Politique

CEEAC : L’heure des résultats

Libreville, Lundi 19 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Quarante-trois ans après sa création, l’Afrique centrale reste confrontée à une contradiction stratégique : un potentiel économique considérable, mais une intégration régionale dont les ambitions peinent encore à se traduire en résultats perceptibles.

À Libreville, les célébrations de l’anniversaire de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) prennent ainsi une dimension qui dépasse le protocole. Derrière la marche organisée le dimanche 18 octobre et les appels à la solidarité, une exigence s’impose : transformer les engagements politiques en mécanismes opérationnels, financés et mesurables.

De la fraternité affichée à l’intégration réelle

Le président de la Commission de la CEEAC, Ezechiel Nibigira, a donné le coup d’envoi des activités commémoratives par une marche consacrée à l’intégration régionale, organisée au siège de l’institution, à Libreville. L’événement, inscrit dans le programme du 18 au 20 octobre sous le haut patronage du président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a rassemblé des membres du personnel communautaire, des représentants institutionnels, des diplomates, des organisations partenaires, des acteurs de la société civile et des ressortissants des États membres.

Au-delà de sa portée symbolique, cette mobilisation rappelle que l’intégration ne peut reposer exclusivement sur les sommets et les déclarations. Elle doit aussi s’incarner dans les échanges entre les populations, la circulation des biens, la coopération entre administrations et la capacité des États à construire des réponses communes aux défis économiques et sécuritaires.

Placée sous le thème « Consolider l’intégration régionale pour une Afrique centrale intégrée, pacifique, prospère et solidaire », la célébration doit connaître son ouverture officielle le 20 octobre à la Cité de la Démocratie. Le choix de cette ambition est révélateur des attentes placées dans la CEEAC. Mais le véritable indicateur de réussite ne sera pas le nombre de participants aux cérémonies : ce sera la capacité de l’organisation à rapprocher durablement les économies et les sociétés de la sous-région.

Le nerf de la guerre, les contributions des États

Le président en exercice de la CEEAC, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a donné à cet anniversaire une tonalité plus pressante. Il a appelé les dix États membres à honorer leurs contributions financières, condition essentielle au fonctionnement de l’institution et à l’exécution de ses programmes.

Le problème est structurel. Une organisation régionale peut définir des priorités ambitieuses, mais elle demeure limitée si ses ressources sont incertaines, tardives ou insuffisantes. Les retards de financement compliquent la programmation, fragilisent la continuité des projets et réduisent la capacité de la Commission à produire des résultats prévisibles. L’intégration exige donc davantage qu’un accord politique : elle suppose une discipline budgétaire collective.

Le contraste est d’autant plus frappant que le PIB cumulé de l’espace communautaire est estimé à 297,8 milliards d’euros. Cette masse économique représente un potentiel important, mais elle ne constitue pas, à elle seule, une garantie de prospérité partagée. Sans infrastructures connectées, règles commerciales plus fluides et financements prévisibles, la richesse agrégée ne se transforme pas automatiquement en emplois, en investissements productifs ou en amélioration du niveau de vie.

L’appel d’Obiang Nguema Mbasogo pose ainsi une question de crédibilité. Les États membres sont-ils prêts à financer les ambitions qu’ils affichent collectivement ? La réponse déterminera en partie la capacité de la CEEAC à dépasser le stade des engagements.

Mesurer l’intégration par ses effets

La nouvelle équipe dirigeante de la Commission multiplie les consultations avec les chefs d’État de la sous-région afin d’accélérer les chantiers communautaires. Le plan stratégique met notamment l’accent sur la paix, le commerce, les infrastructures et le développement humain. Ces priorités sont interdépendantes : sans stabilité, les investissements restent vulnérables ; sans infrastructures, les échanges coûtent davantage ; sans développement humain, les bénéfices de la croissance demeurent inégalement répartis.

L’enjeu est désormais de traduire ces orientations en objectifs vérifiables, assortis de calendriers, de financements et d’indicateurs publics. La progression des échanges intrarégionaux, la réduction des obstacles à la circulation, l’avancement des projets communs et la régularité des contributions devraient permettre d’évaluer les progrès au-delà des discours.

Pour le Gabon, pays hôte de ces célébrations, Libreville offre une tribune diplomatique, mais aussi l’occasion de rappeler que le leadership régional se mesure à la capacité de faire avancer des dossiers concrets.

À 43 ans, la CEEAC n’a plus seulement besoin de réaffirmer sa raison d’être. Elle doit démontrer son utilité quotidienne aux citoyens et aux entreprises. L’intégration de l’Afrique centrale ne sera crédible que lorsque la solidarité proclamée deviendra une réalité économique, institutionnelle et sociale. Le véritable anniversaire à célébrer sera celui des résultats obtenus, et non celui des années écoulées.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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