Gabon : 1 700 milliards, l’heure des comptes
Libreville, Lundi 7 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon passe de la révélation à l’action. Après l’annonce par la Cour des comptes de près de 1 700 milliards de francs CFA de débets et d’amendes à recouvrer, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a fixé un délai d’un mois aux quelque 600 personnes physiques et morales concernées pour régulariser leur situation.
Selon les informations rapportées par RFI, l’échéance est fixée au 7 octobre 2026. À défaut de régularisation, certains dossiers pourraient être transmis à la justice pénale lorsque les conditions légales sont réunies.
Le message est politiquement fort. Parmi les débiteurs concernés figureraient des comptables publics et des ordonnateurs de crédits, notamment des responsables gouvernementaux et locaux, ainsi que des entreprises ayant bénéficié ou géré des fonds publics. Mais le débat exige une précision importante. Les 1 700 milliards ne constituent pas une somme déjà récupérée, ni nécessairement des détournements pénalement établis dans leur totalité. Il s’agit d’un stock de débets et d’amendes résultant de décisions financières accumulées sur environ vingt ans. La Cour des comptes a précisément pour mission de mettre en cause la responsabilité financière des gestionnaires lorsque des irrégularités sont établies.
L’ordre de grandeur reste néanmoins considérable. Rapporté au budget rectifié de l’État pour 2026, fixé à 5 495,2 milliards de francs CFA, ce stock représente environ 31 % des crédits budgétaires annuels. La comparaison ne signifie évidemment pas que cette somme pourrait être récupérée intégralement ou immédiatement. Elle permet seulement de mesurer l’enjeu potentiel pour les finances publiques.
Le dossier prend une dimension supplémentaire parce que les contrôles de la juridiction financière ont notamment concerné des secteurs particulièrement sensibles, parmi lesquels la sécurité sociale, les évacuations sanitaires et le Fonds des Gabonais économiquement faibles. La question du recouvrement dépasse donc la seule discipline administrative. Elle touche directement la capacité de l’État à financer les prestations destinées aux citoyens les plus vulnérables.
La Cour des comptes avait indiqué avoir exécuté 368 missions, soit un taux d’exécution de 89,40 %. Son Premier président, Alex Euv Moutsiangou, avait surtout insisté sur la nécessité de faire appliquer les décisions financières rendues et sur le suivi du recouvrement avec le parquet général.
La nouveauté du 7 septembre est précisément là. Le pouvoir veut accélérer une procédure qui, pendant des années, semble avoir souffert d’une faiblesse majeure, l’écart entre la décision et son exécution. Une sanction financière qui ne revient jamais dans les caisses de l’État perd une partie de sa portée. À l’inverse, un recouvrement effectif peut devenir un signal puissant contre l’impunité financière.
Il faudra néanmoins éviter de confondre fermeté et automatisme judiciaire. Le non-paiement d’un débet ne signifie pas mécaniquement une condamnation à la prison. Le passage devant une juridiction répressive dépendra de la nature des faits et des conditions prévues par la loi. Les personnes concernées doivent également bénéficier d’un procès équitable et pouvoir exercer les voies de recours prévues par le droit.
C’est précisément cette articulation qui sera scrutée dans les prochaines semaines. L’opération annoncée par l’exécutif peut constituer un tournant majeur dans la gouvernance financière du Gabon, mais seulement si elle repose sur des procédures transparentes, des montants vérifiables et un suivi public des sommes effectivement recouvrées.
Le 7 octobre pourrait ainsi devenir une première échéance symbolique. Jusqu’ici, le Gabon savait combien il réclamait. Il lui faut maintenant démontrer combien il récupère. Car la crédibilité de la nouvelle discipline financière ne se mesurera pas à la taille du chiffre annoncé, mais à la capacité de l’État à faire revenir l’argent public dans ses caisses et à le remettre au service de la collectivité.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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