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Mines au Gabon : La bataille décisive se joue dans les laboratoires

Libreville, Jeudi 29 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Posséder des minerais ne suffit plus à garantir la maîtrise de sa richesse. Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de contrôler les connaissances, les technologies et les compétences qui permettent de transformer le sous-sol en puissance industrielle. C’est le débat stratégique ouvert le mardi 27 octobre 2026 par l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), à l’occasion d’un webinaire consacré à la souveraineté minière et industrielle du pays.

Organisée autour du thème « Du minerai au produit transformé, la science africaine au service de la souveraineté minière et industrielle au Gabon », cette rencontre a réuni des représentants de l’équipe dirigeante de l’université, François Jr Oyabi, ancien étudiant gabonais aujourd’hui en activité à Libreville, et le professeur Mostafa Benzaazoua, directeur du Geology & Sustainable Mining Institute de l’UM6P. Destiné notamment aux professionnels des médias, l’échange entendait éclairer le rôle de la recherche scientifique et de la formation supérieure dans la transformation du secteur minier africain.

Derrière cette initiative se trouve une question déterminante pour l’avenir économique du Gabon. Comment passer du statut de pays riche en ressources naturelles à celui d’acteur industriel capable de maîtriser une part croissante de la valeur produite à partir de ces ressources ? La réponse ne dépend pas uniquement des volumes extraits ou des cours internationaux. Elle suppose également de posséder l’expertise permettant de caractériser les minerais, de développer des procédés de transformation adaptés et d’évaluer les conséquences économiques et environnementales de leur exploitation.

De l’abondance minérale à la maîtrise industrielle

Le manganèse de Moanda et le potentiel de fer de Bélinga illustrent l’importance de cette réflexion. Les ressources du sous-sol représentent un levier économique considérable, mais leur exploitation ne garantit pas automatiquement la constitution d’une industrie nationale intégrée. Entre l’extraction et la fabrication de produits transformés se trouvent des étapes techniques, scientifiques et financières qui déterminent largement la répartition de la valeur.

La maîtrise de la connaissance du minerai est donc un enjeu de souveraineté. Elle permet de mieux apprécier les caractéristiques des ressources, de comparer les procédés industriels disponibles et de négocier les conditions d’exploitation sur la base d’informations techniques solides. Elle peut aussi renforcer la capacité de l’État à suivre les engagements des opérateurs et à évaluer les retombées réelles des activités minières.

À l’inverse, lorsque les compétences stratégiques et les technologies essentielles sont principalement détenues à l’extérieur, la capacité de décision nationale peut se trouver limitée. La transformation locale exige ainsi bien davantage que des infrastructures. Elle nécessite des ingénieurs, des chercheurs, des techniciens spécialisés et des institutions capables de produire des connaissances adaptées aux réalités géologiques du pays.

Le pari du capital humain

C’est sur ce terrain que l’enseignement supérieur et la recherche appliquée prennent toute leur importance. L’UM6P, qui développe des activités de formation et de recherche autour des ressources naturelles, entend mettre en évidence la contribution des universités africaines à l’émergence de compétences industrielles sur le continent.

Le parcours de François Jr Oyabi, ancien étudiant gabonais de l’établissement désormais actif à Libreville, illustre le lien possible entre formation d’excellence et retour des compétences dans le pays d’origine. Mais pour produire des effets durables, ce lien doit s’inscrire dans une stratégie plus large. Former des spécialistes ne suffit pas si les entreprises, les laboratoires et les administrations ne disposent pas des moyens de les employer, de les retenir et de valoriser leurs travaux.

L’intervention du professeur Mostafa Benzaazoua a apporté un éclairage scientifique sur les enjeux de la transformation des minerais et du renforcement des capacités industrielles africaines. Cette dimension est essentielle, car les choix techniques doivent intégrer la rentabilité des procédés, les besoins énergétiques, la gestion des résidus et les exigences environnementales. Une transformation locale économiquement viable ne se décrète pas. Elle se prépare par la recherche, l’investissement et la formation.

L’échéance de 2029, entre ambition et exécution

L’objectif attribué au président Brice Clotaire Oligui Nguema de mettre fin à l’exportation du manganèse brut à l’horizon 2029 donne à ce débat une portée immédiate. Cette échéance implique de rapprocher l’ambition politique des capacités industrielles réellement disponibles. Les installations de transformation, l’accès à l’énergie, les infrastructures logistiques, le financement et la disponibilité de compétences spécialisées devront être cohérents avec le calendrier annoncé.

La réussite dépendra également de la capacité à mesurer les retombées de cette politique. La transformation locale doit se traduire par davantage d’emplois qualifiés, une meilleure intégration des entreprises nationales et des recettes durables, sans négliger les coûts environnementaux ni la compétitivité des produits sur les marchés internationaux.

Le webinaire de l’UM6P aura ainsi replacé la science au centre d’un débat souvent dominé par les volumes d’extraction et les annonces d’investissement. Pour le Gabon, la souveraineté minière ne consiste pas seulement à décider qui exploite le sous-sol, mais aussi à savoir ce qu’il contient, comment le transformer et où se crée la valeur. Le véritable changement de modèle commencera lorsque les connaissances produites, les compétences formées et les décisions industrielles seront durablement ancrées dans le pays.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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