Cameroun : Minim Martap, la bataille du contrôle
Libreville, Dimanche 6 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le projet de bauxite de Minim Martap est entré dans une zone de turbulences où se mêlent désormais enjeux miniers, financiers et contrôle capitalistique.
Au Cameroun, le gisement reste l’un des actifs miniers les plus prometteurs du pays. Mais tandis que son développeur australien Canyon Resources peine à maintenir son calendrier vers la première exportation, l’homme d’affaires indien Gagan Gupta poursuit son offensive pour prendre le contrôle de la société à travers A2MP Investments.
La bataille ne porte donc plus seulement sur une mine. Elle concerne la maîtrise future d’un actif stratégique et le modèle industriel qui pourrait en découler.
Le 4 septembre 2026, une déclaration réglementaire confirmait que A2MP et ses associés contrôlaient 56,58 % des droits de vote de Canyon, contre 55,56 % lors du lancement de leur offre à la fin juillet. Près de 20,94 millions d’actions avaient été apportées à l’offre, mais A2MP reste encore loin du seuil de 75 % recherché avant l’échéance actuellement fixée au 21 septembre. Le prix proposé reste de 0,05 dollar australien par action.
Le conseil indépendant de Canyon recommande aux actionnaires de refuser cette offre. Un expert indépendant, BDO Corporate Finance Australia, a lui aussi considéré l’offre comme « ni équitable ni raisonnable ». Son évaluation préférentielle place la valeur de l’action à 0,32 dollar australien, soit plusieurs fois le prix proposé par A2MP. L’écart considérable entre les deux évaluations constitue le cœur du conflit.
Un gisement exceptionnel, mais une équation financière fragile
Minim Martap possède des caractéristiques qui expliquent l’acharnement des investisseurs. Canyon revendique une ressource minérale de plus de 1,1 milliard de tonnes de bauxite et une réserve de 144 millions de tonnes à forte teneur, avec environ 51,2 % d’alumine et seulement 1,7 % de silice réactive. Le projet est situé dans la région de l’Adamaoua, à proximité du corridor ferroviaire reliant la zone au port de Douala.
Mais la richesse du sous-sol ne règle pas la question du financement. AFG Bank Cameroon a suspendu les nouveaux décaissements de sa facilité syndiquée de 82 milliards de francs CFA, équivalant à environ 140 millions de dollars, dans l’attente d’une révision du calendrier, du modèle financier et de plusieurs hypothèses économiques, ainsi que d’une visite du site. La banque n’a pas annulé le financement, mais cette suspension empêche Canyon de poursuivre son programme initial au rythme prévu. En juillet, environ 75 millions de dollars avaient déjà été tirés sur cette facilité.
Cette rupture entre le récit industriel et la réalité financière est devenue le principal risque pour Minim Martap. Canyon avait encore récemment affiché un projet entièrement financé et une première expédition attendue en 2026. Après la suspension bancaire, le calendrier d’exportation a été retiré. Le projet reste donc techniquement avancé, mais sa trajectoire commerciale dépend désormais de la capacité à sécuriser de nouveaux financements et à convaincre les prêteurs que son modèle économique demeure robuste.
A2MP exploite précisément cette vulnérabilité pour défendre son offre. La plateforme, soutenue par Eagle Eye Asset Holdings, affiche une stratégie panafricaine centrée sur la transformation locale des ressources minières. Elle participe déjà à plusieurs actifs miniers africains et présente Minim Martap comme un maillon possible d’une chaîne allant de la bauxite à l’alumine, puis à l’aluminium.
Le Cameroun au centre de la bataille
Cette stratégie donne au dossier une dimension qui dépasse le conflit entre actionnaires. Pour le Cameroun, Minim Martap représente l’un des projets les plus importants de diversification minière et pourrait contribuer à renforcer les exportations et les recettes publiques. L’accès au rail et au port constitue déjà un élément essentiel du dispositif. Canyon a notamment sécurisé des droits d’accès au corridor ferroviaire et au port de Douala, tout en prenant une participation dans Camrail.
Mais le véritable intérêt national réside dans la valeur qui restera au Cameroun. Une simple exportation de minerai brut générerait des recettes, mais une transformation progressive sur place créerait potentiellement davantage d’emplois, de compétences industrielles et de valeur ajoutée. C’est précisément le discours porté par A2MP sur ses investissements africains.
Pour autant, cette promesse industrielle devra être confrontée à la réalité du financement. BDO estime que le scénario de montée en puissance vers 10 millions de tonnes par an nécessite encore des capitaux considérables. La valeur théorique du gisement ne peut donc être dissociée du coût de sa mise en exploitation.
Le dossier connaît enfin une dimension juridique. Le Takeovers Panel australien a ordonné le maintien du statu quo à la suite d’une plainte déposée par un actionnaire de Canyon. A2MP ne peut donc, sans autorisation préalable, traiter certaines acceptations reçues ou lever des conditions de son offre. L’autorité précise que cette mesure provisoire ne préjuge pas de l’issue de la procédure.
Trois échéances vont désormais structurer le dossier. La décision du régulateur australien, l’issue de l’offre publique d’achat et surtout la capacité à rétablir ou remplacer le financement bancaire. Car même si A2MP parvient à prendre le contrôle de Canyon, le problème industriel restera entier.
Minim Martap rappelle ainsi une vérité fondamentale du secteur minier africain. Un gisement exceptionnel ne devient une richesse nationale qu’une fois financé, construit, exploité et relié à une chaîne de valeur. La bataille de Gupta pour Canyon pourrait changer le propriétaire du projet. Elle ne changera sa réalité économique que si elle permet enfin de transformer la promesse géologique de Minim Martap en production durable.
Pour le Cameroun, le véritable enjeu n’est donc pas seulement de savoir qui contrôlera Canyon. Il est de s’assurer que celui qui contrôlera la mine disposera des moyens, de la vision industrielle et des obligations nécessaires pour transformer la bauxite de l’Adamaoua en valeur durable pour le pays.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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