Gabon : Ndouaniang, le pari d’une renaissance industrielle
Libreville, Lundi 24 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon pourrait bientôt redonner une vocation industrielle à un site longtemps associé à une ambition inachevée. À Ndouaniang, dans le département du Komo-Kango, le gouvernement veut réévaluer le potentiel d’une ancienne infrastructure de la Société gabonaise de cellulose (SOGACEL) et de ses plantations d’eucalyptus.
En se rendant sur place lundi 24 août 2026, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, a posé les premiers jalons d’une possible relance d’une filière à forte valeur ajoutée, celle de la pâte à papier.
Créée en 1977 autour d’un projet d’usine de pâte à papier, la SOGACEL avait fait de Ndouaniang un site industriel stratégique. Près d’un demi-siècle plus tard, l’enjeu n’est plus de reproduire le modèle du passé, mais de déterminer si les plantations d’eucalyptus encore présentes peuvent constituer la base d’un nouveau projet économiquement viable. Des documents publics avaient déjà identifié, par le passé, le potentiel de cette ancienne plantation, évalué notamment autour de plusieurs centaines d’hectares.
La démarche actuelle entend donc commencer par le commencement. Avant toute décision industrielle, le ministère prévoit un inventaire forestier destiné à mesurer précisément les volumes disponibles, l’état sanitaire des arbres et la qualité du bois. Cette expertise doit fournir les données indispensables à une évaluation économique et, à terme, à la recherche d’investisseurs.
Cette prudence est essentielle. La présence d’une ressource forestière ne suffit pas à justifier la réactivation d’un complexe industriel. Il faut établir la rentabilité du modèle, sécuriser l’approvisionnement, déterminer les débouchés et mesurer les infrastructures nécessaires au transport et à la transformation.
Produire davantage de valeur au Gabon
L’intérêt stratégique du dossier tient précisément à cette perspective de transformation locale. L’eucalyptus est particulièrement utilisé dans l’industrie papetière pour la production de pâte à papier, notamment grâce aux caractéristiques de ses fibres. Une exploitation maîtrisée de la plantation pourrait donc permettre au Gabon de franchir un niveau supplémentaire dans la valorisation de sa ressource végétale.
Cette orientation correspond à la politique industrielle actuellement défendue par les autorités. La feuille de route gouvernementale pour la filière forêt-bois met l’accent sur la transformation locale, la création d’emplois et l’augmentation de la valeur ajoutée produite sur le territoire. Le ministère des Eaux et Forêts affiche parallèlement l’objectif d’une industrialisation forestière davantage contrôlée, plus transparente et compatible avec les exigences environnementales.
Le paradoxe gabonais est connu. Le pays possède un patrimoine forestier exceptionnel, mais la question centrale n’est plus simplement de savoir combien de bois il peut exploiter. Il s’agit désormais de déterminer combien de valeur il peut en tirer localement. Le ministère souligne que seules certaines essences sont actuellement exploitées et que la valorisation de la ressource reste perfectible.
Dans cette logique, Ndouaniang pourrait devenir un laboratoire intéressant. Une filière intégrée allant de la plantation à la fabrication de pâte à papier permettrait de déplacer une partie substantielle de la valeur créée vers le territoire national, à condition que les conditions industrielles, énergétiques, logistiques et commerciales soient réunies.
Le conflit homme-faune au cœur du projet
La visite ministérielle n’a pas porté uniquement sur l’industrie. Maurice Ntossui Allogo a également rencontré les populations riveraines pour aborder le conflit homme-faune, notamment les incursions d’éléphants qui détruisent les cultures.
Cette dimension est loin d’être secondaire. Un projet forestier ou agro-industriel ne peut être durable s’il ignore les communautés vivant à proximité des plantations et des zones d’exploitation. La coexistence entre activité économique, protection des écosystèmes et sécurité des populations devra donc être intégrée dès la conception du projet.
Le Gabon dispose déjà d’expériences de transformation locale du bois et cherche à renforcer cette industrie tout en améliorant sa gouvernance. Des partenariats public-privé ont notamment été engagés pour développer des unités de première, deuxième et troisième transformation dans plusieurs provinces.
Ndouaniang offre désormais une occasion différente, mais complémentaire. Il ne s’agit pas simplement de relancer une ancienne plantation. Il s’agit de vérifier si un patrimoine industriel et forestier longtemps sous-exploité peut être converti en une activité moderne, créatrice d’emplois et compatible avec les impératifs environnementaux et sociaux.
Le prochain inventaire sera donc décisif. Ses résultats diront si les eucalyptus de Ndouaniang constituent véritablement une ressource industrielle suffisamment importante pour attirer des capitaux et soutenir un nouveau cycle de production.
La véritable ambition ne doit pas être de ressusciter la SOGACEL telle qu’elle existait autrefois. Elle doit être de transformer ce qui reste de son héritage en une industrie adaptée aux exigences d’aujourd’hui. À Ndouaniang, le Gabon ne cherche donc pas seulement à retrouver une usine perdue. Il teste sa capacité à donner une seconde vie à une ressource locale, à créer de la valeur sur place et à faire du passé industriel un levier de souveraineté économique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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