Gabon : Grand-Libreville, le défi de la propreté
Libreville, Jeudi 24 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Grand-Libreville veut changer de méthode face à l’insalubrité. Après plusieurs semaines de concertation entre Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum, les collectivités travaillent à la finalisation d’un plan d’action intercommunal destiné à mieux organiser la collecte des déchets, combattre les dépôts sauvages et répondre à l’incivisme.
Réunie le 23 septembre dans les locaux de Clean Africa, sous la présidence d’Issa Malam Salatou, troisième adjoint au maire de Libreville chargé de l’Environnement, la réunion technique marque une nouvelle étape. Le document doit être finalisé ce 24 septembre avant sa transmission au Vice-président du Gouvernement.
L’enjeu dépasse désormais la seule apparence des rues. Pour une capitale appelée à concentrer une part essentielle de l’activité économique, administrative et démographique du pays, la gestion des déchets devient une question de gouvernance urbaine, de santé publique, d’attractivité et de qualité de vie.
Sortir du morcellement
Pendant longtemps, l’insalubrité du Grand-Libreville a été traitée comme une succession de problèmes locaux. Or les déchets ignorent les frontières administratives. Les flux de population, les axes routiers, les zones commerciales et les quartiers périphériques forment un même espace urbain. La décision des quatre communes de travailler sur une stratégie commune répond donc à une réalité géographique autant qu’à une nécessité administrative.
La réunion du 23 septembre, à laquelle ont participé les représentants des quatre collectivités ainsi que Clean Africa et Sanivit, doit permettre de consolider les mesures du futur plan. Siméri, directrice QHSE, a présenté l’état d’avancement du document et les derniers éléments à intégrer.
Cette démarche pose une question essentielle. Qui collecte, où, quand, avec quels moyens et selon quels indicateurs de résultat. Sans réponses précises à ces questions, aucun plan ne pourra durablement modifier le quotidien des habitants.
Quand les bacs disparaissent, les déchets restent
C’est précisément sur le terrain que se mesure la crédibilité de cette nouvelle stratégie. Ce jeudi matin, au petit marché d’Alibandeng, les populations ont découvert une scène qui illustre brutalement le décalage entre les ambitions affichées et les réalités quotidiennes. À l’endroit même où se trouvait auparavant un bac à ordures, les déchets se sont retrouvés entassés directement au sol après le retrait du conteneur, sans qu’un nouveau bac ne soit installé à sa place.
L’image est révélatrice d’un problème qui dépasse la seule question de l’incivisme. Lorsque le point de dépôt disparaît sans solution immédiatement identifiable, les déchets ne disparaissent pas avec lui. Ils se déplacent. Et lorsque la collecte ne suit pas, l’ancien emplacement du bac peut rapidement devenir un nouveau foyer d’insalubrité.
La situation d’Alibandeng pose donc une question très concrète aux responsables du futur dispositif intercommunal. La transformation du système de collecte doit-elle seulement supprimer certains points de dépôt ou doit-elle simultanément garantir une solution alternative, connue des habitants et effectivement opérationnelle.
La question est d’autant plus importante que Clean Africa est au cœur du dispositif de collecte du Grand-Libreville. L’entreprise a engagé une évolution de son modèle vers une collecte de proximité, destinée notamment à remplacer certains anciens points d’apport volontaire par une collecte auprès des ménages. Cette transformation suppose nécessairement une phase de transition maîtrisée et une information claire des populations.
L’incivisme doit être combattu. Mais la responsabilité des citoyens ne peut être dissociée de la disponibilité et de la régularité du service public de collecte. Une politique efficace doit donc agir sur les deux fronts à la fois.
Une bataille de gouvernance
Le futur plan intercommunal ne sera pas jugé sur la qualité de ses réunions, mais sur sa capacité à produire des rues plus propres. Cela suppose des responsabilités clairement distribuées, des calendriers publics, des moyens identifiés et des mécanismes d’évaluation permettant de mesurer les résultats, quartier par quartier.
Il faudra également répondre aux situations concrètes comme celle observée à Alibandeng. Lorsqu’un bac est retiré, les habitants doivent savoir immédiatement où déposer leurs déchets. Lorsqu’un dispositif de collecte change, l’information doit précéder le changement. Lorsqu’un point de collecte devient insalubre, une intervention rapide doit être possible.
Le Grand-Libreville doit ainsi passer d’une politique de réaction à une véritable politique de gestion urbaine. L’incivisme ne disparaîtra pas par décret, pas plus que les déchets ne seront résorbés par la multiplication des réunions. La réussite dépendra d’une chaîne de responsabilité allant des collectivités aux opérateurs, jusqu’aux citoyens.
Le plan attendu peut constituer cette nouvelle architecture. Mais il devra surtout produire des résultats visibles. Le véritable indicateur ne sera pas le nombre de pages du document transmis au Gouvernement, mais le nombre de quartiers où les habitants pourront constater que les déchets sont effectivement collectés, que les points de dépôt sont fonctionnels et que l’espace public est entretenu.
À Alibandeng comme ailleurs, la bataille contre l’insalubrité se gagnera donc moins dans les salles de réunion que dans les rues. Pour le Grand-Libreville, l’heure n’est plus seulement à la coordination. Elle est à la preuve par l’action.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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