Afrique, réveille-toi
Libreville, Samedi 01 Août 2026 (Infos Gabon) – Ceuta devrait être davantage qu’une crise migratoire de plus dans les journaux européens. Elle devrait être un miroir tendu à l’Afrique. En quelques heures, des dizaines de milliers de jeunes Marocains ont convergé vers cette enclave espagnole située sur le sol africain, dans l’espoir d’atteindre un ailleurs qu’ils imaginent plus prometteur.
Les estimations espagnoles et locales évoquent environ 50 000 à 60 000 franchissements ou tentatives de franchissement. Une grande partie des personnes concernées sont depuis retournées au Maroc. Mais le chiffre, aussi spectaculaire soit-il, n’est pas le véritable sujet.
La véritable question est celle-ci. Pourquoi, au XXIe siècle, une jeunesse africaine continue-t-elle de regarder au-delà de son propre continent pour chercher ce qu’elle ne trouve pas suffisamment chez elle. Ceuta n’est pas un accident isolé. Elle est un signal.
Le problème n’est pas seulement européen
Il serait trop facile de réduire cette histoire à la surveillance des frontières européennes, aux passeurs ou aux réseaux sociaux. Ces facteurs existent et doivent être combattus. Les informations disponibles montrent d’ailleurs comment des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux ont contribué à accélérer le mouvement vers Ceuta.
Mais une rumeur ne crée pas à elle seule une espérance collective. Elle exploite une frustration déjà présente. L’Afrique est un continent en mouvement. Selon les Nations unies, plus de 31 millions d’Africains vivent dans un autre pays que celui où ils sont nés, et la majorité des migrations africaines se déroule à l’intérieur du continent. Seule une partie des migrants africains se dirige vers l’Europe.
Cela signifie que la question migratoire n’est pas d’abord une question Afrique-Europe. Elle est aussi une question Afrique-Afrique.
Du Maroc au Sénégal, du Mali au Ghana, du Nigeria à l’Angola, de l’Éthiopie à la Zambie, de la République démocratique du Congo à l’Afrique du Sud, du Ghana au Gabon, les trajectoires diffèrent, mais les préoccupations fondamentales se ressemblent. Le travail manque. Les revenus sont insuffisants. Les perspectives demeurent incertaines pour une partie importante de la jeunesse.
Les conflits déplacent des populations. Les infrastructures ne suivent pas toujours la croissance démographique. Et les économies peinent encore à transformer suffisamment leurs immenses ressources naturelles en emplois et en prospérité partagée.
La Banque mondiale rappelle qu’en Afrique orientale et australe, environ huit millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail alors que moins d’un million obtiennent un emploi salarié. Ce chiffre devrait suffire à provoquer une réunion d’urgence de toutes les grandes institutions africaines.
Aux dirigeants africains de reprendre l’initiative
Il faut le dire avec respect, mais avec fermeté. Les dirigeants africains ne peuvent pas demander éternellement à la jeunesse de patienter.
L’Union africaine dispose déjà d’instruments pour agir. Elle travaille sur la migration, l’emploi, la mobilité de la main-d’œuvre et la libre circulation. Son propre projet de libre circulation des personnes vise précisément à faciliter les déplacements, le travail, le transfert de compétences et l’intégration économique à l’intérieur du continent.
Il faut désormais passer des textes aux résultats.
Pourquoi un jeune Africain devrait-il parcourir des milliers de kilomètres pour chercher un emploi alors qu’un autre pays africain manque précisément de travailleurs qualifiés. Pourquoi les capitaux africains ne circuleraient-ils pas davantage entre les pays. Pourquoi les ressources minières, énergétiques, agricoles et humaines du continent ne permettraient-elles pas de bâtir des chaînes de valeur capables de créer des millions d’emplois.
L’Afrique ne manque ni de ressources ni de talents. Elle manque encore trop souvent de transformation locale, de coopération économique, de stabilité, de vision commune et de mécanismes efficaces pour convertir ses richesses en opportunités.
L’urgence est donc de regarder les problèmes en face. Les guerres et les conflits doivent être combattus avec une détermination nouvelle. Les divisions politiques et les rivalités nationales doivent céder devant les intérêts fondamentaux des populations. Les États, les communautés économiques régionales et l’Union africaine doivent coordonner leurs politiques de l’emploi, de l’éducation, de l’industrie, de l’agriculture, de l’énergie et de la mobilité.
L’objectif ne devrait pas être d’empêcher les Africains de partir. Il devrait être de leur donner enfin une véritable liberté de choisir.
Et si l’Afrique inversait le mouvement
L’histoire économique n’est jamais figée. L’Angola a connu une période durant laquelle son développement attirait des travailleurs portugais. Cette expérience rappelle une évidence souvent oubliée. Un continent qui construit ses infrastructures, développe ses industries, valorise ses ressources et crée des emplois peut devenir lui-même une destination.
C’est cette ambition qu’il faut désormais retrouver.
Demain, l’objectif ne devrait pas seulement être que l’Afrique attire des investisseurs étrangers. Il devrait être qu’elle devienne suffisamment dynamique pour attirer également des travailleurs, des entrepreneurs, des ingénieurs, des chercheurs et des capitaux venus d’ailleurs.
Imagine-t-on un jour un jeune Européen, asiatique ou latino-américain regardant vers Lagos, Luanda, Nairobi, Johannesburg, Casablanca, Accra, Kinshasa ou Libreville avec la même espérance que le jeune Africain regarde aujourd’hui vers Madrid, Paris, Londres ou Rome.
Ce jour-là, quelque chose aura changé.
Ceuta nous rappelle que les frontières ne suffisent jamais à résoudre les causes profondes des migrations. Les barrières peuvent arrêter une foule. Elles ne peuvent pas arrêter une génération privée d’avenir. Aux dirigeants africains de comprendre le message. L’heure n’est plus seulement à gérer les départs. Elle est à construire les raisons de rester, de circuler librement en Afrique et, surtout, de revenir.
L’Afrique possède les ressources pour devenir un continent d’opportunités. Elle possède la jeunesse pour le construire. Elle possède les marchés, les terres, les minerais, l’énergie et les talents nécessaires. Ce qui manque désormais ne relève plus seulement de la richesse.
Cela relève de la volonté politique, de la responsabilité et de la capacité à agir ensemble. Ceuta ne devrait donc pas seulement inquiéter l’Europe. Elle devrait réveiller l’Afrique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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