Gabon : Eyouga et Ondili, le pari du développement par les villages
Libreville, Lundi 24 Août 2026 (Infos Gabon) – Le développement du Gabon se joue aussi loin des capitales provinciales. À Eyouga et Ondili, dans le Haut-Ogooué, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi de placer la proximité avec les populations au centre de son séjour du dimanche 23 août 2026.
Inauguration d’une église, remise de logements, écoute des doléances et encouragement à l’entrepreneuriat rural ont composé une séquence dont le véritable enjeu dépasse le cérémonial. Elle dessine une conception du développement dans laquelle l’État ne doit plus seulement apporter des infrastructures, mais créer les conditions pour que les territoires deviennent eux-mêmes producteurs de richesses.
Les deux villages, situés dans le département de la Lékabi-Léwolo, à proximité de Ngouoni, ne sont pas des lieux périphériques sans identité administrative. Eyouga et Ondili apparaissent dans les découpages électoraux officiels du territoire et appartiennent à un bassin de vie où les activités agricoles et communautaires demeurent structurantes.
À Eyouga, le président a d’abord participé au culte dominical et inauguré l’église locale de l’Alliance chrétienne et missionnaire du Gabon. Le geste relève de la vie religieuse, mais son impact politique tient surtout à la rencontre avec les communautés. Dans ces territoires, l’action publique ne se résume pas aux grands ouvrages. Elle se mesure également à la capacité du pouvoir à entrer en contact avec les populations, à écouter leurs attentes et à traduire leurs demandes en décisions.
La remise des clés de nouvelles habitations à plusieurs familles a ensuite donné à la visite sa dimension la plus immédiatement sociale. Une maison ne représente pas seulement une construction achevée. Elle constitue un patrimoine, un point d’ancrage et une sécurité pour une famille. Pour les bénéficiaires, le logement matérialise ainsi une politique publique que les statistiques ne peuvent résumer.
Du logement à l’autonomie économique
Mais c’est l’échange avec les habitants qui donne à cette séquence sa portée stratégique. Les demandes exprimées par les jeunes et les notables portent notamment sur l’agriculture, l’élevage, la pisciculture et le commerce. Le message est révélateur d’une évolution des attentes rurales. Les populations ne veulent plus seulement que l’État construise pour elles. Elles souhaitent disposer des moyens de produire, d’investir et de créer elles-mêmes de l’activité.
La réponse présidentielle s’est articulée autour d’une conviction forte, résumée par cette formule attribuée à Brice Clotaire Oligui Nguema lors de la rencontre, « La force de l’économie d’un pays, c’est l’agriculture. Ce n’est pas la fonction publique ». L’idée dépasse le slogan. Elle renvoie à l’un des défis majeurs du Gabon, réduire la concentration de l’emploi et du revenu autour de l’administration et faire émerger des économies territoriales capables de produire de la valeur.
Cette orientation trouve déjà un prolongement institutionnel dans les mécanismes de financement de l’entrepreneuriat. La Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon, créée avec un capital public et privé gabonais, est précisément destinée à soutenir les PME, les professionnels et les entrepreneurs. Son modèle vise notamment à faciliter l’accès au financement des acteurs économiques locaux.
Le défi est désormais de faire parvenir ces instruments jusqu’aux territoires. Un dispositif de financement national n’aura qu’un effet limité si le jeune entrepreneur d’Eyouga ou d’Ondili ne peut ni formaliser facilement son activité, ni présenter un projet bancable, ni accéder aux équipements nécessaires. Le développement rural exige donc une chaîne complète, de la formation au financement, du foncier aux équipements, puis de la production à la commercialisation.
Construire ici pour retenir les talents
C’est probablement sur ce terrain que la séquence prend sa dimension la plus importante. Le Gabon ne pourra pas durablement développer ses provinces si les jeunes doivent systématiquement partir vers Libreville ou les capitales provinciales pour trouver une activité. L’enjeu est de faire émerger, au cœur même des villages, des écosystèmes économiques suffisamment solides pour retenir les compétences et attirer les investissements.
L’agriculture peut jouer ce rôle, à condition de sortir d’une vision limitée à la subsistance. Associée à l’élevage, à la pisciculture, à la transformation agroalimentaire, au stockage, au transport et au commerce, elle peut devenir le noyau d’une économie locale diversifiée. Chaque hectare cultivé, chaque unité de transformation ou chaque activité commerciale supplémentaire peut alors créer davantage de valeur sur place.
Le financement doit cependant rester lié à la viabilité des projets. Le message présidentiel, tel qu’il ressort de cette rencontre, insiste justement sur cette responsabilisation. L’accompagnement public ne doit pas être confondu avec une distribution sans contrôle. Le crédit doit financer une activité capable de produire, rembourser, employer et se développer.
C’est là que la visite d’Eyouga et d’Ondili prend une portée nationale. Elle rassemble en quelques heures plusieurs dimensions de l’action publique, le lien social avec l’inauguration de l’église, la dignité avec le logement, l’écoute avec la rencontre des populations et la transformation économique avec l’appel à entreprendre et à produire.
La proximité n’a cependant de valeur que si elle débouche sur l’exécution. Les villages peuvent être visités, les doléances recueillies et les promesses formulées. La véritable mesure du changement viendra ensuite, lorsque les familles disposeront durablement de leurs logements, lorsque les projets agricoles seront financés, lorsque les jeunes créeront des activités et lorsque ces activités généreront des revenus.
Eyouga et Ondili rappellent ainsi une vérité essentielle pour la nouvelle trajectoire gabonaise. Le développement ne sera durable que lorsqu’il cessera d’être conçu comme quelque chose que l’État apporte aux territoires pour devenir quelque chose que les territoires sont eux-mêmes capables de produire. Construire une maison est un acte social. Donner à un jeune les moyens de créer une entreprise agricole est un acte économique. Faire en sorte que cette entreprise survive et emploie d’autres jeunes relève, lui, de la transformation nationale.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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