Le Gabon entre au capital d’Eramet
Libreville, Mardi 12 Mai 2026 (Infos Gabon) – C’est un changement de cap que Libreville présente déjà comme historique.
En marge du sommet Africa Forward organisé depuis le 11 mai 2026 à Nairobi, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et la Présidente-Directrice Générale du groupe français Eramet, Christel Bories, ont conclu un accord stratégique marquant l’entrée de l’État gabonais au capital du géant minier active au Gabon depuis cinquante ans.
Pour les autorités gabonaises, cette décision symbolise bien davantage qu’une simple opération financière. Elle traduit la volonté affirmée du pouvoir de reprendre une place dans les centres de décision liés à l’exploitation des ressources nationales, en particulier le manganèse, dont le Gabon demeure l’un des principaux producteurs mondiaux grâce au gisement de Moanda, considéré parmi les plus riches de la planète.
Jusqu’ici, l’État gabonais tirait essentiellement profit de cette exploitation à travers les taxes, les redevances minières, les emplois générés et certaines infrastructures. Mais il restait absent du capital d’Eramet et, par conséquent, des grandes orientations stratégiques concernant les investissements, la transformation industrielle ou encore la gouvernance du secteur. L’accord annoncé à Nairobi vient donc modifier un équilibre historique longtemps critiqué dans les débats économiques gabonais.
Cette évolution s’inscrit dans la doctrine économique progressivement imposée par Brice Clotaire Oligui Nguema depuis son arrivée au pouvoir : réduire la dépendance du pays à l’exportation brute des matières premières et renforcer la souveraineté économique nationale. Après les réformes engagées dans les secteurs pétrolier et forestier, le pouvoir gabonais cherche désormais à repositionner l’État au cœur des chaînes de valeur minières.
L’accord conclu avec Eramet prévoit notamment des engagements autour de la transformation locale du manganèse, désormais présentée comme une priorité industrielle. L’objectif affiché par Libreville est clair. Il s’agit de faire du Gabon non plus seulement un territoire d’extraction, mais un acteur capable de transformer localement une partie de ses minerais afin de créer davantage de valeur ajoutée, d’emplois qualifiés et d’activités industrielles.
L’autre point stratégique de l’accord est la modernisation du Transgabonais, colonne vertébrale logistique du secteur minier gabonais. Cette infrastructure ferroviaire, exploitée par Setrag, filiale d’Eramet, demeure essentielle au transport du manganèse entre Moanda et le port d’Owendo, au sud de Libreville. Sa réhabilitation apparaît aujourd’hui comme un enjeu économique majeur pour accompagner les ambitions industrielles du pays.
Reste cependant une question centrale. Quelle sera réellement l’influence du Gabon dans la gouvernance du groupe ? À ce stade, les autorités n’ont communiqué ni le niveau exact de participation acquis par l’État, ni les modalités de financement de cette entrée au capital, ni les droits stratégiques associés à cette opération. Entre une participation symbolique et une capacité réelle à peser dans les décisions du groupe, l’écart demeure considérable.
Au-delà de l’effet d’annonce, c’est donc la capacité du Gabon à transformer cette participation en véritable levier industriel qui déterminera la portée historique de cet accord. Mais une chose semble déjà acquise. En entrant au capital d’Eramet après plus de trois décennies d’exploitation de son manganèse, le Gabon cherche clairement à redéfinir les règles de son partenariat avec les grandes multinationales extractives.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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