Afrique du Sud : l’alerte morale du continent
Libreville, Mercredi 6 Mai 2026 (Infos Gabon) – Face à la résurgence des violences xénophobes, l’Église catholique africaine brise le silence et appelle à un sursaut continental.
Entre indignation, rappel des principes et exigence politique, le message du SECAM dépasse le cadre religieux pour interpeller toute l’Afrique.
Une indignation qui résonne au-delà des frontières
Depuis Accra au Ghana, le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM) a lancé mercredi un avertissement solennel face à la montée de violences visant des ressortissants africains en Afrique du Sud.
Le ton est grave, presque existentiel. En s’appuyant sur une interrogation biblique, « Suis-je le gardien de mon frère ? », l’institution religieuse pose une question qui dépasse les faits, celle de la responsabilité collective d’un continent envers lui-même.
Car au-delà des attaques, c’est l’idée même d’une solidarité africaine qui vacille.
La fracture d’un idéal africain
Les violences dénoncées ne sont pas nouvelles, mais leur répétition inquiète. Elles mettent en lumière une contradiction profonde, celle d’un continent qui prône l’unité tout en tolérant, par moments, le rejet de l’autre.
Pour le SECAM, ces actes constituent une double rupture. Une rupture morale, d’abord, en s’attaquant à la dignité humaine. Une rupture politique, ensuite, en contredisant les fondements juridiques africains, notamment ceux inscrits dans l’Union africaine et la Charte africaine des droits de l’homme.
Derrière les violences, se dessine une crise plus large, celle de la cohésion africaine à l’épreuve des tensions sociales, économiques et migratoires.
Entre souveraineté et devoir d’hospitalité
Le message du SECAM ne se limite pas à la dénonciation. Il propose une lecture nuancée, reconnaissant la légitimité des États à encadrer l’immigration tout en rappelant les devoirs des migrants.
Mais cette position d’équilibre n’atténue pas la fermeté du propos : aucune circonstance ne saurait justifier la violence, encore moins lorsqu’elle vise des populations vulnérables. En filigrane, une idée forte s’impose : la souveraineté ne peut se construire au détriment de la dignité humaine.
Un appel direct aux autorités sud-africaines
L’organisation interpelle explicitement le gouvernement sud-africain. Elle exige des mesures immédiates : protection des populations, enquêtes impartiales, poursuites judiciaires et fin de toute forme de justice parallèle.
L’objectif est clair. Il est question de restaurer l’autorité de l’État et empêcher l’installation d’un climat d’impunité.
Mais au-delà de Afrique du Sud, c’est toute la gouvernance africaine qui est questionnée. La capacité des États à protéger tous les résidents, sans distinction, devient un test de crédibilité.
L’Union africaine face à ses responsabilités
Le SECAM élargit son appel à l’échelle continentale en sollicitant une réaction de l’Union africaine.
Pour l’institution religieuse, il ne s’agit plus seulement de condamner, mais d’agir : mettre en place des mécanismes d’alerte, prévenir les dérives et garantir l’application effective des normes en matière de droits humains. Autrement dit, transformer les principes en instruments concrets.
L’Ubuntu mis à l’épreuve
Au cœur du message, une notion revient avec insistance, l’Ubuntu, « je suis parce que nous sommes ». Ce principe, souvent présenté comme l’essence de la philosophie africaine, apparaît aujourd’hui fragilisé. Les violences xénophobes en sont l’antithèse.
En rappelant cette valeur, le SECAM ne fait pas qu’évoquer une tradition, il appelle à une reconstruction du lien social africain, fondée sur la reconnaissance de l’autre.
Une crise révélatrice
Ces tensions révèlent des fractures profondes : chômage, inégalités, pression migratoire, défiance envers les institutions. Autant de facteurs qui alimentent les dérives xénophobes.
Mais pour le SECAM, ces réalités ne doivent pas servir d’alibi. Elles exigent des réponses politiques, économiques et sociales, pas des boucs émissaires.
Une interpellation pour toute l’Afrique
Le message s’adresse enfin aux peuples africains eux-mêmes. Il appelle à rejeter les discours de haine, à privilégier le dialogue et à reconstruire une culture de la fraternité.
Dans un continent où les mobilités sont anciennes et structurantes, la stigmatisation de l’étranger apparaît comme une impasse.
Une ligne de fracture décisive
En prenant position, le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar transforme un fait sécuritaire en enjeu continental.
Car ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’Afrique du Sud. C’est la capacité de l’Afrique à rester fidèle à son projet d’unité. Entre peur et solidarité, le choix n’est plus théorique, il est désormais politique, moral et urgent.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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