Politique

Gabon : La bataille des compétences

Libreville, Vendredi 25 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon possède les ressources pour soutenir son ambition industrielle. La question décisive est désormais de savoir qui disposera des compétences nécessaires pour les exploiter, les transformer et en assurer durablement la maîtrise.

À Port-Gentil, au cœur historique de l’industrie pétrolière gabonaise, la visite effectuée jeudi par le président Brice Clotaire Oligui Nguema à l’Institut du Pétrole et du Gaz marque une inflexion stratégique. Le pétrole et le gaz ne sont plus seulement considérés comme des sources de revenus, mais comme des secteurs devant contribuer à la construction d’un capital humain national.

Cette orientation intervient dans une ville appelée à connaître une nouvelle phase de transformation économique. Le gouvernement prévoit d’y renforcer les infrastructures, l’énergie, les équipements publics et les activités génératrices d’emplois. Dans ce contexte, la formation technique devient moins une politique éducative qu’un instrument de politique industrielle.

Ne plus seulement extraire, mais maîtriser

La logique défendue par le chef de l’État repose sur un principe simple. Un pays qui possède des ressources naturelles mais doit importer les compétences indispensables à leur exploitation conserve une partie de sa dépendance économique.

Le renforcement de l’Institut du Pétrole et du Gaz vise précisément à réduire cette fracture. L’objectif affiché est de permettre aux jeunes Gabonais de se former localement dans des disciplines scientifiques, techniques, pétrolières, gazières et énergétiques, avec des parcours pouvant conduire aux métiers de technicien, technicien supérieur ou ingénieur.

L’enjeu est considérable pour une économie où les hydrocarbures occupent une place majeure. Exploiter un champ pétrolier, développer une installation gazière, entretenir une centrale, sécuriser une infrastructure industrielle ou optimiser une chaîne énergétique nécessite des compétences spécialisées. La possession des actifs ne suffit donc plus. La capacité à les faire fonctionner avec des compétences nationales devient elle-même un élément de souveraineté.

Cette approche rejoint les préoccupations exprimées récemment à Port-Gentil par les forces vives de la province, notamment sur le chômage et l’insertion professionnelle des jeunes.

Port-Gentil, laboratoire d’une nouvelle économie

Le choix de Port-Gentil n’est pas anodin. La capitale économique concentre une partie importante de l’histoire pétrolière du Gabon, mais elle doit désormais préparer l’après-rente autant que consolider son industrie existante.

La modernisation des infrastructures énergétiques illustre cette nécessité. Le projet de réhabilitation et de modernisation de la centrale thermique de la SEEG doit renforcer progressivement la production et la régularité de l’alimentation électrique. Une telle infrastructure ne peut être durablement performante sans techniciens capables d’en assurer l’exploitation, la maintenance et l’évolution.

La même logique vaut pour les futurs investissements industriels. Les projets annoncés pour Port-Gentil, de la modernisation urbaine aux infrastructures énergétiques et universitaires, pourraient générer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects. Le Conseil des ministres du 18 septembre a notamment prévu un programme de formation à la conduite des engins lourds de chantier afin de préparer des travailleurs locaux aux besoins des futurs travaux.

Le défi consiste donc à synchroniser deux agendas qui ont trop souvent évolué séparément. D’un côté, l’investissement et les infrastructures. De l’autre, l’école, la formation professionnelle et l’université. Sans cette articulation, les nouveaux projets risquent de créer des emplois sans nécessairement produire les compétences permettant aux Gabonais d’occuper durablement les postes les plus qualifiés.

La souveraineté se mesure aussi dans les salles de classe

La véritable portée de cette politique apparaît ici. La souveraineté économique ne se résume ni à la propriété des ressources, ni à la capacité de négocier de nouveaux contrats. Elle dépend également de la faculté à produire localement les ingénieurs, techniciens, opérateurs et cadres capables de transformer ces ressources en valeur.

Former au Gabon peut aussi réduire progressivement certaines dépenses liées à la formation à l’étranger et permettre de réorienter davantage de moyens vers les établissements nationaux, leurs équipements et leurs capacités pédagogiques. Mais cette ambition ne pourra être crédible qu’à condition d’offrir des formations réellement alignées sur les besoins des entreprises et sur les technologies de demain.

Le message adressé aux nouveaux bacheliers est également stratégique. Dans un pays qui cherche à diversifier son économie, les filières scientifiques et techniques ne peuvent plus apparaître comme des voies secondaires. Elles constituent une infrastructure invisible de l’industrialisation.

Le Gabon dispose du pétrole, du gaz et d’un potentiel énergétique important. Il cherche désormais à disposer davantage de la ressource la plus difficile à importer durablement, le savoir-faire.

C’est probablement là que se jouera une partie essentielle de la transformation économique annoncée. Les infrastructures peuvent être construites en quelques années. Les compétences, elles, se construisent sur une génération. Si le Gabon veut que ses ressources financent une économie plus souveraine, il devra donc investir dans ceux qui les feront fonctionner. La véritable indépendance industrielle commence moins sous terre que dans les salles de classe, les laboratoires et les ateliers où se forment les compétences nationales.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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