Gabon : Mayumba, le nouvel espoir pétrolier
Libreville, Dimanche 6 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le sous-sol marin gabonais vient de livrer un nouveau signal fort. BW Energy a annoncé vendredi une découverte d’huile sur la structure Hibiscus, dans le permis Dussafu Marin, au large de Mayumba, dans le sud du Gabon.
Une colonne d’huile d’environ 16 mètres a été identifiée et les premières estimations évoquent jusqu’à 65 millions de barils d’huile en place. Pour un pays qui cherche à maintenir sa capacité de production tout en accroissant les recettes tirées de ses ressources naturelles, cette découverte pourrait ouvrir une nouvelle phase dans l’exploitation du bassin de Dussafu.
Le potentiel annoncé mérite toutefois d’être lu avec précision. Les 65 millions de barils correspondent à une estimation des volumes en place et non à des réserves immédiatement récupérables. La prochaine étape consistera donc à confirmer la qualité du réservoir, son potentiel commercial et les conditions techniques permettant d’en extraire les volumes dans des conditions économiquement viables.
BW Energy prévoit par ailleurs deux forages supplémentaires qui pourraient apporter environ 9 500 barils par jour de production additionnelle et près de 12 millions de barils de réserves complémentaires, selon les estimations communiquées. L’ambition affichée serait alors de faire progresser la production du permis vers 50 000 barils par jour.
Cette perspective est loin d’être anodine. Dussafu constitue déjà l’un des principaux actifs pétroliers offshore du Gabon. BW Energy y détient une participation opérée de 73,5 %, aux côtés notamment de Panoro Energy et de la Gabon Oil Company. En 2025, la production brute moyenne du permis s’est établie à environ 33 125 barils par jour, après 27 700 barils par jour en 2024.
Le potentiel de croissance apparaît d’autant plus important que le groupe ne mise pas uniquement sur Hibiscus. La deuxième phase du développement de MaBoMo, destinée à ajouter quatre puits producteurs, a démarré au troisième trimestre 2026 et doit produire ses premiers volumes début 2027. BW Energy a également pris en mai une décision finale d’investissement pour le développement du champ Bourdon, découvert sur le même permis, avec un premier pétrole visé au premier trimestre 2028.
Un actif qui change de dimension
La succession des découvertes, des forages et des nouveaux développements confirme progressivement la place de Dussafu dans la stratégie de croissance de BW Energy. Le permis avait d’ailleurs vu sa durée de production prolongée jusqu’en 2048, avec une option supplémentaire de cinq années. La société vise à exploiter davantage le potentiel autour des infrastructures existantes, notamment le FPSO BW Adolo et la plateforme MaBoMo, afin de limiter les coûts supplémentaires de développement.
Pour le Gabon, cette approche présente un intérêt particulier. Chaque nouvelle capacité de production peut contribuer à soutenir les recettes publiques, mais l’impact réel dépendra du régime contractuel, de la part revenant à l’État, des coûts de production et du rythme auquel les volumes seront effectivement commercialisés.
C’est là que la découverte d’Hibiscus devra être suivie avec attention. Une estimation de 65 millions de barils en place est une information encourageante, mais elle ne vaut pas encore un accroissement équivalent des réserves ou des recettes publiques. Entre une découverte géologique et un baril effectivement produit, plusieurs étapes techniques, financières et réglementaires restent nécessaires.
Le défi de la valeur pour le Gabon
Cette nouvelle poussée pétrolière intervient alors que le Gabon veut simultanément renforcer ses revenus publics et diversifier son économie. Le secteur pétrolier demeure donc essentiel à court et moyen terme, même si les autorités affichent parallèlement leur volonté de développer l’agriculture, l’industrie, les mines et la transformation locale.
La découverte de Mayumba pose ainsi une question plus fondamentale que celle du volume de pétrole supplémentaire. Que fera le Gabon de cette richesse ? La hausse éventuelle de la production doit pouvoir se traduire par davantage de recettes budgétaires, mais aussi par des emplois qualifiés, des contrats pour les entreprises nationales, de la formation et des investissements dans les territoires.
Le sud du pays, où se trouve Dussafu, doit également pouvoir bénéficier d’une partie de la valeur créée par l’activité offshore, sans que cela compromette les impératifs environnementaux liés aux écosystèmes marins et côtiers.
Pour BW Energy, la découverte renforce l’attractivité d’un portefeuille gabonais déjà en expansion. Pour Libreville, elle constitue une opportunité mais aussi une responsabilité. L’objectif ne devrait pas être simplement d’extraire davantage de pétrole. Il doit être de transformer chaque baril supplémentaire en capacité économique durable.
La colonne d’huile découverte au large de Mayumba pourrait donc n’être que le début. Les prochains forages diront si l’espoir géologique devient une réalité industrielle. Et si les 50 000 barils par jour deviennent effectivement accessibles, le véritable indicateur du succès restera celui qui compte pour le Gabonais, la part de cette richesse qui revient réellement au pays et sa capacité à financer durablement son avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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