Connecter le Gabon, un village après l’autre
Libreville, Jeudi 30 Juillet 2026 (Infos Gabon) – L’accès à Internet est devenu un indicateur aussi déterminant que l’accès à l’eau, à l’électricité ou aux infrastructures routières. Dans les économies modernes, une localité privée de réseau est souvent une localité privée d’opportunités.
En ouvrant des discussions avec l’entreprise Radatel pour accélérer la couverture des zones blanches, le gouvernement gabonais ne cherche donc pas seulement à améliorer les télécommunications. Il engage une réflexion plus large sur l’aménagement du territoire, l’égalité des chances et la souveraineté numérique. Derrière ce projet se joue une question stratégique. Comment faire en sorte que la révolution numérique bénéficie autant aux villages les plus isolés qu’aux grandes villes du pays ?
C’est dans cette perspective que le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a reçu à Libreville le directeur général de Radatel, Ilan Ziri. Les échanges ont porté sur les solutions techniques permettant d’étendre les services de téléphonie mobile et d’Internet aux localités encore exclues des réseaux de communication. Les études réalisées par l’entreprise ont permis d’identifier plusieurs zones blanches, ces territoires où les habitants demeurent privés de toute connectivité numérique.
La fracture numérique, nouveau défi du développement
Longtemps, le développement d’un territoire se mesurait à la présence d’une route, d’un dispensaire ou d’une école. Aujourd’hui, un autre critère s’impose avec la même évidence. La capacité de chaque citoyen à accéder aux réseaux numériques.
Dans les zones rurales, l’absence de couverture mobile ne constitue plus seulement un inconfort. Elle limite l’accès à l’information, freine les activités économiques, complique les démarches administratives, ralentit les services de santé et prive les jeunes générations d’outils devenus indispensables à leur formation.
Les essais réalisés par Radatel dans plusieurs villages illustrent cette réalité. Selon son directeur général, les résultats sont particulièrement encourageants. Des populations jusque-là isolées peuvent désormais communiquer avec leurs proches, accéder aux services numériques et découvrir les possibilités offertes par Internet. « Aujourd’hui, je ne dis plus que je déploie un réseau, je dis que je connecte des personnes au monde », résume Ilan Ziri, soulignant que la technologie dépasse désormais la seule dimension technique pour devenir un véritable outil d’inclusion sociale.
Le projet prévoit l’installation du cœur du réseau à Libreville avant un déploiement progressif sur le terrain, avec l’objectif ambitieux de raccorder une centaine de villages tous les six à sept mois.
Vers une souveraineté numérique gabonaise
Au-delà de ce partenariat potentiel, cette initiative traduit une évolution importante de la politique publique. Le gouvernement entend renforcer la présence de l’État dans un secteur devenu stratégique pour la compétitivité nationale.
Le ministre Germain Biahodjow a rappelé que le service universel des télécommunications, l’interconnexion du territoire national et le déploiement effectif de la Télévision numérique terrestre figurent parmi les priorités de l’exécutif. Ces objectifs supposent non seulement des investissements importants, mais aussi le recours à des partenaires techniques capables de garantir la fiabilité des infrastructures et la sécurisation des investissements.
Cette stratégie s’accompagne de la création en cours d’un Groupement d’intérêt public appelé à devenir l’opérateur national des télécommunications numériques. Cette nouvelle structure aura vocation à coordonner les grands projets nationaux, renforcer la capacité d’intervention de l’État et assurer un accès plus équitable aux services numériques sur l’ensemble du territoire.
Cette approche s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs pays africains qui considèrent désormais les infrastructures numériques comme des équipements stratégiques au même titre que les réseaux énergétiques, les ports ou les routes.
Le numérique comme outil d’aménagement du territoire
L’enjeu dépasse largement la couverture téléphonique. Connecter une localité, c’est aussi créer les conditions du développement économique. Un réseau performant facilite l’enseignement à distance, la télémédecine, les services bancaires numériques, le commerce électronique, l’accès aux plateformes administratives et l’émergence de nouvelles activités entrepreneuriales.
Pour un pays comme le Gabon, dont le territoire est vaste et la densité de population relativement faible, les technologies numériques peuvent également réduire les inégalités territoriales en rapprochant les services publics des citoyens sans multiplier systématiquement les infrastructures physiques.
L’ouverture de discussions entre l’État et Radatel illustre ainsi une ambition qui dépasse la seule modernisation des télécommunications. Elle traduit la volonté de construire un territoire où l’accès au numérique ne dépend plus du lieu de résidence, mais constitue un droit partagé par tous les citoyens.
Dans les années à venir, la véritable richesse d’un pays ne se mesurera plus uniquement à ses ressources naturelles ou à ses infrastructures traditionnelles. Elle dépendra aussi de sa capacité à connecter ses populations aux flux mondiaux de connaissances, d’innovation et d’opportunités.
En s’attaquant aux zones blanches, le Gabon ne cherche pas seulement à installer des antennes. Il prépare les fondations d’une société plus inclusive, plus compétitive et pleinement intégrée à l’économie numérique du XXIᵉ siècle.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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