Economie

Gabon : Port-Gentil veut enfin sécuriser son eau

Libreville, Mercredi 05 Août 2026 (Infos Gabon) – À Port-Gentil, la question de l’eau potable n’est plus seulement celle d’un service public à améliorer. Elle devient une condition de stabilité urbaine et de développement économique.

La présentation, mardi 4 août 2026, d’un vaste projet destiné à renforcer durablement l’alimentation en eau de la capitale économique gabonaise marque ainsi une étape importante dans une ville qui demeure confrontée à la fragilité de ses infrastructures essentielles.

Reçu par le maire Pascal Houangni Ambouroue, une délégation du ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, conduite par le directeur général de l’Eau Sidney Boris Mambari, a présenté les grandes lignes de l’opération, en présence notamment de Luc-Thomas Tsioba, délégué régional de la SEEG, et des responsables d’ENTA International, appelée à intervenir dans la réalisation du projet.

L’ambition affichée est considérable. Les nouvelles installations doivent permettre d’atteindre une production quotidienne de 50 000 m³ d’eau potable, alors que la demande actuelle est estimée à 35 000 m³. Le différentiel attendu ne serait donc pas marginal. Il doit permettre de couvrir les besoins actuels tout en créant une marge indispensable pour accompagner la croissance de la ville.

Le calendrier, lui, impose désormais de passer des annonces à l’exécution. Les prochaines semaines seront consacrées aux études techniques préalables. Le démarrage des travaux est annoncé pour janvier 2027, pour une durée prévisionnelle de vingt-quatre mois. Deux nouveaux châteaux d’eau doivent également être construits à Ntchengue et à l’aéroport afin de renforcer les capacités de stockage et la distribution.

L’urgence de cette modernisation apparaît d’autant plus clairement que Port-Gentil traverse régulièrement des épisodes de tension sur son réseau. La SEEG a récemment annoncé des perturbations entre août et septembre 2026 en raison de la remontée saisonnière d’eau salée dans l’Ogooué, favorisée par la baisse du niveau du fleuve et les fortes marées. Cette intrusion peut contraindre l’opérateur à interrompre ponctuellement le pompage à Mandorové pour protéger ses équipements.

Le futur projet doit donc être regardé au-delà du seul chiffre de 50 000 m³. Il s’agit de renforcer la résilience d’un système soumis à des contraintes à la fois techniques, démographiques et environnementales. Port-Gentil, deuxième pôle urbain du pays et capitale économique, ne peut durablement prétendre soutenir son activité industrielle, commerciale et résidentielle avec des infrastructures hydrauliques vulnérables.

Cette logique rejoint d’ailleurs les orientations plus larges affichées par les autorités gabonaises. Le document de planification du pays identifiait déjà l’amélioration de la desserte en eau potable de Port-Gentil comme un projet prioritaire, avec des termes de référence disponibles et une enveloppe prévisionnelle de 118 milliards de francs CFA.

Le chantier de l’eau doit également être mis en perspective avec celui de l’électricité. Les deux réseaux constituent désormais les deux faces d’une même bataille pour la modernisation de la capitale économique. Le gouvernement a annoncé, dans sa feuille de route des premiers mois de 2026, des investissements destinés notamment à renforcer l’alimentation énergétique de Port-Gentil et à améliorer la desserte de milliers de foyers.

Le véritable enjeu sera cependant la continuité du service. Produire davantage ne suffira pas si les réseaux de distribution restent défaillants, si les capacités de stockage sont insuffisantes ou si les aléas naturels continuent de perturber la production. Le projet devra donc être évalué à l’aune de sa capacité à garantir une eau disponible, régulière et de qualité dans les quartiers, et non uniquement à celle de ses infrastructures inaugurées.

Pour Port-Gentil, le rendez-vous de 2027 pourrait ainsi être décisif. Après des années où l’accès à l’eau s’est imposé comme l’un des symptômes des limites infrastructurelles de la ville, le pays dispose désormais d’une occasion de transformer une promesse technique en véritable politique de sécurité hydrique. Les populations n’attendent pas seulement 50 000 m³ supplémentaires. Elles attendent surtout que l’eau cesse d’être une incertitude quotidienne.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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