Bongolo rallume le Sud gabonais
Libreville, Mercredi 13 Mai 2026 (Infos Gabon) – Après des années de coupures à répétition, de délestages chroniques et d’incertitudes énergétiques dans le sud du Gabon, la centrale hydroélectrique de Bongolo reprend progressivement vie.
Derrière ce redémarrage attendu par des milliers de ménages se cache l’un des investissements énergétiques les plus importants engagés récemment par la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG). On parle de 11 milliards de FCFA injectés sur fonds propres pour réhabiliter une infrastructure devenue stratégique pour l’équilibre électrique national.
Au-delà d’un simple chantier technique, la remise en exploitation de Bongolo symbolise une tentative de reconquête énergétique dans une région longtemps fragilisée par la vétusté des installations et les conséquences d’un sinistre majeur. Depuis l’inondation provoquée par la montée exceptionnelle des eaux du fleuve Louétsi, le 27 novembre 2023, les turbines étaient restées silencieuses. Pendant près de trois ans, plusieurs localités du sud du pays ont vécu au rythme des perturbations électriques, révélant les fragilités structurelles du réseau gabonais.
Aujourd’hui, la centrale située à Lébamba amorce son retour avec une ambition clairement affichée. Il faut non seulement restaurer les capacités perdues, mais dépasser les performances des dernières années. La SEEG annonce le retour progressif de Bongolo à sa puissance nominale de 5 mégawatts, soit le double des 2,5 mégawatts effectivement produits durant la décennie écoulée. Un chiffre révélateur de l’état de dégradation dans lequel se trouvait l’installation avant sa réhabilitation.
Une infrastructure vitale pour tout le Sud
L’impact de Bongolo dépasse largement le périmètre de Lébamba. La centrale constitue l’un des principaux piliers du Réseau Interconnecté de la Louétsi, qui alimente plusieurs villes stratégiques du sud et du centre du Gabon, notamment Lambaréné, Mouila, Ndendé, Tchibanga et Lébamba. Pendant les trente-six mois d’arrêt, ces localités ont subi de plein fouet les conséquences de la chute de production marquées par les coupures prolongées, l’instabilité du réseau, le ralentissement économique et les difficultés accrues pour les services publics.
La remise en service progressive commence déjà à produire ses premiers effets. Selon la SEEG, la stabilité du réseau s’améliore progressivement dans les zones concernées, réduisant la fréquence des interruptions et améliorant la continuité de l’alimentation électrique.
Mais au-delà des annonces, ce redémarrage intervient dans un contexte énergétique national particulièrement sensible. La demande en électricité continue d’augmenter au Gabon, tandis que plusieurs infrastructures vieillissantes peinent à suivre le rythme. Le dossier Bongolo illustre ainsi un problème plus profond : la nécessité urgente de moderniser durablement les capacités nationales de production et de distribution.
La SEEG sous pression
Longtemps critiquée pour les défaillances du réseau et les interruptions récurrentes d’électricité, la SEEG joue ici une partie importante de sa crédibilité. En mobilisant 11 milliards de FCFA sur ses propres ressources, l’entreprise cherche aussi à démontrer sa capacité à redevenir un acteur central de la sécurisation énergétique du pays.
Ce choix financier est loin d’être anodin. Dans un secteur marqué par de lourdes contraintes d’investissement et des besoins croissants en infrastructures, engager une telle enveloppe sans financement extérieur constitue un signal fort envoyé aux autorités comme aux populations.
La catastrophe de 2023 avait en effet mis à nu les vulnérabilités d’un équipement stratégique insuffisamment entretenu pendant des années. Les travaux engagés ont donc porté à la fois sur la modernisation des installations, la sécurisation du site face aux risques hydrologiques et l’amélioration globale des performances techniques de la centrale.
L’électricité, nouveau test de crédibilité de l’État
Le retour de Bongolo intervient à un moment où la question énergétique devient un enjeu politique majeur au Gabon. Derrière les infrastructures électriques se joue désormais une partie de la crédibilité de l’action publique, tant l’accès stable à l’électricité conditionne le développement économique, industriel et social du pays.
Pour les habitants du Sud, la réactivation de la centrale représente bien plus qu’un simple redémarrage technique. Elle marque l’espoir d’une sortie progressive d’un long cycle d’instabilité énergétique qui a profondément affecté le quotidien des populations.
Reste désormais un défi plus vaste pour les autorités et la SEEG. Elles devront transformer cette relance ponctuelle en véritable stratégie nationale de sécurisation énergétique. Car Bongolo ne résout pas à lui seul les fragilités structurelles du réseau gabonais. Mais il envoie un message clair que le temps de l’abandon progressif des infrastructures vitales semble désormais remis en question.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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