L’inclusion, l’intelligence oubliée du Gabon
Libreville, Jeudi 06 Août 2026 (Infos Gabon) – À l’heure où le Gabon cherche à transformer son système éducatif et à mieux préparer les compétences dont son économie aura besoin, une question demeure encore trop peu posée. Que deviennent les talents que l’école ne sait pas reconnaître ?
C’est précisément à cette interrogation que Serge Martial Mokanda consacre le troisième volet de sa réflexion sur l’avenir de l’éducation gabonaise et sur la mission stratégique de la future Université des Sciences de l’Éducation du Cap Estérias, dont le chantier est annoncé à 95 % d’avancement.
Sous le titre « Comment faire de l’Inclusion un levier de performance nationale ? », le Consultant-Formateur en Management et Transformation des Organisations, Ingénieur pédagogique, Expert en conduite du changement, ancien Conseiller Technique ministériel, Conférencier et auteur de Changer l’Afrique !, défend une conviction forte. L’inclusion ne doit plus être considérée comme une politique périphérique destinée à corriger les inégalités. Elle peut et doit devenir un instrument de performance nationale.
Reconnaître ceux que le système ne voit pas
La force de cette contribution tient d’abord à son point de départ personnel. Père d’un fils autiste et porteur d’un TDAH et d’une fille dyslexique, Serge Martial Mokanda explique avoir découvert, à travers son histoire familiale, les limites d’un système qui peut confondre différence et incapacité. Son témoignage sur sa fille est particulièrement révélateur.
Considérée comme une élève en difficulté dans son établissement, celle-ci a pourtant démontré, lors d’une journée d’immersion dans un restaurant d’entreprise, des capacités d’écoute, d’adaptation, de concentration, d’organisation et d’exécution qui ont impressionné son maître de stage.
En quelques heures, une jeune fille que les résultats scolaires plaçaient en situation de fragilité a révélé des compétences immédiatement utiles dans le monde professionnel. Elle a préparé des dizaines de desserts, dressé des couverts et géré une caisse en pleine période d’affluence. L’expérience a surtout produit un effet déterminant, la restauration de sa confiance en elle.
Cette histoire pose une question fondamentale pour l’école gabonaise. Combien de jeunes sont aujourd’hui évalués uniquement à travers leur capacité à mémoriser, restituer et obtenir une note, alors que leurs aptitudes pourraient apparaître dans d’autres contextes ? Les troubles « dys », le TDAH, les troubles du spectre de l’autisme et d’autres formes de neurodiversité peuvent rendre certains parcours scolaires plus complexes sans pour autant déterminer la valeur, l’intelligence ou le potentiel d’un individu.
Changer le regard, changer le modèle
Pour Serge Martial Mokanda, l’inclusion suppose donc davantage que l’installation d’une rampe d’accès ou l’aménagement physique d’un établissement. Elle implique de transformer l’environnement pédagogique afin que chaque élève puisse apprendre, progresser et révéler ses compétences. Sa pédagogie repose sur une idée simple mais stratégique, celle de la neurodiversité, autrement dit la diversité des modes de fonctionnement et de pensée.
L’enjeu est alors de sortir d’une conception trop étroite de la réussite. Une excellente note reste évidemment une performance respectable. Mais elle ne peut constituer l’unique indicateur de l’intelligence ou de la capacité future à résoudre des problèmes complexes. L’observation, la créativité, l’adaptation, la coopération, la capacité à prendre des initiatives ou à travailler sous pression constituent également des compétences déterminantes dans la vie professionnelle et dans la transformation d’une économie.
Cette approche prend une dimension particulière au Gabon, où la réforme du système éducatif doit répondre simultanément aux défis de l’employabilité, de la qualification professionnelle et de la diversification économique. Former davantage ne suffira pas. Il faudra aussi mieux identifier les aptitudes, mieux orienter les parcours et mieux préparer les enseignants à accompagner des profils différents.
C’est ici que la future Université des Sciences de l’Éducation du Cap Estérias peut prendre une importance stratégique. Si elle veut devenir un véritable outil de transformation nationale, elle devra former des éducateurs capables non seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de détecter les potentiels, de comprendre les difficultés d’apprentissage et d’adapter les méthodes pédagogiques.
Faire de la diversité une force nationale
La première partie de ce troisième volet constitue ainsi une invitation à changer de perspective. L’élève en difficulté n’est pas nécessairement un élève sans potentiel. Le jeune qui ne réussit pas dans un modèle donné peut révéler ses capacités dans un autre environnement. Et le handicap invisible ne doit jamais devenir une condamnation invisible.
Cette réflexion s’inscrit dans la continuité du parcours de Serge Martial Mokanda, qui indique avoir piloté et animé plusieurs projets stratégiques, notamment la relance de l’Université Internationale de Libreville et de l’Institution Internationale Berthe et Jean, qui sont devenues une référence au Gabon. Elle clôt une série de contributions consacrées à la transformation du système éducatif gabonais et au rôle que pourrait jouer l’U.S.E. dans cette mutation.
Mais son véritable intérêt dépasse le seul cadre scolaire. Un pays qui laisse des talents inexploités perd une partie de sa capacité d’innovation, de production et de transformation. À l’inverse, une société qui apprend à identifier toutes ses intelligences élargit mécaniquement son réservoir de compétences.
La seconde partie annoncée par l’auteur, consacrée à la manière de faire de « la diversité des intelligences le socle de notre performance nationale », devra précisément prolonger cette démonstration. Car le véritable défi de l’éducation gabonaise ne sera pas seulement de produire davantage de diplômés. Il sera de faire émerger des femmes et des hommes capables de mettre leurs talents différents au service d’un même projet national.
L’inclusion, dans cette perspective, n’est ni une faveur ni une dépense sociale supplémentaire. Elle peut devenir un investissement dans le capital humain. Et pour le Gabon, c’est peut-être là l’une des conditions les plus décisives de son ambition éducative et économique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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