Bassin du Congo : L’heure des droits et des actes
Libreville, Vendredi 30 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Protéger les forêts du Bassin du Congo ne peut plus se limiter à préserver des hectares de végétation ou à multiplier les engagements climatiques. La véritable épreuve est désormais politique, sociale et financière. Elle consiste à garantir les droits des populations qui vivent de ces écosystèmes, à leur donner une place réelle dans les décisions et à leur permettre d’accéder aux ressources mobilisées au nom de la conservation. C’est ce changement de perspective que la Déclaration de Libreville entend porter à l’échelle régionale.
Ouverte mercredi dernier par le ministre gabonais des Eaux et Forêts, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, la troisième Conférence régionale des organisations de la société civile (OSC) du Bassin du Congo s’est achevée le jeudi 29 octobre dans la capitale gabonaise. Placée sous le thème « Un Bassin du Congo résilient, forêts, populations, finances et nature », la rencontre a réuni plus de 50 acteurs issus des six pays de la région, parmi lesquels des représentants des communautés locales et des peuples autochtones, des experts, des organisations citoyennes, des institutions et des partenaires techniques et financiers.
Aux côtés du ministre figuraient notamment Martial Djinang, secrétaire exécutif de Brainforest, et Oulie Keita, directrice exécutive de Greenpeace Afrique. Pendant deux jours, les participants ont cherché à construire une feuille de route commune autour d’une question centrale, comment faire de la préservation du deuxième grand massif forestier tropical du monde un projet véritablement partagé, équitable et durable ?
La conservation ne peut ignorer les droits des populations
Les échanges ont mis en évidence des difficultés persistantes. L’application des législations forestières demeure un enjeu, tout comme la reconnaissance des droits fonciers coutumiers, la participation effective des communautés aux décisions et la transparence dans l’attribution des concessions. À ces défis s’ajoute la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles, qui fragilise les écosystèmes et compromet les perspectives d’une gestion durable.
Derrière ces questions de gouvernance se trouve un problème fondamental. Les communautés locales et les peuples autochtones sont directement concernés par les décisions relatives aux territoires forestiers, mais leur implication dans les mécanismes de gestion et de financement reste un sujet de préoccupation. Leurs connaissances traditionnelles constituent pourtant un patrimoine essentiel pour comprendre les écosystèmes, préserver la biodiversité et adapter les politiques de conservation aux réalités du terrain.
À la clôture, Maurice Ntossui Allogo a rappelé que la protection des forêts ne pouvait être dissociée des droits et du bien-être des populations qui en dépendent. Il a mis en avant quatre priorités, la reconnaissance des droits communautaires, une conservation conciliant protection de la nature et développement économique, un accès plus direct aux financements et le renforcement de la transparence ainsi que de la participation citoyenne.
Cette approche marque une exigence de cohérence. La conservation ne saurait être durable si elle se construit contre les populations ou sans leur consentement éclairé. Elle doit au contraire leur reconnaître un rôle dans les décisions et une part effective dans les bénéfices générés par la valorisation du patrimoine naturel.
L’accès aux financements, le nerf de la gouvernance
L’un des principaux enjeux soulevés à Libreville concerne la circulation des financements climatiques. Les ressources consacrées à la protection des forêts sont souvent mobilisées à travers des mécanismes institutionnels et internationaux complexes. Or, les organisations de terrain et les communautés qui contribuent quotidiennement à la préservation des écosystèmes ne disposent pas toujours d’un accès direct à ces fonds.
La question n’est donc pas seulement celle du volume des financements annoncés, mais aussi celle de leur destination, de leurs conditions d’attribution et de leur efficacité. Une politique forestière ambitieuse suppose des mécanismes transparents, accessibles et contrôlables, capables de soutenir les initiatives locales sans multiplier les obstacles administratifs.
La Déclaration de Libreville, adoptée à l’issue des travaux, rassemble ces préoccupations dans des priorités communes. Elle appelle les gouvernements, les institutions régionales et les partenaires financiers à transformer les engagements en mesures concrètes, assorties de responsabilités clairement établies et de mécanismes de suivi. Elle encourage également une coopération renforcée entre les organisations de la société civile afin de porter un plaidoyer régional plus cohérent.
Le Gouvernement gabonais a pris acte des recommandations et réaffirmé l’importance d’une coopération régionale accrue. Il a également salué l’engagement de Greenpeace et de Brainforest dans l’organisation de la rencontre, ainsi que la contribution des partenaires et des participants.
De Libreville à la COP31, une crédibilité à construire
Cette troisième conférence s’inscrit dans la continuité des éditions précédentes de Yaoundé en 2024 et de Kinshasa en 2025. Elle intervient surtout à l’approche de la COP31, rendez-vous où les pays du Bassin du Congo comptent faire davantage entendre leurs priorités dans les négociations climatiques internationales.
La région dispose d’un patrimoine écologique majeur, mais son poids dans les discussions mondiales doit s’accompagner d’une capacité collective à défendre des positions précises, fondées sur des engagements vérifiables. La Déclaration de Libreville constitue une base de plaidoyer. Sa portée dépendra toutefois de la traduction de ses recommandations dans les politiques nationales, les pratiques administratives et les mécanismes de financement.
Le défi est désormais celui de l’exécution. Il faudra mesurer les progrès accomplis dans la reconnaissance des droits coutumiers, la lutte contre l’exploitation illégale, la transparence des concessions et l’accès des acteurs locaux aux ressources climatiques. Sans suivi public ni responsabilités identifiables, les déclarations risquent de rejoindre la longue liste des engagements environnementaux dont les effets restent difficiles à établir.
Le Bassin du Congo ne peut être défendu durablement par des discours tenus à distance des territoires. Sa résilience dépendra de la capacité des États, des partenaires internationaux et de la société civile à reconnaître les communautés comme des acteurs à part entière de la gouvernance forestière. La crédibilité de la Déclaration de Libreville se jouera donc moins dans sa formulation que dans les changements qu’elle permettra d’obtenir sur le terrain.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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