Société

Gabon : Okala, le dialogue change la donne

Libreville, Lundi 7 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Okala, le dossier routier vient de changer de nature. Ce qui apparaissait ces dernières semaines comme une possible confrontation entre impératif d’aménagement et défense des propriétés privées prend désormais la voie de la concertation.

Mercredi 2 septembre 2026, le gouvernement a reçu le collectif des riverains autour du projet d’élargissement de la voie reliant Okala à Kanal 7. Une inflexion importante après les inquiétudes provoquées par le marquage de certaines bâtisses et les craintes de démolitions sans concertation suffisante. Surtout, elle intervient avant que le tracé et les dimensions définitives de la future voie ne soient arrêtés.

La réunion était coprésidée par les ministres du Logement, Mays Mouissi, et des Travaux publics, Edgard Moukoumbi. Elle réunissait également la gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, les maires de Libreville et d’Akanda, Eugène Mba et Michel Léandre Delbrah Ndassy, la députée du 1er arrondissement de Libreville, Chantal Myboto épouse Gondjout, ainsi que le directeur adjoint de l’ANUTTC. Cette présence des élus nationaux et locaux donne à l’échange une portée institutionnelle réelle. Le projet n’est plus seulement une affaire de techniciens et de riverains, mais un dossier de politique urbaine impliquant toutes les représentations du territoire.

Le gouvernement a voulu clarifier un point essentiel. Les dimensions définitives de la voie ne sont pas encore arrêtées. Les études techniques se poursuivent afin de déterminer la configuration la mieux adaptée aux contraintes du terrain et aux objectifs de circulation. Les autorités affirment également rechercher les solutions permettant de limiter au maximum les destructions et de préserver le plus grand nombre possible de biens.

Cette précision répond directement à l’inquiétude exprimée par les habitants. Dès juin, des riverains avaient demandé davantage de concertation, en soulignant l’ancienneté des implantations, l’attachement familial et historique à Okala et la nécessité de prendre en compte certains terrains et lieux de mémoire.

Une méthode qui peut prévenir les tensions

Le collectif a, de son côté, choisi de ne pas s’opposer au principe de la modernisation. Son vice-président, François Séné qui faisait le compte-rendu dimanche aux membres, affirme que les riverains veulent contribuer au projet tout en défendant leurs intérêts. Selon lui, les échanges avec les autorités ont permis de comprendre que le dossier demeure au stade des études et des arbitrages. Le collectif dit également avoir formulé des propositions concernant des itinéraires alternatifs, des voies secondaires et la fluidification du trafic.

Cette position est importante. Elle permet de sortir d’une opposition caricaturale entre habitants et pouvoirs publics. Les populations peuvent être favorables à une infrastructure tout en demandant que son coût humain soit maîtrisé. L’État, de son côté, peut poursuivre un projet jugé nécessaire tout en modifiant certaines options techniques pour réduire son impact.

Le dossier présente d’ailleurs une justification stratégique qui dépasse le seul quartier d’Okala. L’élargissement doit fluidifier un axe très fréquenté et préparer l’accès à de futurs équipements structurants dans le nord du Grand Libreville. Parmi eux figure le futur Institut des maladies cardio-neuro-vasculaires prévu sur l’ancien site de Delta Postal à Akanda.

Anticiper plutôt que réparer

C’est probablement la principale leçon de la séquence d’Okala. Les grands travaux urbains peuvent rapidement devenir conflictuels lorsque les populations découvrent le projet à travers des marques sur les murs, des rumeurs de démolition ou des informations contradictoires. Une infrastructure peut être économiquement indispensable et néanmoins perdre une partie de son acceptabilité si le dialogue arrive trop tard.

Le gouvernement semble avoir tiré cette première leçon. Il annonce désormais un cadre régulier d’information et de communication avec les habitants. Les prochaines étapes devront permettre de présenter un tracé suffisamment précis, de documenter les biens potentiellement affectés et de donner aux personnes concernées une visibilité sur le calendrier.

Cette méthode devrait devenir systématique pour les futurs projets du Grand Libreville. La métropole va continuer à s’étendre et devra construire des routes, des hôpitaux, des écoles, des logements et des réseaux. Plus les infrastructures seront nombreuses, plus les emprises foncières seront sensibles. Informer, associer les élus, écouter les communautés et étudier les alternatives avant le démarrage des travaux coûte toujours moins cher qu’une crise née d’un défaut d’anticipation.

Okala offre ainsi une occasion de tester une nouvelle culture de l’aménagement. La modernisation ne doit pas être opposée à la protection des citoyens. Elle doit être construite avec eux autant que possible.

Le gouvernement a rouvert le dialogue. Il lui revient désormais de le maintenir jusqu’à la décision finale et de transformer les garanties annoncées en actes vérifiables. Le collectif, lui, devra démontrer que sa contribution peut rester constructive jusqu’au bout.

Le véritable succès du projet ne sera pas uniquement une route plus large et une circulation plus fluide. Ce sera aussi la capacité à montrer qu’une infrastructure publique peut être réalisée sans fabriquer inutilement un conflit avec ceux qui vivent sur son tracé. À Okala, l’État a encore le temps de choisir cette voie. Il aurait intérêt à ne pas attendre qu’une nouvelle tension l’y oblige.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : 1 700 milliards, l’heure des comptes

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *