TICAD 9 : Ce que l’Afrique attend vraiment du Japon
Libreville, Jeudi 21 août 2025 (Infos Gabon) – Entre prudence nippone et impatience africaine, lorsqu’à Tokyo, ATIDI, MUFG et NEXI vantent les opportunités africaines aux investisseurs japonais, le message est clair : le continent veut diversifier ses partenaires, et il attend du Japon qu’il passe à la vitesse supérieure.
L’Afrique face à ses choix stratégiques
Depuis deux décennies, la Chine a pris une avance considérable en Afrique, avec ses routes, ses barrages, ses ports et ses prêts massifs. Les États-Unis, eux, misent sur l’énergie et la sécurité. L’Europe, malgré ses promesses, peine souvent à convaincre par sa lenteur bureaucratique.
Dans ce paysage, le Japon reste perçu comme un acteur sérieux mais timide, un partenaire « premium » qui promet des infrastructures de qualité et une coopération respectueuse. Mais pour beaucoup de décideurs africains, la question est simple : le Japon peut-il passer de la parole aux actes ?
Des attentes très concrètes
Les dirigeants africains, qu’ils soient à Addis-Abeba, Abidjan ou Libreville, partagent un même besoin : des financements rapides, sécurisés et assortis de transferts de technologies.
Or, le Japon propose souvent des projets de long terme, bien conçus mais longs à se concrétiser. À l’inverse, la Chine livre des routes et des stades en quelques mois.
La TICAD 9 rappelle que l’Afrique ne veut pas seulement des promesses de partenariats publics-privés, mais des réalisations visibles : usines, centrales solaires, réseaux télécoms, hubs logistiques.
Le symbole Safaricom Ethiopia vu d’Afrique
Le projet Safaricom Ethiopia, soutenu par Sumitomo Corporation et sécurisé par ATIDI et NEXI, est perçu comme un test grandeur nature : si le Japon réussit à mener ce chantier à bien, avec des résultats palpables pour les consommateurs et l’économie éthiopienne, il gagnera en crédibilité sur tout le continent.
À l’inverse, si ce projet reste perçu comme une opération complexe et lente, Tokyo risque de renforcer son image d’investisseur trop prudent.
Le temps de la compétition
L’Afrique, désormais courtisée par tous, n’est plus dans une logique de dépendance mais de choix stratégique. Les pays africains veulent comparer les offres, négocier les meilleures conditions, et jouer la concurrence entre grandes puissances.
Dans cette bataille, le Japon a un atout : son image de partenaire fiable, qui respecte la souveraineté et mise sur la qualité. Mais il a aussi un handicap : son aversion au risque et sa lenteur.
Un tournant pour la relation Japon – Afrique
La TICAD 9 marque une étape décisive. Si Tokyo réussit à transformer ses promesses en projets concrets, visibles et rapides, le Japon peut devenir un partenaire de choix dans la transition énergétique, la digitalisation et l’industrialisation du continent.
Mais si les investissements restent timides, l’Afrique continuera de se tourner vers ceux qui savent livrer vite : la Chine, les pays du Golfe, voire la Turquie.
En d’autres termes, l’Afrique n’attend pas des discours rassurants, mais des chantiers qui changent la vie. Le message envoyé depuis Tokyo est clair : le Japon est prêt à s’engager. Mais désormais, le continent veut juger sur pièces.
FIN/INFOSGABON/SO/2025
Copyright Infos Gabon

















