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Journalistes assassinés : L’impunité reste le second crime

Libreville, Lundi 2 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Plus de 1 700 journalistes ont été tués dans le monde entre 2006 et 2024. Près de neuf assassinats sur dix n’ont toujours pas été résolus judiciairement, selon l’Observatoire des journalistes tués de l’UNESCO. Derrière ce bilan se dessine une réalité alarmante pour les démocraties et l’État de droit. Tuer un journaliste, c’est viser une personne, mais aussi tenter de faire taire une information, d’intimider une société et de soustraire des faits au regard du public.

Célébrée chaque 2 novembre, la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes rappelle que la liberté de la presse ne se mesure pas seulement à la possibilité de publier. Elle dépend également de la capacité des États à protéger ceux qui enquêtent, dénoncent et rendent compte, puis à identifier et sanctionner les auteurs des violences lorsqu’un crime est commis.

Pour son édition 2026, cette journée s’inscrit dans une campagne mondiale au message sans ambiguïté, « Les menaces évoluent. L’impunité persiste. » La formule souligne le décalage entre la transformation des risques auxquels les professionnels des médias sont confrontés et la faiblesse persistante des réponses judiciaires. Aux violences physiques et aux assassinats s’ajoutent les intimidations, les menaces numériques, le harcèlement en ligne et les pressions visant à décourager les enquêtes sensibles.

Le chiffre des affaires non élucidées est particulièrement préoccupant. Lorsqu’un meurtre de journaliste reste sans enquête sérieuse, sans procès ou sans condamnation, le risque dépasse le seul dossier judiciaire. L’absence de conséquences peut encourager de nouvelles violences et installer un climat de peur dans les rédactions. Elle prive aussi les familles des victimes de vérité et de justice, tout en fragilisant le droit des citoyens à être informés.

Des progrès qui ne doivent pas masquer les défaillances

Le tableau n’est toutefois pas uniformément sombre. Des avancées ont été enregistrées dans la lutte contre les crimes visant les journalistes. Dans les pays qui ne connaissent pas de conflit armé, le nombre de journalistes tués est tombé à 62, son niveau le plus bas depuis 18 ans. Cette évolution constitue un signal encourageant, mais elle ne suffit pas à établir que les professionnels de l’information travaillent désormais en sécurité.

La baisse des assassinats doit s’accompagner d’une amélioration des enquêtes, de poursuites effectives et de mécanismes de protection crédibles. La justice ne peut se limiter à condamner les exécutants lorsqu’ils sont identifiés. Elle doit aussi rechercher les commanditaires et établir les responsabilités à tous les niveaux.

La responsabilité des États

Pour les gouvernements, l’enjeu est concret. Prévenir les violences, garantir l’indépendance des enquêtes, protéger les témoins et mettre fin aux procédures dilatoires sont autant d’obligations qui donnent un contenu réel aux engagements en faveur de la liberté de la presse. Les organisations internationales, les médias et la société civile ont également un rôle à jouer pour documenter les crimes et maintenir la pression en faveur de la vérité.

La liberté d’informer ne peut reposer sur le courage individuel de journalistes exposés à des représailles. Elle exige des institutions capables de les protéger et de rendre des comptes lorsque cette protection échoue. Tant que les assassins pourront compter sur l’anonymat, les lenteurs judiciaires ou l’indifférence, l’impunité continuera de menacer bien au-delà des rédactions. Elle atteindra le droit fondamental de chaque société à connaître la vérité.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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