RGPL, le Gabon face à sa nouvelle géographie
Libreville, Jeudi 3 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon sait désormais où vivent ses habitants. Et ce chiffre change la manière dont le pays doit penser son avenir.
Avec 3 518 621 habitants officiellement recensés et un taux de couverture de 97 %, le Recensement général de la population et des logements offre enfin une photographie démographique suffisamment solide pour guider les politiques publiques. Mais cette photographie révèle surtout une réalité qui ne peut plus être ignorée. Plus de six Gabonais sur dix résident dans l’Estuaire, faisant du Grand Libreville le principal centre démographique, économique et social du pays.
L’homologation des résultats par la Cour constitutionnelle, le 27 août 2026, est intervenue après un processus de vérification particulièrement approfondi. Les résultats provisoires ont été confrontés aux observations recueillies auprès des gouverneurs, préfets, sous-préfets, responsables des collectivités locales, chefs de cantons, villages et quartiers. Des corrections ont ensuite été apportées avant validation définitive. La Cour a néanmoins relevé des difficultés dans certaines zones, notamment liées au transport et à l’état des routes, qui ont empêché une couverture totale.
97 % de couverture, une opération qui aura duré plus longtemps que prévu
La performance du RGPL tient aussi à son ampleur opérationnelle. Selon la ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, 5 005 agents recenseurs ont travaillé dans 3 322 secteurs de dénombrement pendant quatre mois, alors que deux mois étaient initialement prévus. L’opération avait commencé dès 2022, s’était poursuivie en 2023, puis avait repris en 2026 avant la consolidation finale des données. Le dispositif a également bénéficié d’une collecte numérique et d’un suivi géolocalisé des agents, avec l’appui technique de la Banque mondiale et du FNUAP.
Cette couverture de 97 % donne donc au résultat une valeur statistique considérable, tout en rappelant que les 3 % restants ne doivent pas disparaître du débat public. Ils correspondent notamment à des territoires où les contraintes de mobilité, d’accessibilité et d’infrastructures continuent de limiter la capacité de l’État à connaître et à servir parfaitement certaines populations. Le recensement devient ainsi, à sa manière, un diagnostic des faiblesses territoriales du pays.
Une République de plus en plus concentrée autour de Libreville
La répartition provinciale est probablement le résultat le plus politique de cette opération. L’Estuaire compte 2 184 908 habitants, soit 62,1 % de la population nationale. Très loin derrière viennent le Haut-Ogooué avec 297 100 habitants, l’Ogooué-Maritime avec 292 652 et le Woleu-Ntem avec 242 029. La Ngounié en compte 159 404, le Moyen-Ogooué 105 703, l’Ogooué-Ivindo 93 482, l’Ogooué-Lolo 75 128 et la Nyanga 68 215.
Cette concentration oblige à regarder autrement la question du développement. Le Grand Libreville n’est plus simplement la capitale administrative. Il constitue un immense bassin de population auquel doivent correspondre des capacités proportionnées en logements, transports, écoles, universités, hôpitaux, réseaux d’eau et d’électricité, emplois et infrastructures numériques.
C’est notamment sur l’éducation que cette nouvelle réalité devrait provoquer une inflexion stratégique. Depuis plusieurs années, nous avons attiré l’attention, dans différentes publications, sur la nécessité pour l’État de construire dans le Grand Libreville une véritable école polytechnique, une université de technologie et une université complète dotée d’une faculté des sciences pleinement opérationnelle. Cette réflexion partait d’un constat simple. Une large partie des jeunes, particulièrement ceux des centres urbains, reste réticente à s’installer durablement dans les provinces pour poursuivre ses études.
Les nouvelles données démographiques renforcent cette alerte. Le ministère français de l’Enseignement supérieur indique qu’à la rentrée 2025, près de 60 000 étudiants étaient inscrits au Gabon, dont 86 % dans le Grand Libreville. La concentration universitaire est donc encore plus forte que la concentration démographique.
Cela ne signifie nullement qu’il faille vider les provinces de leurs établissements. Au contraire, le rééquilibrage territorial demeure indispensable. Mais il serait irréaliste de construire une politique universitaire qui ignorerait la réalité démographique du pays. Le Grand Libreville a besoin d’établissements publics capables d’absorber sa population étudiante et de former les ingénieurs, scientifiques, médecins, techniciens et chercheurs dont la transformation économique aura besoin.
Transformer le recensement en agenda national
Le gouvernement a déjà engagé la réhabilitation des trois principales universités publiques, avec une enveloppe annoncée de 9 milliards de FCFA pour l’UOB, l’USS et l’USTM. D’autres chantiers sont également relancés, tandis que le projet d’Université d’Oyem, lancé en 2007, fait l’objet de nouvelles discussions.
Mais le RGPL invite à aller plus loin. Il ne suffit plus de réparer l’existant. Les données démographiques doivent désormais servir à dimensionner les investissements futurs. Une population fortement concentrée dans l’Estuaire exige une politique métropolitaine ambitieuse, tandis que les provinces moins peuplées ont besoin d’investissements ciblés pour éviter l’enclavement, retenir leurs jeunes et créer une véritable attractivité économique.
Le même raisonnement vaut pour la santé, le logement, l’emploi, les transports et l’industrie. La démographie doit devenir un critère central de programmation budgétaire, sans transformer la concentration de population en justification d’un abandon des territoires ruraux.
Le RGPL 2026 offre finalement au Gabon quelque chose de plus précieux qu’un nombre. Il lui donne une base pour arbitrer. Avec 97 % de couverture, un processus de collecte prolongé et vérifié, et une concentration massive de la population dans l’Estuaire, le pays possède désormais les données nécessaires pour sortir des politiques publiques fondées sur l’intuition.
La responsabilité des gouvernants commence maintenant. Une statistique n’a de valeur que lorsqu’elle transforme une décision. Le Gabon doit donc faire du RGPL un instrument de planification réelle, capable de déterminer où construire, où investir, quelles compétences former et comment rééquilibrer les territoires. Le pays connaît désormais sa géographie humaine. Il lui appartient de prouver qu’il sait en tirer les conséquences.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI L’épargne gabonaise au pied du mur

















