Énergie et eau au Gabon : le test des 100 jours
Libreville, Samedi 25 avril 2026 (infos Gabon) – En cent jours, le secteur vital de l’eau et de l’électricité au Gabon a amorcé un virage ambitieux. Derrière les chiffres et les annonces, c’est toute la crédibilité de l’action publique qui se joue dans un pays où l’accès aux services de base reste une attente sociale majeure.
Une accélération sous pression
Trente-trois actions (33) en à peine trois mois. Le bilan présenté par le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, marque une volonté claire : rompre avec l’inertie chronique qui a longtemps caractérisé ces secteurs stratégiques.
Face au vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, le ministre a détaillé une feuille de route dense, où l’urgence le dispute à la structuration.
Dans un contexte de refondation de l’Etat et d’exigence accrue de résultats, ces « 100 jours » ne sont pas qu’un symbole. Ils constituent un test grandeur nature de la capacité de l’État à répondre à des besoins fondamentaux : éclairer, alimenter, desservir.
L’électricité, priorité nationale
Sur les 33 actions engagées, 22 concernent directement l’énergie. Un choix qui traduit une réalité implacable : sans électricité stable, aucun développement durable n’est possible. Industrie, services, santé, éducation, tous les secteurs reposent sur un approvisionnement fiable.
Dans ce cadre, plusieurs projets structurants ont été lancés ou accélérés. La mise en service de la centrale thermique de Mayumba, le remplacement de turbines à gaz à Port-Gentil ou encore le renforcement du réseau entre Owendo et Bisségué visent un objectif clair : réduire les délestages qui pénalisent quotidiennement les populations et les entreprises.
À cela s’ajoutent des initiatives plus ciblées mais tout aussi stratégiques, comme l’extension du réseau dans certaines zones urbaines et périurbaines, la réhabilitation de points critiques à Libreville, ou encore l’électrification de localités jusque-là marginalisées. L’arrivée annoncée de 67 000 compteurs électriques entre avril et juin 2026 illustre également cette volonté d’élargir l’accès tout en améliorant la gestion du réseau.
L’eau, un défi tout aussi crucial
Si l’électricité capte l’essentiel des efforts, l’eau n’est pas en reste. Huit actions ont été engagées dans ce secteur, avec une orientation claire : améliorer l’accès et corriger les défaillances structurelles.
Parmi les mesures phares figurent l’acquisition de 60 000 compteurs d’eau, la réhabilitation de 600 points d’adduction en milieu rural, ainsi que la remise en état de 120 bornes-fontaines à Libreville. À cela s’ajoutent la finalisation de 16 forages et la construction d’infrastructures majeures, comme le château d’eau de Lambaréné, avec en perspective la mise en service prochaine de celui de Bikélé.
Ces actions répondent à une urgence souvent moins visible que les coupures d’électricité, mais tout aussi déterminante : l’accès à une eau potable fiable, condition essentielle de santé publique et de dignité.
Des réformes pour durer
Au-delà des infrastructures, trois réformes structurelles ont été engagées. Un volet souvent moins spectaculaire, mais fondamental. Car la crise de l’eau et de l’électricité au Gabon ne relève pas uniquement d’un déficit d’équipements : elle tient aussi à des problèmes de gouvernance, de maintenance et de gestion.
Ces réformes visent à poser les bases d’un système plus efficace, capable non seulement de produire et distribuer, mais aussi de maintenir et anticiper.
Entre volontarisme et attente de résultats
Ce bilan des 100 jours dessine une dynamique. Mais il pose aussi une question essentielle : celle de la durabilité. Car si les annonces sont nombreuses et les chantiers engagés, le véritable test reste leur impact concret sur le quotidien des Gabonais. Réduction effective des délestages, accès réel à l’eau potable, continuité du service : c’est sur ces indicateurs que se jouera la crédibilité de cette action.
Dans un pays où la défiance vis-à-vis des services publics s’est installée au fil des années, l’enjeu dépasse largement la technique. Il est politique.
Le moment de vérité
Ces 100 jours marquent un début. Mais ils ouvrent surtout une séquence décisive. Car moderniser l’accès à l’eau et à l’électricité, ce n’est pas seulement lancer des projets : c’est transformer durablement la relation entre l’État et les citoyens.
Le pari est audacieux. Il est aussi risqué. Car au bout du compte, une question demeure : ces efforts marquent-ils le début d’un changement structurel ou ne sont-ils qu’une nouvelle promesse de plus dans un secteur où l’urgence dure depuis trop longtemps ?
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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