Et si la haie devenait l’arme verte du Gabon rural
Libreville, Samedi 22 Août 2026 (Infos Gabon) – Face aux incursions de la faune sauvage qui fragilisent les cultures et alimentent depuis des années le conflit entre populations et animaux, le Gabon cherche désormais des réponses capables de protéger à la fois les producteurs et sa biodiversité. À la Foire commerciale de l’Indépendance, l’entreprise gabonaise Kwik Exotique a présenté une piste singulière et peu coûteuse, fondée sur la création de haies végétales capables de constituer progressivement une barrière autour des espaces cultivés. Une solution qui ne prétend pas remplacer les dispositifs existants, mais qui pourrait compléter l’arsenal de prévention en privilégiant les ressources locales.
Le problème est loin d’être marginal. La stratégie nationale de gestion du conflit homme-faune adoptée en 2024 reconnaît l’ampleur des dommages provoqués notamment par les éléphants dans les zones rurales, agricoles et périurbaines. Entre 2016 et 2021, près de 12 000 plaintes pour destruction de cultures avaient été enregistrées à l’échelle nationale. Une étude scientifique consacrée au conflit homme-éléphant dans les zones rurales gabonaises montre par ailleurs que les dégâts ne se limitent pas aux récoltes. La surveillance nocturne des champs impose aux agriculteurs une lourde charge physique et psychologique et contribue à fragiliser davantage les économies rurales.
Une protection qui pousse avec le temps
C’est précisément sur cette vulnérabilité que Kwik Exotique entend agir. Selon Dimitri Kebila, responsable de l’entreprise, le principe consiste à planter des végétaux capables de former progressivement une clôture naturelle autour des plantations. L’entretien repose essentiellement sur la taille régulière des plants, avec des outils déjà disponibles dans les exploitations.
La logique est progressive. D’après les explications communiquées par l’entreprise, la première année permettrait déjà de limiter l’accès de certains animaux rampants. À mesure que la végétation se densifie, la barrière pourrait contribuer à repousser certains animaux tels que les porcs-épics. Lorsque la haie atteint environ 1,50 mètre, Kwik Exotique estime qu’elle peut également constituer une protection contre les éléphants. Cette dernière affirmation doit toutefois être considérée comme une proposition technique à éprouver selon les espèces végétales utilisées, les terrains et les comportements des animaux.
L’intérêt du dispositif réside surtout dans son modèle économique. Là où certaines solutions de protection nécessitent des investissements et une maintenance importants, la haie végétale repose sur une infrastructure vivante, produite localement et entretenue par les agriculteurs eux-mêmes. Elle peut donc être envisagée comme un outil complémentaire aux clôtures électriques, déjà déployées à grande échelle dans le pays. Le gouvernement gabonais et ses partenaires ont notamment installé plus d’un millier de clôtures mobiles et travaillent à renforcer ce dispositif.
L’enjeu est désormais de déterminer dans quelles configurations la solution végétale est réellement efficace. Elle devra être expérimentée, mesurée et adaptée aux différentes espèces animales et aux réalités des territoires.
De la protection des champs à une nouvelle économie rurale
L’ambition de Kwik Exotique ne s’arrête d’ailleurs pas au conflit homme-faune. Créée en 2024 et implantée à Owendo, l’entreprise développe également des arbres fruitiers exotiques, notamment le pêcher, le pommier, le pitaya et la vigne. Près de 1 000 plants seraient actuellement répartis à travers le Gabon.
Son projet associe ainsi trois dimensions qui pourraient se renforcer mutuellement. Produire, protéger et mécaniser. À la sécurisation des espaces agricoles s’ajoute la fourniture d’équipements destinés notamment aux petites exploitations de moins de dix hectares. L’objectif affiché est de permettre aux producteurs d’augmenter les superficies cultivées tout en réduisant la pénibilité du travail et les effets du manque de main-d’œuvre.
Cette approche prend une importance particulière dans un contexte où le conflit homme-faune se combine avec l’exode rural, le vieillissement de certains exploitants et les difficultés d’accès aux équipements. Une étude menée au Gabon souligne justement que la diminution de la main-d’œuvre rurale rend encore plus difficile la surveillance des plantations exposées aux éléphants.
La solution proposée peut également intéresser les entreprises installées dans des zones forestières ou isolées. Kwik Exotique envisage l’utilisation de son dispositif autour des bases-vie et sites industriels ruraux, afin de réduire les incursions d’animaux dans les espaces occupés par les travailleurs.
Le mérite de cette proposition est donc moins de présenter une solution miracle que d’ouvrir une nouvelle piste dans une équation particulièrement complexe. Le Gabon ne pourra résoudre durablement le conflit homme-faune avec un seul outil. Les clôtures électriques, la prévention, l’indemnisation, l’alerte, l’aménagement agricole, la recherche scientifique et la participation des communautés doivent fonctionner ensemble. La stratégie nationale elle-même privilégie cette approche intégrée.
Kwik Exotique apporte à ce dispositif une idée simple mais stratégiquement intéressante, transformer une partie de la protection en végétation, faire de l’agriculture un espace mieux défendu et réduire autant que possible le coût de cette défense. Si les expérimentations de terrain confirment son efficacité, la haie pourrait alors devenir plus qu’une clôture. Elle pourrait devenir une composante d’un modèle agricole gabonais où produire davantage ne signifie plus nécessairement entrer davantage en conflit avec la nature.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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