Economie

UIT : le Gabon veut peser

Libreville, Mardi 29 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon ne veut plus seulement suivre la transformation numérique mondiale, il entend participer aux lieux où elle se décide. À quelques semaines d’un rendez-vous appelé à fixer les grandes orientations de l’Union internationale des télécommunications pour les quatre prochaines années, Libreville accélère sa mobilisation diplomatique pour obtenir un siège au Conseil de l’organisation.

Derrière cette candidature se joue une question plus large que la représentation d’un pays dans une institution internationale, celle de la capacité d’un État africain à défendre ses intérêts dans la définition des règles qui encadreront les technologies de demain.

Le 26 septembre, à New York, le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark-Alexandre Doumba, a participé à une consultation ministérielle africaine consacrée à la gouvernance de l’UIT. Cette séquence intervient alors que les États membres préparent la Conférence de plénipotentiaires de l’UIT, prévue à Doha du 9 au 27 novembre 2026. C’est cette conférence qui élira les 48 États membres du prochain Conseil.

Un siège pour défendre des intérêts africains

Le Conseil de l’UIT n’est pas une instance protocolaire. Composé de 48 États, il assure la gouvernance de l’organisation entre deux conférences de plénipotentiaires et intervient sur les grandes questions de politique, de stratégie, de programmes, de budget et de fonctionnement de l’Union.

Pour le Gabon, l’enjeu est donc de disposer d’une présence au sein d’un espace où se construisent des orientations qui touchent directement les économies nationales. Connectivité, infrastructures numériques, intelligence artificielle, cybersécurité, standards technologiques, accès aux réseaux et réduction de la fracture numérique ne sont plus des sujets réservés aux spécialistes des télécommunications. Ils déterminent désormais la compétitivité des entreprises, l’efficacité des administrations et une part croissante de la souveraineté des États.

L’Afrique dispose actuellement de 13 sièges au Conseil au titre de sa région électorale, sur les 48 que compte l’instance. La candidature gabonaise s’inscrit ainsi dans un espace où la coordination continentale peut compter autant que les démarches bilatérales. D’où l’intérêt de la réunion ministérielle africaine que Libreville doit accueillir les 29 et 30 octobre, à quelques jours de l’ouverture de la conférence de Doha.

Libreville veut transformer sa candidature en agenda

La rencontre annoncée au Gabon devra notamment aborder la régulation des contenus numériques, leur monétisation au bénéfice de la jeunesse africaine, les relations avec les fournisseurs d’accès à Internet par satellite et le développement des infrastructures numériques. Ces dossiers illustrent la nouvelle réalité du numérique africain. L’enjeu n’est plus seulement de connecter davantage de personnes, mais de déterminer qui contrôle les infrastructures, qui fixe les règles, qui capte la valeur créée et comment les populations peuvent réellement bénéficier de l’économie numérique.

La question de la monétisation des contenus est particulièrement révélatrice. Une jeunesse africaine très présente sur les plateformes numériques peut produire une valeur considérable sans que celle-ci soit nécessairement captée localement. De même, l’arrivée de nouveaux opérateurs satellitaires ouvre des perspectives en matière de couverture des zones difficiles d’accès, tout en soulevant des questions de régulation, de concurrence, de fiscalité et de souveraineté.

Le Gabon cherche donc à inscrire sa démarche internationale dans une transformation engagée à l’intérieur du pays. Le Conseil des ministres du 18 septembre a notamment adopté un projet de décret encadrant le certificat qualifié de signature électronique et plusieurs services de confiance numériques. Le texte concerne notamment la signature et le cachet électroniques, l’authentification des sites, le timbre électronique, la facture électronique normalisée et le visa électronique. Il vise à sécuriser les transactions, renforcer la traçabilité et accompagner la numérisation de l’administration et de l’économie.

De la présence diplomatique à l’influence numérique

C’est là que se trouve le véritable enjeu de la candidature gabonaise. Obtenir un siège dans une organisation internationale ne constitue pas, en soi, une politique numérique. La question déterminante sera celle de la capacité à transformer cette présence institutionnelle en influence sur les dossiers qui intéressent directement le continent.

Le Gabon devra notamment articuler ses priorités nationales avec les intérêts africains communs. Connecter les territoires, développer les compétences, sécuriser les échanges électroniques et favoriser l’innovation supposent des investissements, mais aussi des normes, des partenariats et des mécanismes de gouvernance capables de suivre l’évolution extrêmement rapide des technologies.

La conférence de Doha donnera à cette ambition son premier test international. L’UIT rappelle que la Conférence de plénipotentiaires est son instance décisionnelle suprême et qu’elle fixe l’orientation générale de l’organisation, ses plans stratégiques et financiers, tout en élisant le prochain Conseil.

Pour Libreville, l’objectif est donc moins de décrocher un titre supplémentaire que de prendre place dans la fabrication des règles du numérique mondial. Dans un environnement où l’intelligence artificielle, les données, les réseaux satellitaires et la cybersécurité redessinent déjà les rapports de puissance, l’absence autour de la table peut coûter cher. La candidature gabonaise prend dès lors tout son sens si elle s’accompagne d’une doctrine claire, de positions négociées avec les partenaires africains et d’une capacité à défendre durablement les intérêts du continent. Le numérique n’est plus seulement un secteur à développer. Il est devenu un espace de souveraineté.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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