Agriculture : le Gabon veut enfin produire pour se nourrir
Libreville, Dimanche 13 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon ne peut durablement parler de souveraineté alimentaire avec une agriculture qui ne représente encore que 5 % du PIB.
C’est le constat posé le 11 septembre 2026 par le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, devant les agents de son département. Après neuf mois d’action, le ministre a dressé un bilan et surtout fixé une ligne de conduite qui résume l’enjeu national, faire de son administration une véritable force de transformation de l’économie et permettre progressivement aux Gabonais de produire ce qu’ils consomment.
Le changement de paradigme réclamé par Pacôme Kossy ne consiste donc pas simplement à augmenter les volumes agricoles. Il impose de regarder l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’au consommateur. Le rôle du ministère, selon sa vision présentée aux agents, est précisément de connecter producteurs et marchés, de coordonner les acteurs et de créer les conditions permettant à l’agriculture de devenir une activité économique à part entière.
Cette ambition commence à prendre forme autour de filières considérées comme prioritaires. Le ministère travaille notamment sur le poulet de chair à travers le Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole, le POUFA. Cent cinquante exploitations réparties dans les neuf provinces ont été sélectionnées pour entrer dans ce dispositif. L’objectif est de leur permettre d’augmenter rapidement leur production grâce notamment aux poussins, aux aliments, aux produits vétérinaires et aux mécanismes de financement.
Le calendrier donne à cette politique une dimension particulière. Le gouvernement prévoit la fin des importations de poulets de chair au 1er janvier 2027. Cette décision oblige désormais la filière nationale à démontrer qu’elle est capable de prendre le relais dans des conditions de volume, de prix et de qualité acceptables. Le défi est considérable, car le Gabon reste dépendant d’intrants importés et doit encore renforcer ses capacités d’abattage, de conservation et de distribution.
C’est précisément là que se jouera la crédibilité de la souveraineté alimentaire.
Le ministère a engagé plusieurs partenariats publics-privés et cherche à structurer l’écosystème autour des producteurs. Le programme avicole prévoit notamment des couvoirs régionaux, des abattoirs provinciaux et le développement de bassins de production de maïs et de soja destinés à l’alimentation animale. Le gouvernement estime également que plus de 300 000 hectares de terres agricoles sont mobilisables.
Le signal adressé aux agents du ministère est tout aussi important. Pacôme Kossy veut que son administration sorte d’une logique de gestion des dossiers pour entrer dans une logique de résultats. La compétence doit primer, les initiatives doivent pouvoir remonter du terrain et une plateforme destinée à recueillir les propositions des agents doit être mise en place. Le ministre réclame un dialogue franc et honnête, signe qu’il considère également la réforme administrative comme une condition de la transformation agricole.
Cette philosophie se retrouve dans le futur Plan de Transformation des Systèmes Alimentaires, le PTSA, qui doit cibler douze filières, parmi lesquelles le manioc, le porc, le bovin, le riz, la banane plantain, le piment, la tomate, l’ananas et la banane douce. Le ministère veut parallèlement accroître la participation des jeunes et des femmes et renforcer la modernisation des systèmes de production.
L’enjeu dépasse pourtant les statistiques agricoles. Derrière chaque tonne produite localement se trouvent des emplois, des revenus ruraux, des transports, des marchés, des PME, de la transformation et une réduction potentielle de la facture alimentaire extérieure.
Le poulet constitue à cet égard un cas d’école. Le Gabon consacre chaque année plus de 70 milliards de FCFA aux importations de poulets selon les données présentées par le gouvernement. Transformer une partie de cette dépense extérieure en chiffre d’affaires pour des producteurs, transporteurs, fabricants d’aliments, abattoirs et distributeurs gabonais serait un changement économique majeur.
Mais protéger le marché national n’est pas suffisant. Une interdiction d’importation ne crée pas mécaniquement une production compétitive. Elle doit être accompagnée d’une montée en puissance réelle des exploitations, d’un accès régulier aux intrants, d’un financement adapté, d’infrastructures de stockage et d’une organisation logistique capable d’alimenter les marchés à des prix supportables.
Le gouvernement devra donc tenir les deux bouts de la chaîne. Donner de la visibilité aux producteurs tout en protégeant le pouvoir d’achat des consommateurs.
Le pari agricole gabonais entre ainsi dans une phase décisive. La volonté politique existe, les premières exploitations sont sélectionnées, les investissements privés commencent à se structurer et le calendrier de 2027 approche rapidement. L’Institut national de la statistique mène même actuellement une collecte complémentaire pour disposer d’une cartographie plus fiable des producteurs et mesurer précisément l’évolution de la production nationale.
Pacôme Kossy a donc raison de demander à ses agents un changement de paradigme. Mais cette mutation devra être jugée sur des indicateurs simples et incontestables. Combien de tonnes produites, combien d’exploitations réellement opérationnelles, combien d’emplois créés, quelle part des intrants est désormais produite localement et surtout quel impact sur les prix ?
La souveraineté alimentaire ne sera pas obtenue par décret. Elle se construira dans les fermes, les champs, les couvoirs, les abattoirs, les marchés et les assiettes.
Pour le Gabon, 2027 approche comme une échéance et un test. Le pays ne doit plus seulement vouloir produire ce qu’il consomme. Il doit démontrer qu’il sait transformer cette ambition en une économie agricole capable de nourrir sa population, d’enrichir ses producteurs et de réduire durablement sa dépendance extérieure.
C’est à cette condition que l’agriculture cessera d’être le parent pauvre de l’économie gabonaise pour devenir l’un de ses véritables moteurs.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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