Biodiversité africaine : l’addition d’un désastre mondial
Libreville, Samedi 08 Août 2026 (Infos Gabon) – La crise de la biodiversité n’est plus une menace lointaine pour l’Afrique. Elle est déjà inscrite dans les récoltes qui diminuent, les ressources halieutiques qui se raréfient et les territoires ruraux dont les équilibres économiques deviennent chaque année plus fragiles.
Alors que le continent abrite près d’un quart de la biodiversité mondiale, environ 24 % de ses espèces auraient déjà disparu depuis l’ère préindustrielle. Le paradoxe est brutal. L’Afrique concentre une part exceptionnelle du patrimoine naturel de la planète tout en disposant de moyens financiers insuffisants pour le protéger.
À Nairobi, les travaux internationaux consacrés à la biodiversité mettent ainsi en lumière une fracture qui dépasse largement la seule question environnementale. La perte du vivant touche directement l’alimentation, l’accès à l’eau, la santé, l’emploi et la résilience des populations face au changement climatique. Pour les sociétés africaines, protéger les écosystèmes n’est donc pas un luxe écologique. C’est une question de sécurité économique et sociale.
Un continent qui paie une crise qu’il n’a pas créée seul
L’Afrique se trouve au cœur d’une contradiction mondiale. Elle possède des écosystèmes d’une richesse considérable, mais une grande partie de ses populations demeure directement dépendante des ressources naturelles pour vivre. Lorsque les sols s’appauvrissent, que les températures augmentent ou que les ressources marines se dégradent, ce sont immédiatement des revenus, des emplois et des moyens de subsistance qui disparaissent.
La pression exercée sur les écosystèmes ne provient toutefois pas d’une seule cause. Le changement climatique accélère la transformation des milieux naturels, tandis que la pollution, les espèces envahissantes, la surexploitation des terres et des ressources marines aggravent la situation. À cette équation s’ajoute un problème plus structurel encore. Selon les éléments présentés à Nairobi, le monde consacre près de trente fois plus de financements à des activités qui détruisent la nature qu’à celles destinées à la protéger.
Le signal est difficile à ignorer. Les économies continuent de financer des modèles de production qui exercent une pression croissante sur le vivant, tout en demandant aux États et aux communautés de réparer les dégâts avec des ressources beaucoup plus limitées. Les subventions publiques aux combustibles fossiles et certains investissements privés nuisibles à l’environnement illustrent cette contradiction.
Pour l’Afrique, la question n’est donc pas seulement de protéger davantage. Elle consiste aussi à obtenir les moyens de choisir un autre modèle de développement, sans sacrifier les impératifs économiques auxquels sont confrontés ses États.
De Nairobi à Erevan, le moment de vérité approche
Les discussions qui se poursuivent à Nairobi jusqu’au 12 août cherchent précisément à franchir cette étape. Après les travaux scientifiques, les négociateurs doivent désormais s’attaquer à une question beaucoup plus politique et opérationnelle. Comment transformer les connaissances disponibles en décisions capables de modifier réellement les trajectoires nationales et les flux financiers ?
L’enjeu porte notamment sur l’intégration de la biodiversité dans les politiques publiques, la mobilisation des institutions financières et la réduction du déficit de financement consacré à la conservation. Le problème est désormais suffisamment documenté. Le véritable test réside dans la capacité des gouvernements à agir et dans celle du système financier international à accompagner cette transformation.
Les 125 pays ayant transmis des rapports au Programme des Nations unies pour l’environnement témoignent d’une mobilisation croissante. Mais la multiplication des engagements ne suffira pas si elle ne s’accompagne pas de mécanismes vérifiables, de financements prévisibles et d’une meilleure articulation entre protection de la nature et développement économique.
Les recommandations issues de Nairobi doivent nourrir les négociations de la COP17 sur la biodiversité, prévue à partir du 19 octobre à Erevan, en Arménie. Les États devront alors mesurer les progrès réalisés depuis l’adoption, en 2022, du Cadre mondial de Kunming-Montréal, conçu pour stopper puis inverser la perte de biodiversité.
Protéger la nature devient une question de souveraineté
Le débat prend une dimension particulière en Afrique parce que la biodiversité y constitue aussi un capital stratégique. Forêts, terres agricoles, zones humides, littoraux et ressources marines ne sont pas seulement des espaces à préserver. Ils constituent des infrastructures naturelles dont dépendent des millions de personnes.
L’enjeu est donc de sortir d’une vision qui oppose systématiquement conservation et développement. Une agriculture plus résiliente, une gestion durable des ressources marines, la restauration des terres dégradées ou encore la protection des forêts peuvent devenir des instruments de stabilité économique autant que des politiques environnementales.
Cette transformation suppose néanmoins une responsabilité partagée. Les populations ont leur rôle à jouer, notamment par la restauration des espaces naturels et la réduction des pratiques nuisibles. Mais il serait illusoire de faire peser l’essentiel de l’effort sur les individus alors que les grandes orientations économiques et financières déterminent une part considérable de la pression exercée sur la nature.
Le véritable enjeu de la COP17 sera donc moins de produire un nouveau catalogue de bonnes intentions que de déterminer qui finance, qui agit et qui rend des comptes. Pour l’Afrique, la biodiversité n’est déjà plus une affaire de conservation au sens strict. Elle touche à la souveraineté alimentaire, à la sécurité hydrique, à l’emploi et à la capacité des États à offrir un avenir à leurs populations.
Détruire le vivant revient, en définitive, à fragiliser les fondations mêmes du développement. La question n’est plus de savoir si la crise est réelle. Elle est de savoir si le monde acceptera enfin de financer la protection de ce dont il dépend pour vivre.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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