Economie

Au Gabon, la baisse de la pauvreté ne suffit pas à améliorer durablement le niveau de vie

Libreville, Jeudi 29 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon affiche un recul de son taux de pauvreté, mais cette amélioration statistique peine à se traduire par une diminution significative du nombre de personnes en difficulté. Dans sa Note de conjoncture économique 2026, la Banque mondiale met en lumière un paradoxe préoccupant pour ce pays à revenu intermédiaire supérieur. La croissance démographique, les inégalités et la fragilité de l’emploi continuent de freiner les progrès sociaux.

Selon les estimations établies à partir de l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage de 2024 et de la méthode SWIFT de la Banque mondiale, le taux de pauvreté est passé de 33,4 % en 2017 à 28,7 % en 2024. Pourtant, environ 729 000 Gabonais vivaient encore dans la pauvreté l’année dernière, contre quelque 749 000 sept ans auparavant. Autrement dit, la baisse de la proportion de personnes pauvres n’a entraîné qu’une réduction limitée de leur nombre, dans un pays dont la population est passée de 2,24 à 2,54 millions d’habitants sur la période.

Les perspectives restent tout aussi préoccupantes. Sur la base du seuil international de 8,30 dollars par jour, exprimé en parité de pouvoir d’achat de 2021 pour les pays à revenu intermédiaire supérieur, la Banque mondiale estime le taux de pauvreté à 30,8 % en 2026. Le nombre de personnes pauvres pourrait ainsi rester supérieur à 800 000 jusqu’en 2028. Ces projections rappellent qu’une progression de l’activité économique ne garantit pas, à elle seule, une amélioration équitable des conditions de vie.

À cette pauvreté s’ajoute une vulnérabilité moins visible. La population vivant juste au-dessus du seuil de pauvreté, mais susceptible d’y basculer au moindre choc, serait passée d’environ 528 000 personnes en 2017 à 543 000 en 2024. Au total, plus de la moitié des habitants seraient pauvres ou proches de l’être. La hausse des inégalités renforce cette fragilité. Le coefficient de Gini, indicateur de la répartition des revenus ou du bien-être, serait passé de 0,376 à 0,406. Dans le même temps, le bien-être moyen par habitant a progressé de 17,1 %, contre seulement 11,1 % pour le niveau médian, signe que les gains sont inégalement répartis.

La Banque mondiale identifie également des facteurs structurels liés à la composition des ménages. Selon ses estimations, chaque membre supplémentaire accroît de 11,5 points de pourcentage la probabilité de pauvreté, tandis qu’une forte proportion d’enfants de moins de cinq ans l’augmente de 31,1 points. Ces données plaident pour des politiques publiques mieux adaptées aux réalités des familles les plus exposées.

L’accès à l’eau courante apparaît, dans les simulations présentées, comme l’une des interventions les plus efficaces, avec un potentiel estimé à 113 500 personnes sorties de la pauvreté. Ce résultat souligne que les infrastructures essentielles peuvent avoir un effet social direct, au-delà des investissements routiers ou administratifs.

Mais le défi central reste celui de l’emploi. Pour transformer la croissance en amélioration durable du niveau de vie, le pays doit favoriser la création d’emplois stables et mieux rémunérés, renforcer la formation et cibler davantage la protection sociale. L’enjeu n’est donc pas seulement de faire reculer un taux, mais de réduire concrètement le nombre de ménages qui vivent dans la précarité ou risquent d’y retomber.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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