Bassin du Congo : la bataille des forêts passe aussi par les droits des communautés locales
Libreville, Jeudi 29 Octobre 2026 (Infos Gabon) – .À Libreville, la troisième conférence des organisations de la société civile du bassin du Congo place la gouvernance forestière au centre des débats. Ouverte le 28 octobre autour du thème « Un bassin du Congo résilient, forêts, populations, finances et nature », la rencontre réunit des acteurs de la conservation, des experts, des représentants des peuples autochtones et des communautés locales. Portée notamment par Greenpeace Africa et Brainforest, elle entend accélérer la mise en œuvre des engagements de Kinshasa adoptés en 2025, alors que les pressions sur les écosystèmes persistent.
L’enjeu dépasse les frontières des pays d’Afrique centrale. Les forêts du bassin du Congo constituent un réservoir majeur de biodiversité et un puits net de carbone essentiel à l’équilibre climatique mondial. Pourtant, selon les chiffres présentés lors de la conférence, 780 000 hectares de forêts primaires ont été perdus en 2024, soit 0,44 % de leur superficie, contre 0,38 % en 2023. L’agriculture itinérante sur brûlis, les incendies, la production de charbon de bois et certaines activités extractives, notamment illégales, figurent parmi les facteurs de cette dégradation.
Pour le ministre gabonais des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, ces pressions menacent à la fois les équilibres écologiques et les populations qui dépendent directement de la forêt. Cette double dimension rappelle que la conservation ne peut être dissociée des conditions de vie des habitants, de leurs droits et de leur participation aux décisions qui concernent leurs territoires.
C’est précisément sur ce terrain que les organisations de la société civile appellent à des changements concrets. Martial Djinang, secrétaire exécutif de Brainforest, souligne le décalage entre les annonces internationales de financements climatiques et leur accessibilité réelle pour les communautés et les organisations engagées au quotidien. Selon les données évoquées lors des échanges, moins de 1 % de l’aide publique au développement climatique aurait soutenu, entre 2011 et 2020, les droits fonciers et la gestion des territoires par les peuples des forêts et les communautés locales dans les pays tropicaux.
La question financière devient ainsi indissociable de celle de la gouvernance. Qui décide de l’utilisation des ressources consacrées à la conservation ? Selon quels critères sont-elles distribuées ? Et quelle part parvient effectivement aux populations chargées de préserver les écosystèmes ? Autant d’interrogations qui mettent à l’épreuve la cohérence entre les engagements pris dans les conférences internationales et leur traduction sur le terrain.
Les représentants communautaires réclament notamment la reconnaissance formelle de leurs droits, une gouvernance transparente et un accès direct aux financements. Jeanne Biloa a formulé neuf exigences à l’endroit des décideurs, insistant sur ces priorités. Etienne Dourani Toko défend, pour sa part, une implication active des peuples autochtones et des communautés locales dans la protection des forêts.
Les échanges entre le Gabon, le Cameroun et la République démocratique du Congo ont également permis d’examiner les pratiques nationales en matière de gestion durable des ressources. Alors que la biodiversité sera au cœur des discussions internationales et que la COP31 sur le climat doit se tenir du 9 au 20 novembre, la conférence de Libreville veut faire entendre la voix des acteurs de terrain.
Le défi consiste désormais à transformer les engagements en mécanismes vérifiables, capables de garantir la participation des communautés et une répartition plus équitable des moyens. Car la résilience du bassin du Congo ne dépend pas seulement des superficies protégées ou des montants annoncés. Elle repose aussi sur la capacité des États à reconnaître les droits des populations, à rendre les financements accessibles et à associer durablement les premiers gardiens de la forêt aux décisions qui engagent son avenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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