France 2027 : qui prendra l’Élysée ?
Libreville, Dimanche 13 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le 18 avril 2027, les Français ne choisiront pas seulement un successeur à Emmanuel Macron. Ils décideront de la direction que prendra la France après dix années de macronisme.
Le second tour, fixé au 2 mai, pourrait opposer des visions profondément différentes du pays et de son rôle en Europe et dans le monde. À huit mois du scrutin, trois figures donnent déjà à cette présidentielle une coloration historique, Édouard Philippe, François Hollande et Marine Le Pen.
Derrière eux se dessine toutefois une bataille beaucoup plus large. Celle des héritages. Philippe revendique une droite de gouvernement modernisée et une culture d’État qui rappelle davantage le gaullisme réformateur qu’un simple prolongement de Macron. Hollande tente de réinstaller la social-démocratie dans le jeu présidentiel après son effacement au profit de la gauche radicale et de la macronie. Le Pen, enfin, porte la transformation du Rassemblement national en première force de rupture avec le système politique traditionnel.
Le paysage reste très ouvert. Mais il est déjà suffisamment structuré pour poser une question qui dépasse Paris, qui héritera réellement de la Ve République après Macron ?
Philippe veut récupérer le centre droit
Édouard Philippe dispose d’un atout majeur, il s’est placé très tôt dans la succession. Candidat déclaré depuis 2024, l’ancien Premier ministre cherche aujourd’hui à agréger autour de lui une partie du centre et de la droite modérée. Son problème est également sa principale force. Il doit apparaître comme une alternative à Macron sans donner l’impression de renier totalement l’expérience macroniste.
Le défi est considérable. Le centre et la droite restent fragmentés entre Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et d’autres prétendants. Une primaire commune est régulièrement évoquée pour éviter que cet éclatement n’ouvre un boulevard au RN, mais aucun compromis solide n’est encore arrêté.
Philippe possède néanmoins une qualité rare dans cette compétition, une capacité à parler à plusieurs France à la fois. Son profil peut rassurer les milieux économiques, les électeurs modérés et une partie des électeurs de droite qui souhaitent un changement sans rupture institutionnelle.
Mais cela ne suffira pas. Pour gagner, il devra démontrer qu’il possède une vision propre de l’après-Macron et pas seulement une meilleure manière de gérer le même modèle.
Hollande veut-il écrire un deuxième dernier chapitre ?
Le cas François Hollande est plus étonnant. L’ancien président, élu en 2012 et battu politiquement par la séquence Macron, a progressivement reconstruit une présence nationale. Il confirme désormais qu’il ne participera pas à la primaire socialiste et maintient jusqu’en décembre sa décision sur une éventuelle candidature. Son raisonnement est limpide, il n’a aucun intérêt à entrer trop tôt dans une compétition interne si une candidature de gauche sociale-démocrate peut émerger et créer une dynamique.
Son retour serait pourtant un événement politique considérable. Hollande pourrait chercher à récupérer un électorat modéré passé chez Macron en 2017 et à proposer une gauche moins idéologique, davantage centrée sur le compromis, les finances publiques et l’exercice du pouvoir. L’hypothèse est suffisamment sérieuse pour être observée avec attention par l’entourage même d’Édouard Philippe.
Mais l’ancien président doit résoudre une contradiction. Son expérience constitue sa force dans une époque d’instabilité, mais son bilan de 2012-2017 reste un fardeau politique pour une partie de l’électorat. Son éventuel retour ne pourrait donc fonctionner qu’à condition de convaincre les Français qu’il ne chercherait pas à restaurer le passé, mais à proposer une réponse nouvelle à un pays profondément transformé.
Le boulevard de Marine Le Pen
Marine Le Pen, elle, n’attend plus. Le 7 juillet 2026, après sa condamnation en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la cour d’appel de Paris a considéré que sa peine d’inéligibilité ferme avait déjà été purgée. Elle a annoncé le jour même sa candidature à la présidentielle de 2027 et formé un pourvoi en cassation.
Cette décision a profondément modifié la compétition. Le Pen peut désormais mener campagne, même si la procédure judiciaire n’est pas achevée et si elle reste condamnée à une peine d’un an de détention à domicile sous surveillance électronique, dont les effets sont affectés par son pourvoi. Elle ne bénéficie donc pas d’une absolution judiciaire, mais d’un espace juridique lui permettant de concourir.
Politiquement, le RN arrive en position de force. Les enquêtes disponibles montrent une implantation très solide de Marine Le Pen et de Jordan Bardella dans leur propre électorat, tandis que le camp présidentiel et la gauche apparaissent encore fragmentés.
Mais rien n’est joué. Le véritable obstacle du RN reste celui du second tour. Marine Le Pen peut arriver en tête sans disposer automatiquement d’une majorité présidentielle. L’effondrement du traditionnel « front républicain » rend toutefois cette barrière moins certaine qu’auparavant, ce qui explique l’inquiétude grandissante dans plusieurs capitales européennes.
Et après Macron, quelle France ?
C’est ici que l’élection devient mondiale. Le prochain président français héritera d’une économie sous pression, d’une dette lourde et d’une société politiquement fragmentée. La dégradation des perspectives économiques et la remontée du coût du financement public accentuent déjà les tensions à l’approche de 2027.
Pour l’Afrique, et notamment pour le Gabon, l’élection sera particulièrement observée. La France reste un partenaire économique majeur de Libreville, tandis que les deux pays entretiennent encore des coopérations dans la santé, l’éducation, l’environnement, la recherche et la sécurité maritime. Le président Emmanuel Macron s’est d’ailleurs rendu au Gabon en novembre 2025, et Paris comme Libreville ont depuis cherché à redéfinir leur relation sur une base plus équilibrée.
Une victoire lepéniste pourrait donc provoquer une nouvelle inflexion de la politique française envers l’Afrique et l’Europe. Une victoire de Philippe prolongerait probablement une orientation plus classique, mais avec un repositionnement après Macron. Un retour de Hollande réinstallerait la gauche réformiste dans un rôle central.
C’est pourquoi 2027 dépasse largement la rivalité de personnalités. La France devra choisir entre continuité réformée, retour de la social-démocratie ou rupture national-populiste.
Les Français auront plusieurs bulletins. Mais, derrière leurs votes, une seule question dominera.
Après dix années d’Emmanuel Macron, la France veut-elle changer de président ou changer véritablement de modèle ?
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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