Afrique Economie Environnement

Afrique : La souveraineté commence par l’eau

Libreville, Jeudi 16 Juillet 2026 (Infos Gabon) – À N’Djamena, au cœur du Forum africain de l’eau, le Président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas seulement prononcé un discours de circonstance. Devant plusieurs chefs d’État africains, les institutions financières internationales et les principaux bailleurs du continent, il a formulé un constat sans détour et lancé un appel politique majeur. Pour l’Afrique, le temps des diagnostics est terminé. Celui de l’action a commencé.

Dans un continent qui concentre près de 10 % des ressources mondiales en eau douce mais où plus de 400 millions de personnes vivent encore sans accès sécurisé à l’eau potable, la question hydrique s’impose désormais comme l’un des principaux défis géopolitiques du XXIe siècle. Santé publique, agriculture, industrialisation, urbanisation, stabilité sociale, souveraineté économique, aucun secteur ne peut prospérer durablement sans infrastructures hydrauliques performantes.

C’est précisément autour de cette urgence que s’est ouvert à N’Djamena le Forum africain de l’eau, organisé conjointement par le gouvernement tchadien et le Groupe de la Banque mondiale dans le cadre de l’initiative Water Forward, sous un thème qui résonne désormais comme une injonction continentale, passer de la vision à l’action.

Une richesse sans gouvernance reste une pauvreté

Aux côtés du Président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, du Président congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et du Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, Président du Tchad, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi de déplacer le débat. Le problème africain n’est plus l’absence de ressources naturelles. Il réside désormais dans la capacité des États à transformer ces ressources en services publics accessibles aux populations.

Le Chef de l’État gabonais l’a résumé avec une formule appelée à marquer les travaux du Forum. Posséder de l’eau ne suffit pas. Encore faut-il disposer d’institutions solides, de financements adaptés et d’infrastructures capables de transporter cette ressource jusqu’aux citoyens.

Cette affirmation prend une dimension particulière pour le Gabon. Avec l’un des potentiels hydriques les plus importants du continent, le pays continue pourtant de faire face à des pénuries récurrentes dans plusieurs centres urbains. Le premier semestre 2026 a même conduit les autorités à décréter un état d’urgence hydrique, mesure exceptionnelle traduisant l’ampleur des difficultés structurelles accumulées durant plusieurs décennies.

L’intervention du Président gabonais constitue ainsi un exercice rare de lucidité politique. Reconnaître les faiblesses nationales tout en proposant des solutions est souvent plus difficile que de célébrer des performances théoriques.

Le laboratoire gabonais des réformes hydriques

À N’Djamena, le Président de la République a présenté les transformations engagées par Libreville pour tenter d’inverser cette trajectoire. L’adoption d’un nouveau Code de l’eau doit désormais offrir un cadre juridique moderne au secteur. La réorganisation institutionnelle avec la séparation des activités liées à l’eau et à l’électricité vise à améliorer la gouvernance opérationnelle et la lisibilité des responsabilités.

À cela s’ajoutent l’élaboration d’un Pacte national hydrique ainsi que la constitution d’un portefeuille de projets prioritaires destinés à attirer les investisseurs et les partenaires internationaux. La logique est claire. L’eau n’est plus seulement une politique sociale. Elle devient une politique économique, industrielle et stratégique.

Sans eau, aucune agriculture compétitive ne peut émerger. Sans eau, aucune industrialisation durable n’est envisageable. Sans eau, l’urbanisation africaine risque de devenir l’une des principales sources d’instabilité du continent dans les prochaines décennies. Le Gabon tente ainsi de transformer une crise nationale en opportunité de réforme structurelle.

L’Afrique face à son rendez-vous historique

L’autre message fort porté par Brice Clotaire Oligui Nguema concerne le financement du développement hydraulique africain. Le modèle traditionnel reposant exclusivement sur l’endettement extérieur montre aujourd’hui ses limites. Les infrastructures hydriques nécessitent des investissements massifs, longs et peu compatibles avec les mécanismes financiers classiques.

Le Président gabonais a donc plaidé pour des instruments plus adaptés aux réalités africaines, mais également pour une valorisation accrue des expertises locales. Le développement hydraulique du continent ne pourra être durable que si les ingénieurs, techniciens, chercheurs et entreprises africaines deviennent les principaux acteurs de cette transformation.

L’enjeu dépasse largement la question de l’eau. Il touche directement à la souveraineté technologique et économique du continent. La décision annoncée par le Président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno de supprimer les visas pour les ressortissants africains s’inscrit d’ailleurs dans cette même logique d’intégration régionale et de circulation des compétences. L’Afrique de demain sera coopérative ou elle restera dépendante.

En affirmant que le Gabon venait à N’Djamena non pour exhiber ses ressources mais pour proposer un partenariat, Brice Clotaire Oligui Nguema a sans doute résumé l’esprit de ce Forum. L’époque des compétitions nationales autour des ressources naturelles s’efface progressivement devant celle des solutions collectives.

L’eau pourrait devenir le prochain grand chantier de l’intégration africaine. Et l’histoire retiendra peut-être que c’est à N’Djamena que le continent a commencé à comprendre qu’au-delà du pétrole, des minerais ou des terres rares, la véritable richesse stratégique du XXIe siècle s’écoule déjà dans ses rivières.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon – Tchad : L’eau, nouveau front stratégique de l’Afrique

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *