Economie Environnement

Gabon : Moanda veut faire des déchets une filière

Libreville, Mardi 22 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Moanda, le déchet commence à changer de statut. Longtemps traité comme un problème de salubrité à résoudre, il apparaît désormais comme une matière susceptible de générer des activités, des emplois et de nouvelles sources de revenus pour le territoire.

Cette évolution figure parmi les orientations du Fonds RSE État gabonais–Eramet Comilog, qui cherche à faire évoluer son intervention dans les zones minières d’une logique de services essentiels vers une approche davantage tournée vers la création de valeur locale.

En 2025, le dispositif a poursuivi son partenariat avec l’entreprise Eco-F pour assurer à Moanda la collecte des déchets ménagers, le curage des caniveaux, le balayage des voies et le désherbage des espaces urbains. Cette organisation répond d’abord à une nécessité très concrète dans une ville confrontée aux exigences d’une croissance urbaine directement liée à son activité économique. Le Fonds RSE avait déjà financé l’installation de bacs et d’abris-bacs en 2024 afin d’améliorer le dispositif de gestion des déchets. Le service de propreté représentait alors un financement annuel de 480 millions de FCFA.

Mais l’étape qui se dessine désormais est plus ambitieuse. Le Comité de gestion opérationnelle recommande de renforcer la participation des petites et moyennes entreprises locales afin de faire émerger autour des déchets une activité économique structurée. Cette orientation rejoint la stratégie plus large du Fonds RSE, dont la diversification économique constitue désormais un axe assumé. En 2025, Comilog indique avoir investi 8,5 milliards de FCFA dans 26 projets communautaires, avec 240 000 bénéficiaires d’infrastructures publiques.

Sortir de la simple logique de collecte

Le changement de perspective est essentiel. Une politique de gestion des déchets coûte cher lorsqu’elle se limite à collecter, transporter et éliminer. Elle peut en revanche créer de la valeur lorsqu’elle organise une chaîne complète allant du tri à la récupération, au recyclage et à la transformation.

Pour Moanda, cela signifie potentiellement l’émergence de nouveaux métiers et de nouvelles entreprises autour de la collecte sélective, du tri, du traitement des plastiques, de la valorisation de certains déchets ou encore de la maintenance des équipements. Une telle évolution permettrait de répondre simultanément à deux préoccupations du territoire, améliorer le cadre de vie et diversifier une économie fortement structurée autour de l’activité minière.

Cette orientation correspond précisément à la volonté affichée par Comilog de réduire la dépendance des communautés à l’exploitation minière en favorisant l’entrepreneuriat et la création de valeur ajoutée locale. Le Fonds d’Amorçage constitue déjà une autre traduction de cette stratégie. Lancé en 2022 avec l’État et cinq établissements de microfinance, il avait pour objectif de soutenir les petites et microentreprises dans les territoires traversés par le Transgabonais. À fin 2025, 27 entrepreneurs avaient été financés et 138 bénéficiaires avaient reçu un accompagnement pour renforcer leurs capacités.

Le véritable défi sera de bâtir une filière

Transformer le déchet en opportunité économique ne se décrète toutefois pas. Il faut des équipements, des compétences, des normes, des débouchés et surtout un modèle économique capable de fonctionner dans la durée. La collecte constitue seulement le premier maillon. Sans tri organisé, sans capacités de transformation et sans marché pour les matières récupérées, le recyclage risque de rester une ambition plutôt qu’une activité rentable.

C’est là que la responsabilité du Fonds RSE, des collectivités et des entreprises locales devient déterminante. La gouvernance actuelle associe déjà l’État, les autorités locales et Comilog au sein d’instances de pilotage destinées à sélectionner et suivre les projets. Cette architecture pourrait désormais être utilisée pour favoriser l’émergence d’une véritable chaîne de valeur environnementale.

L’enjeu dépasse d’ailleurs largement la seule propreté urbaine. Dans un territoire minier, la capacité à développer des activités qui ne dépendent pas directement de l’extraction constitue un indicateur important de diversification économique. La stratégie RSE de Comilog revendique précisément cette ambition, avec des actions destinées à renforcer la résilience socio-économique des communautés.

Moanda dispose donc d’une occasion particulière. Si les orientations du Fonds RSE se traduisent par une filière locale organisée, le déchet pourrait devenir l’un des laboratoires de l’économie circulaire au Gabon. La réussite ne se mesurera alors plus seulement au nombre de tonnes d’ordures évacuées, mais à la capacité du territoire à transformer une contrainte environnementale en entreprises, en emplois et en valeur durable. Pour une ville dont l’économie reste étroitement liée au manganèse, cette mutation aurait une portée bien plus large qu’une opération de nettoyage. Elle constituerait une expérience concrète de l’après-mine, préparée alors même que l’activité minière demeure au cœur de l’économie locale.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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