CFA, principalement pour moderniser l’outil de production. Les effectifs étaient passés de 421 à 552 salariés. Mais cette injection de moyens n’a pas encore permis d’inverser durablement la tendance.

Pour Libreville, le dossier devient donc un test de cohérence de la politique industrielle. La relance de la production sucrière ne peut reposer uniquement sur l’arrivée d’un repreneur et sur des investissements ponctuels. Elle suppose un environnement économique capable de soutenir l’exploitation, la maintenance des équipements, l’accès au financement, la logistique et la compétitivité du produit local.

Le gouvernement mesure manifestement l’enjeu. À Franceville, Jacques Denis Tsanga a assuré que l’État respecterait ses engagements afin de préserver cet outil industriel. Cette promesse intervient alors que les pouvoirs publics cherchent précisément à réduire la dépendance du Gabon aux importations et à renforcer sa production locale.

Le dossier des Sucreries du Gabon révèle ainsi une difficulté plus profonde. Une industrie stratégique ne se sauve pas uniquement avec du capital. Elle doit retrouver des volumes, des débouchés et une capacité durable à concurrencer les produits importés. À l’approche de nouvelles décisions sur l’avenir du secteur, le pays est désormais confronté à un choix simple mais coûteux. Soit accompagner efficacement la transformation de l’outil de Franceville, soit accepter que la facture de la dépendance extérieure continue de s’alourdir.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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