Gabon : Port-Gentil face à l’alerte saline
Libreville, Mardi 25 Août 2026 (Infos Gabon) – À Port-Gentil, l’eau potable est devenue, depuis lundi 24 août, le point de tension d’une équation environnementale que la ville connaît chaque année mais dont les effets restent lourds pour les ménages et les activités économiques.
La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a interrompu sa production après une forte remontée d’eau salée dans l’Ogooué, imposant une nouvelle phase de vigilance dans la capitale économique. L’épisode n’est pas totalement imprévisible. La SEEG avait déjà alerté ses abonnés en juillet sur un risque de perturbations entre le 1er août et le 30 septembre.
Le mécanisme est naturel mais ses conséquences sont très concrètes. À l’approche de la saison sèche, la baisse du niveau de l’Ogooué, combinée aux fortes marées atlantiques, favorise la remontée de l’eau salée vers l’amont. Lorsque la concentration en sel devient trop élevée à la prise d’eau brute de Mandorové, la SEEG peut être contrainte d’arrêter temporairement le pompage afin de protéger ses installations et d’éviter que la qualité de l’eau brute compromette le processus de production.
Ce qui se joue à Port-Gentil dépasse donc une simple panne de distribution. La ville dépend d’un système de production directement exposé à un phénomène saisonnier prévisible. La question stratégique est désormais de savoir comment transformer cette vulnérabilité récurrente en risque mieux maîtrisé.
Une alerte annoncée, une dépendance toujours intacte
La SEEG avait commencé à préparer l’opinion dès le 20 juillet. L’entreprise demandait aux habitants de constituer des réserves d’eau, d’utiliser la ressource avec parcimonie et d’éviter le gaspillage. Une surveillance continue du taux de salinité et des variations de marée devait permettre d’ajuster les opérations de production et d’approvisionnement au fil de l’évolution du phénomène.
Cette anticipation est importante. Elle montre que l’entreprise ne découvre pas le phénomène au moment où il survient. Mais elle révèle aussi la limite actuelle du dispositif. Prévenir les usagers permet de réduire l’impact d’une interruption. Cela ne règle pas la vulnérabilité structurelle du système.
Pour les ménages, une suspension de la production signifie rapidement une réduction de la pression dans les réseaux, des coupures ou des périodes de desserte irrégulière. Pour les commerces, les restaurants, les établissements de santé et les entreprises, l’impact peut être encore plus direct. Une ressource aussi élémentaire que l’eau devient alors un facteur de continuité économique.
Des analyses publiées en juillet ont déjà mis en évidence les conséquences financières du phénomène pour les entreprises de Port-Gentil, notamment lorsque l’eau doit être achetée en dehors du réseau à des coûts nettement supérieurs.
Le véritable défi est désormais structurel
La reprise de la production dépendra de l’évolution des paramètres de l’eau brute. La SEEG indique suivre en continu la salinité afin de déterminer le moment où les conditions redeviendront compatibles avec le traitement et le pompage.
Mais cette réponse d’urgence pose une question plus ambitieuse pour le Gabon. Une ville stratégique comme Port-Gentil peut-elle continuer à dépendre principalement d’une prise d’eau exposée chaque année aux mêmes variations hydroclimatiques ?
La réponse ne peut pas être seulement technique. Elle concerne l’anticipation, la diversification des sources, le stockage, la sécurisation des infrastructures et la capacité à absorber les épisodes extrêmes. Le phénomène observé à Port-Gentil rappelle que la sécurité hydrique ne se résume pas à disposer d’une ressource. Il faut également garantir que cette ressource reste exploitable lorsque les conditions naturelles se dégradent.
Cette réflexion prend une importance particulière dans une ville qui concentre une part importante de l’activité économique du pays. Une interruption d’eau n’est pas seulement un désagrément domestique. Elle peut ralentir des activités, augmenter les coûts des entreprises et accentuer la pression sur les ménages.
La situation actuelle appelle donc une réponse à deux niveaux. À court terme, la priorité est de protéger les équipements, assurer la meilleure continuité possible du service et informer les usagers avec précision sur l’évolution de la situation. À moyen et long terme, le Gabon doit traiter la vulnérabilité de Port-Gentil comme une question d’infrastructure stratégique.
L’eau salée qui remonte aujourd’hui l’Ogooué n’est pas une surprise. Elle est un phénomène connu, récurrent et surveillé. Ce qui ne doit plus être récurrent, en revanche, c’est la fragilité d’un système qui le subit chaque année avec les mêmes conséquences. Pour Port-Gentil, la véritable urgence n’est donc pas seulement de rétablir l’eau. C’est de construire un service capable de résister à la prochaine remontée saline avant qu’elle ne devienne, à nouveau, une crise.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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