Gabon : Riz, le pari gabonais sur la souveraineté
Libreville, Mardi 2 Août 2026 (Infos Gabon) – Quarante et un milliards de francs CFA par an pour acheter à l’étranger une denrée consommée quotidiennement par des millions de personnes. Pour le Gabon, la facture du riz n’est plus une simple donnée commerciale. Elle révèle une dépendance alimentaire devenue structurelle et expose une économie déjà fortement tournée vers les importations aux chocs des marchés internationaux.
Avec plus de 95 000 tonnes importées chaque année, contre 8 milliards de francs CFA en 2019, le pays doit désormais transformer son ambition d’autosuffisance en véritable politique industrielle agricole.
Le paradoxe est considérable. Le Gabon dispose de terres, d’eau et de conditions agroécologiques permettant d’envisager une production plus importante, mais son agriculture reste marginale dans l’économie nationale. Le FIDA estime que le secteur représente environ 5 % du PIB tout en faisant vivre une part importante des populations rurales. La faiblesse des capacités productives explique que le pays importe encore une large part de son alimentation.
La filière rizicole concentre ainsi une partie des contradictions du modèle gabonais. Une consommation intérieure élevée, une production locale encore embryonnaire et une dépendance aux fournisseurs étrangers créent un transfert permanent de valeur vers l’extérieur.
La science commence à changer l’équation
Le tournant engagé à Kougouleu cherche précisément à répondre à cette vulnérabilité. La deuxième phase de formation au système de riziculture intensive vise des jeunes issus notamment d’associations, de coopératives et du secteur privé. L’objectif dépasse la transmission de simples techniques culturales. Il s’agit de constituer progressivement une nouvelle génération de producteurs capables de travailler avec des méthodes plus productives et une logique entrepreneuriale.
Cette dynamique bénéficie surtout d’un progrès scientifique qui pourrait devenir déterminant. Trois nouvelles variétés de riz, baptisées Cheyi, Mboma et Moukafaci-1, ont été homologuées au Gabon en 2026. Les essais agronomiques menés dans le cadre de la coopération KAFACI leur attribuent des rendements potentiels de sept à huit tonnes à l’hectare. Le pays dispose donc désormais d’un premier levier technologique pour sortir d’une riziculture de subsistance et envisager une production davantage adaptée à ses propres conditions.
Mais la semence ne fera pas tout. L’accès aux équipements, à l’irrigation, aux intrants, au crédit, au stockage et aux circuits de commercialisation sera décisif. Des documents consacrés à la stratégie rizicole gabonaise soulignent également le déficit de mécanisation et de compétences techniques nécessaires à l’entretien des équipements.
Réduire les importations ne suffira pas
L’objectif annoncé de réduire de moitié les importations d’ici 2030 donne une direction claire. Encore faut-il éviter que cette ambition ne reste cantonnée aux parcelles expérimentales et aux programmes de formation. La souveraineté alimentaire suppose une chaîne complète, depuis la sélection variétale jusqu’à la transformation et à la distribution.
Le Gabon devra donc créer un véritable marché autour du riz local. Cela signifie sécuriser les revenus des producteurs, organiser les coopératives, faciliter l’accès au financement et garantir des débouchés capables d’absorber les récoltes. L’État devra également accepter de mesurer la réussite autrement que par le nombre de formations réalisées. Le véritable indicateur sera la progression durable des superficies cultivées, des rendements et des volumes effectivement vendus sur le marché national.
Cette stratégie pourrait en outre produire des effets bien au-delà de la seule alimentation. La riziculture peut devenir un outil de création d’emplois ruraux, de transformation locale et de diversification économique. Elle peut aussi contribuer à réduire les sorties de devises et à renforcer la résilience du pays face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le chiffre de 41 milliards de francs CFA doit donc être considéré comme un signal d’alerte, mais aussi comme une opportunité économique. Chaque tonne produite localement correspond à une part de cette dépendance qui peut être transformée en revenu pour un producteur, en activité pour une entreprise et en valeur conservée dans l’économie gabonaise.
Le véritable pari du Gabon ne consiste finalement pas à produire simplement davantage de riz. Il consiste à bâtir autour de cette céréale une filière compétitive, mécanisée, financée et durable, capable de conquérir son propre marché. Tant que le pays importera l’essentiel d’un aliment aussi stratégique, sa souveraineté restera incomplète. Mais avec la recherche agronomique, la formation des jeunes et une politique industrielle cohérente, le Gabon possède désormais plusieurs des leviers nécessaires pour inverser cette équation.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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